Couillard regrette d’avoir dit le fond de sa pensée: les ouvriers doivent tous parler anglais!

En fin de campagne, dans une rare déclaration, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard a lancé un avertissement. L’enjeu de cette campagne, a-t-il dit, c’est « la langue ».

« J’avoue que ça m’étonne. On sait que la question identitaire a été abordée durant la campagne par le truchement de la charte. Mais pour moi, la vraie question identitaire, c’est la langue. »

Il s’exprimait une semaine après que le chef libéral, Philippe Couillard, ait ravalé 50 ans de lutte pour le droit de travailler en français lorsqu’il a fait — avec une grande sincérité — l’affirmation suivante pendant le débat:

Il manque la fin de la phrase. Il dit:

« La connaissance de l’anglais, Mme David, elle est INDISPENSABLE »

A quelques heures de l’élection, ce dimanche, Philippe Couillard se rend compte de l’énormité de son aveu. Il tente donc de rectifier le tir, en affirmant qu’il s’est MAL EXPRIMÉ:

Immigrants: Pour un Québec nettement plus accueillant !

Grâce aux actions prises par le Parti québécois depuis 18 mois, le taux de chômage des immigrants au Québec a été réduit d’un tiers. Une très bonne nouvelle. (Pour les détails, voir ici.)

Mais nous devons aller encore plus loin. Nous avons beaucoup discuté, cette dernière année, des règles du vivre-ensemble, avec la Charte. Il faut aussi s’assurer de la réussite du vivre-ensemble, et nous nous y attachons avec vigueur.

Pauline Marois, Diane deCourcy et plusieurs candidates et candidats ont annoncé ce mercredi un bouquet de mesures sans précédent allant en ce sens:

La reconnaissance des compétences. C’est l’embûche le plus souvent cité par les nouveaux arrivants, diplômés et professionnels, avec raison. Nous allons:

Exclusif: avec le PQ, 2013 fut une année RECORD pour l’emploi des immigrants

Emploi en immigration: l’énigme du taux d’emploi et du taux de chômage

Les chiffres de Statistiques Canada sont nets: au Québec la proportion des immigrants qui ont un emploi est supérieure à la celle de l’Ontario et de la Colombie Britannique, pourtant souvent cités comme des paradis de l’immigration.

Pourtant, le taux de chômage de l’immigration, même s’il a chuté de 35% en 2013, reste supérieur à celui de ces deux provinces. Pourquoi ?

Parce que le taux d’activité des immigrants québécois est plus élevé ! C’est à dire que même s’ils sont plus nombreux en emploi, ceux qui n’ont pas d’emploi sont plus nombreux à se chercher un emploi que leurs semblables en Ontario et en Colombie Britannique. Brefs, les immigrants québécois sont plus actifs, davantage engagés dans le marché du travail.

C’est une bonne nouvelle.

L’année 2013: une année charnière

Loi 101 et Arabie Saoudite: le calvaire de Couillard continue…

Ce doit être lassant d’être Philippe Couillard ces jours-ci. Il y a l’intégrité, l’UPAC qui lui colle aux mollets, cette idée brillante de laisser chaque chef de police décider du port de signes religieux, et l’obsession du bilinguisme.

Aujourd’hui en point de presse, des journalistes résilients ont voulu connaître le fond de sa pensée sur les mesures supplémentaires qui seraient de nature à protéger le français selon les Libéraux, puis ils ont eu un malain plaisir à ouvrir un nouveau front, celui de son rôle de conseiller des ministres d’Arabie Saoudite.

Lisez plutôt:

Préserver « l’harmonie sociale » en niant tout recul du français

Journaliste : Il y a même des libéraux qui trouvent que vous n’assurez pas la sécurité identitaire sur la question de la langue à cause de votre déclaration.

Couillard : Au contraire, l’histoire de notre parti, c’est la défense du caractère spécifique du Québec et l’affirmation du visage français indispensable du Québec.

Le problème de langue, et d’oreille, de Philippe Couillard

Après sa catastrophique déclaration au débat sur la nécessité pour chaque employé d’usine de connaître l’anglais au cas où un acheteur étranger de passage voulait lui poser une question, M. Couillard s’est fait expliquer la loi 101 par un de ses conseillers. Il a donc dit en point de presse vendredi ce qu’il fallait dire sur le droit de travailler en français.

Malheureusement, sa correction a dépassé sa pensée. La sincérité avec laquelle il avait défendu le bilinguisme intégral sur la ligne de montage jeudi soir s’est exprimée à nouveau à Roberval vendredi lorsqu’il a ajouté:

«Quand on est à Val-d’Or, Roberval ou La Tuque, on ne trouve pas au coin de la rue un employé couramment bilingue. Il faut alors recruter hors de la région.»

Message de Couillard aux employeurs: Exigez TOUJOURS l’anglais!

Lorsqu’on est chef de parti, et plus encore aspirant premier ministre, les mots comptent. Les signaux envoyés à la société ont un impact sur les comportements. Et la société québécoise a toujours été très attentive aux signaux linguistiques émis par les élus. Pendant les années péquistes, les entreprises font plus attention à leur politique linguistique. Pendant les années libérales, c’est le contraire.

Je me souviens du jour où Lucien Bouchard avait fait venir les grands distributeurs dans son bureau pour leur dire qu’il n’acceptait pas que l’affichage bilingue revienne dans les grands magasins du centre-ville, ce qui était en train de se faire. M. Bouchard allait, dans son intervention, au-delà de l’exigence légale pour le français. Terrifiés à l’idée de subir une mauvaise publicité, donc une baisse de clientèle, à cause de cette polémique, les grands magasins ont juré de ne rien changer. (Cela s’est dégradé par la suite après l’arrivée du PLQ au pouvoir).

En direct: l’auto-destruction de Philippe Couillard

Franchement, on pensait que la journée de M. Couillard avait mal commencé avec la révélation-choc de son compte en banque dans un paradis fiscal.

Mais il aura accompli l’impossible: nous faire oublier le paradis fiscal en descendant dans l’enfer linguistique. En plus de nier qu’il y ait quelque problème que ce soit avec la langue à Montréal, il a affirmé avec une grande sincérité qu’il estimait que les employés d’usine, dans les chaînes de montage, doivent savoir l’anglais. Pourquoi ? Au cas où un acheteur anglophone voulait se faire expliquer un problème par un salarié.

Robert Bourassa a dû se retourner dans sa tombe. Claude Ryan avec lui.

Cette proposition de bilinguisme intégral dans les lieux de travail est un suicide politique. J’ai dû voir une centaine de débats dans ma vie politique et de journaliste, je n’ai jamais assisté à un tel désastre.

Temps durs pour le multiculturalisme canadien

Heureux hasard du calendrier, vendredi.

En une du Devoir, un professeur d’université de Toronto, Paul Grayson, affirme que le Canada aurait besoin d’une Charte des valeurs à la québécoise. Extrait:

Selon M. Grayson, le Québec a raison de vouloir se doter d’un mécanisme de règlement des demandes d’accommodement, comme le prévoit le projet du ministre Drainville, ainsi que d’interdire le port des signes religieux. « Je vois le besoin d’une très, très stricte séparation entre l’État et l’Église. Il ne devrait pas y avoir une intrusion du sacré dans le laïque. »

Quand on lui soumet que l’initiative de Québec a parfois été présentée dans le reste du Canada comme une velléité à caractère raciste, M. Grayson estime qu’il y a plus d’appuis qu’on le croit. « Ce sont les élites qui parlent. Beaucoup de gens à qui je parle pensent que les Québécois ont de bonnes idées quand ils voient les excès. Le prix à payer pour restreindre l’intrusion des croyances religieuses dans la sphère publique est peut-être qu’il faut interdire le port du crucifix. Si c’est le prix à payer pour que tout le monde soit traité également, soit. Je ne vois pas le problème. »

Version française du NYTimes: Québec’s Latest Stand

Voici la version française du texte produit pour le New York Times sur la Charte.

MONTREAL — Angela Merkel juge que le multiculturalisme — le concept voulant qu’on puisse atteindre l’harmonie sociale en célébrant nos différences — est un échec total en Allemagne. David Cameron affirme que cette politique a facilité la montée de l’Islam radical au Royaume-Uni et il a lancé un appel pour « des sociétés et des identités plus fortes chez soi », pour un « libéralisme musclé et beaucoup plus actif » qui « croit en certaines valeurs et en fait une promotion active ».

L’automne dernier, le rejet européen du multiculturalisme a traversé l’Atlantique et a touché terre au Québec, où le gouvernement du Parti Québécois propose une Charte des Valeurs qui offre une vision en rupture nette avec l’approche multiculturelle du Canada.

Le Québec,évidemment, avec son histoire religieuse singulière, son féminisme actif et sa métropole linguistiquement diversifiée n’a jamais hésité à se démarquer du Canada.

Le Canada, un « corps étranger » ? C’est pire que vous pensez!

Pour tout vous dire, ça m’est venu comme ça, l’expression voulant que le Canada apparaissait « de plus en plus comme un corps étranger » dans l’expérience québécoise.

Les journalistes tentaient de me faire tirer des conclusions de cause à effet entre l’appui des Québécois à notre proposition de Charte des valeurs et de la laïcité et le bond, de 33 % à 44 %, de l’intention de vote souverainiste entre deux récents sondages.

Je m’y suis refusé, affirmant comme c’est mon habitude que la volatilité de l’intention de vote souverainiste d’un sondage à l’autre n’est pas significative. J’estime beaucoup plus importante la tendance lourde qui fait en sorte que l’attachement des Québécois envers le Canada s’amenuise, notamment chez les jeunes Québécois. On est en présence d’une « décanadianisation » du Québec et, chez nos voisins, d’une « déquébécisation » du Canada.