Conclusion: Pour un programme commun de changement

(Maintenant que vous êtes de retour de vacances, je vous propose, en feuilleton, des extraits du livre Imaginer l’après-crise,
légèrement modifiés, pendant quelques jours.)

« Le capitalisme international, et cependant individualiste, aujourd’hui en décadence, aux mains duquel nous nous sommes trouvés après la guerre, n’est pas une réussite . […]

Il est dénué d’intelligence, de beauté, de justice, de vertu, et il ne tient pas ses promesses. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes. »
– John Maynard Keynes

Le remplacement du capitalisme et de ses ressorts principaux pose effectivement problème, on l’a vu. Problème dans la conception de ce que serait un système de remplacement, ce qui est déjà considérable.

9- Établir l’équité dans les rapports Nord-Sud

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Tout est lié. Pour sortir de l’impasse écologique et économique, les pays du Nord et du Sud doivent s’engager dans des grands changements semblables à ceux discutés jusqu’ici. La responsabilité historique des pays du Nord est majeure, comme l’est la nécessité qu’ils contribuent, davantage que le Sud, à la résolution des problèmes.

Cependant cela est à la fois trop et insuffisant. Trop car on ne peut raisonnablement penser qu’une ponction fiscale majeure sur les populations du Nord ou indirectement sur leur économie est politiquement faisable, insuffisant car la poursuite de la croissance des pays du Sud sur leur trajectoire actuelle suffit pour invalider tout effort qu’aurait assumées les populations du Nord.

8- Adopter une nouvelle mesure de la richesse

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Comme d’habitude, il y a une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle. Commençons par la bonne. Elle s’étale le cinq mars 2004 sur une page du China Daily, l’organe officiel anglophone du régime chinois. Le titre : « La poursuite aveugle d’augmentation du Produit National Brut sera abandonné ». Lisons-en des extraits :

Confronté à un écart majeur entre citoyens riches et pauvres et à des problèmes environnementaux croissants, le gouvernement chinois s’apprête à abandonner sa recherche aveugle d’augmentation du Produit national brut.

Menacé par une croissance non durable, le gouvernement central a proposé un concept scientifique de développement qui prête davantage attention à la protection rurale, sociale et environnementale.

7- Se donner de nouveaux outils internationaux

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La représentante de la plus vieille démocratie au monde, et celui de la plus grande démocratie au monde parlaient tour à tour, le 20 juillet 2009, à New Delhi, ayant résolu de conclure une « alliance stratégique » sur plusieurs plans. Hillary Clinton, secrétaire d’État américaine, évoqua un des sujets les plus brulants de l’heure : la nécessité pour tous les pays d’accepter des cibles contraignantes de restrictions de leurs émissions de gaz à effet de serre, même si les plus importantes réductions devaient venir du Nord.

« Il n’y a aucune raison, a rétorqué le ministre Indien de l’Environnement, Jairam Ramesh, de nous soumettre à une telle exigence, nous qui avons des émissions par personne parmi les plus basses. En plus, nous avons maintenant la menace de voir nos produits exportés chez vous subir une tarification sur le carbone ! »

6- Freiner la dérive acquisitive

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Nous vivons dans l’ère de l’hyperconsommation. Du toujours plus. Nous en sommes à la fois les victimes béates et les acteurs consentants. Victimes béates, car cette course à la consommation est inscrite dans le code génétique du capitalisme. D’une part, pour gagner des marchés donc accumuler du capital, chaque entreprise doit réduire au maximum ses coûts, y compris salariaux, pour offrir un produit moins cher que celui du concurrent.

5- Combattre les inégalités via la fiscalité individuelle

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L’univers mental dans lequel nous sommes au début du nouveau siècle est presque complètement occupé par l’idée économique néolibérale voulant que la réduction de la fiscalité sur les individus, notamment les plus fortunés, les incite fortement à produire davantage, car ils peuvent garder une part plus grande du fruit de leur travail. Cette théorie s’impose d’autant mieux qu’elle s’accorde avec le bon sens et l’expérience personnelle.

Cependant elle est, historiquement et empiriquement, fausse. De plus, dans le nouveau contexte où la planète ne peut plus soutenir une trajectoire productiviste aveugle, une réduction des incitations à la production pourrait être bienvenue.

4- Dessiner un nouvel environnement fiscal international

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Les paradis fiscaux, lieu de toutes les évasions fiscales, sièges sociaux de complaisance et terre d’accueil des deux tiers des fonds spéculatifs au monde, auront désormais, a décidé le G20 de Londres en avril 2009, une obligation de transparence envers les enquêtes administratives et judiciaires provenant de pays qui veulent trouver, là, des sommes qui leur ont illégalement échappé. Une action beaucoup trop timide.

Or le principe même du paradis fiscal, de son caractère opaque ou semi-opaque, est un obstacle permanent à toute saine gestion de la fiscalité des corporations qui ont intrinsèquement intérêt à aller s’y réfugier, surtout si leurs concurrents le font.

Christian Chavagneux, rédacteur en chef de la revue française L’Économie politique, dresse l’État des lieux :