L’humanisme: ingrédient clé de la promotion de l’identité

C’était une journée chargée, ce jeudi, sur la question de l’identité. D’abord une déclaration de mon collègue Pierre Karl sur la Charte des valeurs a provoqué chez les journalistes une soif nouvelle. Ils voulaient savoir comment les autres candidats à la chefferie aborderaient cette question, s’ils devenaient chef. N’étant pas un abonné à la langue de bois, j’ai répondu franchement.

Le même jour, la Société Saint-Jean-Baptiste présentait un mémoire sur la présence de l’anglais dans notre système de santé. Mon désaccord avec l’approche de la SSJB sur ce point étant total, j’ai exprimé vigoureusement mon point de vue.

Il y a, dans mes prises de position, un fil conducteur: l’humanisme. Oui, il faut réparer le passé et le présent. Oui, il faut changer l’avenir.

Mais dans tous les changements qui impliquent la vie des gens — et l’identité est au cœur de la vie des gens — la manière est aussi importante que le principe.

(Vidéo) De quoi auraient l’air, en français, les grandes marques de commerce?

Le site français Topito.com s’y est essayé. Résultat: certains titres ne sonnent cool que parce qu’ils sont en anglais – leur sens littéral est assez uncool. Pour ceux qui ont un nom solide, la traduction leur irait tout autant.

J’avais abordé la question de la réglementation internationale de la langue des marques de commerce dans Et maintenant: la diversité linguistique.

Le test de français de Philippe Couillard

Ce n’est pas nouveau. Lorsque le PLQ prend le pouvoir, on s’attend au retour du laisser-aller linguistique. Lorsqu’en 2011 l’OQLF avait annoncé pour bientôt la minorisation du français sur l’île de Montréal, Jean Charest avait rétorqué qu’il faudrait « contextualiser » ce résultat. On attend toujours la contextualisation.

Le cas Couillard est cependant plus problématique que le cas Charest. Et ce n’est pas pour rien que la première ministre sortante et que les éditorialistes de La Presse et du Devoir lui lancent en choeur un signal.

C’est qu’aucun chef libéral n’avait, avant Philippe Couillard, lancé un signal aussi fort et aussi délétère pour le français. Au second débat, il tenta de convaincre Françoise David du caractère « indispensable » de l’anglais pour chaque travailleur d’usine, pour le cas où un acheteur anglophone de passage voulait lui poser une question.

Il effaçait ainsi un demi-siècle de lutte pour le droit de vivre et travailler en français au Québec.

Couillard regrette d’avoir dit le fond de sa pensée: les ouvriers doivent tous parler anglais!

En fin de campagne, dans une rare déclaration, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard a lancé un avertissement. L’enjeu de cette campagne, a-t-il dit, c’est « la langue ».

« J’avoue que ça m’étonne. On sait que la question identitaire a été abordée durant la campagne par le truchement de la charte. Mais pour moi, la vraie question identitaire, c’est la langue. »

Il s’exprimait une semaine après que le chef libéral, Philippe Couillard, ait ravalé 50 ans de lutte pour le droit de travailler en français lorsqu’il a fait — avec une grande sincérité — l’affirmation suivante pendant le débat:

Il manque la fin de la phrase. Il dit:

« La connaissance de l’anglais, Mme David, elle est INDISPENSABLE »

A quelques heures de l’élection, ce dimanche, Philippe Couillard se rend compte de l’énormité de son aveu. Il tente donc de rectifier le tir, en affirmant qu’il s’est MAL EXPRIMÉ:

Loi 101 et Arabie Saoudite: le calvaire de Couillard continue…

Ce doit être lassant d’être Philippe Couillard ces jours-ci. Il y a l’intégrité, l’UPAC qui lui colle aux mollets, cette idée brillante de laisser chaque chef de police décider du port de signes religieux, et l’obsession du bilinguisme.

Aujourd’hui en point de presse, des journalistes résilients ont voulu connaître le fond de sa pensée sur les mesures supplémentaires qui seraient de nature à protéger le français selon les Libéraux, puis ils ont eu un malain plaisir à ouvrir un nouveau front, celui de son rôle de conseiller des ministres d’Arabie Saoudite.

Lisez plutôt:

Préserver « l’harmonie sociale » en niant tout recul du français

Journaliste : Il y a même des libéraux qui trouvent que vous n’assurez pas la sécurité identitaire sur la question de la langue à cause de votre déclaration.

Couillard : Au contraire, l’histoire de notre parti, c’est la défense du caractère spécifique du Québec et l’affirmation du visage français indispensable du Québec.

Le problème de langue, et d’oreille, de Philippe Couillard

Après sa catastrophique déclaration au débat sur la nécessité pour chaque employé d’usine de connaître l’anglais au cas où un acheteur étranger de passage voulait lui poser une question, M. Couillard s’est fait expliquer la loi 101 par un de ses conseillers. Il a donc dit en point de presse vendredi ce qu’il fallait dire sur le droit de travailler en français.

Malheureusement, sa correction a dépassé sa pensée. La sincérité avec laquelle il avait défendu le bilinguisme intégral sur la ligne de montage jeudi soir s’est exprimée à nouveau à Roberval vendredi lorsqu’il a ajouté:

«Quand on est à Val-d’Or, Roberval ou La Tuque, on ne trouve pas au coin de la rue un employé couramment bilingue. Il faut alors recruter hors de la région.»

Message de Couillard aux employeurs: Exigez TOUJOURS l’anglais!

Lorsqu’on est chef de parti, et plus encore aspirant premier ministre, les mots comptent. Les signaux envoyés à la société ont un impact sur les comportements. Et la société québécoise a toujours été très attentive aux signaux linguistiques émis par les élus. Pendant les années péquistes, les entreprises font plus attention à leur politique linguistique. Pendant les années libérales, c’est le contraire.

Je me souviens du jour où Lucien Bouchard avait fait venir les grands distributeurs dans son bureau pour leur dire qu’il n’acceptait pas que l’affichage bilingue revienne dans les grands magasins du centre-ville, ce qui était en train de se faire. M. Bouchard allait, dans son intervention, au-delà de l’exigence légale pour le français. Terrifiés à l’idée de subir une mauvaise publicité, donc une baisse de clientèle, à cause de cette polémique, les grands magasins ont juré de ne rien changer. (Cela s’est dégradé par la suite après l’arrivée du PLQ au pouvoir).