Refaire fleurir le goût de l’indépendance: Un mode d’emploi

Une proposition de Jean-François Lisée, appuyée par 30 militants de la relève indépendantiste

Le mouvement indépendantiste québécois connaît une nouvelle jeunesse. Dans toutes les organisations souverainistes, une nouvelle génération de militants apporte un regain d’énergie et de créativité. Plusieurs d’entre eux se réunissent, cette fin de semaine, dans l’événement destiNation. Ils s’ajoutent à tous ceux qui ont porté le mouvement depuis sa création, ont été de tous les combats et qui répondent toujours présent.

Même s’il a subi plusieurs défaites, le mouvement souverainiste québécois est aujourd’hui encore la plus grande force militante au Québec. C’est pourquoi, en ces heures de flottement de l’option indépendantiste dans l’opinion publique, tous les espoirs sont permis pour renverser la situation et élargir considérablement la base d’appui de notre option.

C’est la tâche principale qui doit nous animer, immédiatement et pour les années à venir. Je soumets à la discussion une première liste de 15 actions à entreprendre.

Le PQ et le référendum: Le Parti doit entendre les Québécois

L’électorat a été très dur avec le Parti québécois le 7 avril dernier. Très dur avec notre projet de faire du Québec un pays. Pour les indépendantistes convaincus que nous sommes, découvrir que moins de 30% des Québécois partagent en ce moment notre idéal, constater que les trois quarts de nos concitoyens sont réfractaires, pour ne pas dire allergiques, à la tenue d’un référendum, cela fait mal.

Les militants du PQ sont conviés à une grande consultation cet automne, dans chaque circonscription. Puis une campagne à la direction permettra de choisir, avec un nouveau chef, une direction à prendre.

À mon avis, deux avenues seulement sont possibles : rester sourd à l’humeur actuelle des Québécois, revenir immédiatement à la charge avec notre projet, sous une forme ou une autre, aux élections de 2018, se cogner durement la tête sur le mur de l’opinion et ainsi donner pour longtemps les clés du pouvoir aux Libéraux. À moins d’un imprévisible retournement de situation d’ici-là, j’estime que les Québécois fermeront les portes du pouvoir à un PQ qui voudrait mettre, au prochain rendez-vous électoral, l’État au service de son option.

Le ressort cassé de Lucien Bouchard

Lucien Bouchard adore l’histoire. Il est un grand dévoreur de biographies et d’essais historiques. Sa bibliothèque en est remplie.

Il voulait la faire, l’histoire. Celle du Québec. Il a longtemps résisté à l’envie de raconter la sienne. Du moins celle qui porte sur l’année référendaire et les suivantes. Bravo à Yves Boisvert et à Télé-Québec d’avoir réussi à l’asseoir pendant 22 heures pour qu’il se livre enfin.

C’est un témoignage important. L’estime que les Québécois ont envers Lucien Bouchard est réelle, durable et méritée. Parmi les indépendantistes, je suis un de ses quelques défenseurs. Même si nous avons notre dose de désaccords. J’ai hâte de voir le documentaire.

Les bribes rapportées par les journalistes donnent le ton. Si Jacques Parizeau l’avait écouté, en 1995, le référendum aurait été couronné de succès, dit-il. Mais l’échec de 1995 a créé un traumatisme dont l’indépendance ne s’est pas relevée et ne se relèvera pas pour l’avenir prévisible. D’ailleurs, ajoute-t-il, le Bloc Québécois a fait son temps.

Écosse: Londres a passé la loi canadienne sur la clarté à la moulinette

Il est risible de lire ce vendredi les déclarations de Stéphane Dion, selon lequel le processus référendaire en cours en Écosse puisse être de quelque façon compatible avec l’abjecte loi sur la « clarté » que lui et le Premier ministre Chrétien ont imposée au Canada.

Contrairement à M. Dion, M. Chrétien est allé dire aux Britanniques en mai 2013 qu’il était très mécontent de la façon dont Londres avait cédé aux Écossais sur le calendrier, sur la non participation des autres britanniques à la décision et sur le seuil de 50%+1 sur la question. Il voyait bien que le gouvernement britannique n’avait rien retenu de C-20. Voici comment:

L’expérience internationale récente préfère de loin que les parties en instance de divorce politique s’entendent sur le processus avant de le lancer.

1. La question

Canada: Ottawa s’arroge le droit de décider, seul, de la recevabilité de la question référendaire.

L’appui à la souveraineté: état des lieux

Où en est l’opinion sur la question centrale de la souveraineté ? Il y a la façon régulière de voir les choses, comme dans ce graphique qui recense les sondages publics de CROP et de Léger:

Moyennes annuelles des sondages Crop (+ Léger en rouge lorsque écart), répartition proportionnelle des indécis. En 1980 et 1995, le vote référendaire effectif.

Moyennes annuelles des sondages Crop (en bleu) et Léger (en rouge lorsqu'il y a écart avec Crop). En noir, les résultats référendaires effectifs.

Moyennes annuelles des sondages Crop (en bleu) et Léger (en rouge lorsqu’il y a écart avec Crop). En noir, les résultats référendaires effectifs.

Le graphique donne l’impression d’une grande stabilité, donc d’une disponibilité presque ininterrompue de plus de 40% de souverainistes qui seraient mobilisables électoralement, pour peu qu’on fasse la promotion active de la souveraineté ou que les partis souverainistes s’unissent.