L’étrange racisme non-systémique des Québécois (texte)

La ville de Montréal examine notre racisme systémique. J’ai des données à leur fournir !

C’est un mystère. Je parle de la relation entre les Québécois et « les races ». Un mystère sur lequel se penchera sous peu la ville de Montréal qui organise des consultations sur le racisme et la discrimination systémique pendant ce beau moi de mai.


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Québec Solidaire, aussi, créera sous peu un Collectif antiraciste décolonial dont une des co-porte-paroles est Eve Torrès. Vous savez, la dame qui avait fait une blague anti-coloniale au moment de l’incendie de Notre-Dame-de-Paris. Elle affirmait qu’Allah avait voulu se venger des Français qui ont interdit le port de signes religieux par les employés de l’État il y a… 100 ans. Disons qu’elle n’a pas mis beaucoup de rieurs de son côté. Eh bien oui, Mme Torrès va nous enseigner comment les Québécois, qui sont devenus contre leur gré une colonie britannique, sont devenus des colonialistes systémiquement racistes. J’ai hâte d’entendre les blagues de Mme Torrès sur ce sujet tordant.

Feu le gouvernement Couillard avait aussi voulu se lancer dans une consultation sur le racisme systémique, avec l’appui de gens de bonne volonté bien sûr, mais aussi de Québec solidaire et de quelques organisations issues de l’Islam politique voulant restreindre le droit des Québécois à critiquer les religions, ce qui était moins vendeur.

Cela n’avait pas marché. J’en prends une partie du crédit car j’avais fermement dénoncé, au nom du PQ, cette volonté de faire un procès aux Québécois. À mon avis, ces consultations ne font que raviver les tensions au lieu de trouver de vraies solutions pour faire reculer le racisme et la discrimination présents au Québec comme partout ailleurs.

Je préférais proposer 20 mesures d’application immédiate pour assurer une meilleure intégration des minorités au travail, au logement et dans l’État. Je n’ai jamais compris pourquoi le gouvernement libéral n’a pas voulu les appliquer.

Je reproche aujourd’hui au gouvernement Legault d’être complètement sourd aux problèmes réels de discrimination raciale au Québec. Notre volonté, au Parti Québécois, était d’agir simultanément pour la laïcité et contre la discrimination et le racisme. Ce sont les deux faces du même combat pour le vivre-ensemble.

Le mystère québécois

Mais pourquoi est-ce que je parle de mystère ? Parce que d’une part, les Québécois sont, de tous les Canadiens et Nord-américains, les plus fervents défenseurs de la laïcité de l’État, même si cela heurte des minorités visibles.

Et pourtant, dans les sondages, les Québécois sont les plus ouverts à l’immigration et aux minorités visibles.

Vous ne me croyez pas ?

À la mi-avril, pas il y a deux ans, là, à la mi-avril, un sondage Ekos a posé aux Canadiens et Canadienne la questions suivante:

« Parmi les les immigrants qui arrivent, diriez vous qu’il y a trop peu, trop, ou la bonne quantité de membres des minorités visibles ? »

Vous me croirez si vous voulez, mais 40% des Canadiens ont dit qu’il y en avait trop, de ces non-blancs qui arrivent au pays de Trudeau. En Ontario, ils étaient 46% à le penser. En Alberta, 56%. Oui madame, 56% des Albertains trouvent que trop de non-blancs arrivent au pays chaque année.

Et c’est grave ça, monsieur. Les analystes de la maison de sondage Ekos affirment que cette attitude de « discrimination raciale » devient de plus en plus forte au Canada et est un indicateur de la montée de ce qu’ils appellent le « populisme autoritaire ».

Alors. Normalement, ce devrait être bien pire au Québec. Nous qui sommes à l’avant garde, selon les gazettes anglophones, de la xénophobie planétaire.

C’est là que réside le mystère. Car seulement 30% des Québécois pensent qu’il y a trop de minorités visibles chez les immigrants. Dans le palmarès canadien de la discrimination raciale, nous sommes à la cave ! Loin derrière les Albertains et les Ontariens. Derrière même la Colombie Britannique !

En plus, 13% d’entre nous pensons qu’il n’y a pas suffisamment de membres des minorités visibles parmi les immigrants. C’est fou ! Seuls nos voisins des provinces maritimes nous battent dans la course à l’ouverture aux autres.

L’aspect le plus étonnant de ce sondage est qu »on a demandé aux minorités visibles elles-mêmes si elles estimaient qu’il y avait trop de non-blancs parmi les nouveaux immigrants. Elles le pensent. Concentrez-vous pour ce chiffre: 43% des non-blancs trouvent que ça suffit d’avoir tous ces non-blancs chez les immigrants. Ils sont plus fermés à la différence que les Québécois. J’espère qu’il y aura un chapitre sur ce phénomène étonnant dans le rapport de la consultation montréalaise sur le racisme systémique. Je propose ce titre: « Les Québécois sont plus ouverts aux immigrants racisés que les immigrants racisés eux-mêmes. »

J’attends avec impatience le commentaire d’Ève Torres.

On pourrait penser que tous les résultats dont je viens de parler sont une erreur. Vous savez, quand on dit qu’un sondage a raison 19 fois sur 20. Ben celui-ci doit être le 20ème, celui qui se trompe. Les Québécois ne peuvent pas être moins racistes que les Canadiens, non ?

Ce qui est troublant, c’est cet autre sondage publié fin avril par Environics dans le Globe and Mail. Pas il y a deux ans, là, fin avril !

À la question « Y a-t-il trop d’immigrants » les Québécois ont certes dit oui à 31%, mais c’est moins que la moyenne des canadiens (34%), moins que les Ontariens (35%) ou que les prairies (39%) et l’Alberta (44%).

Les réfugiés imposent-ils un grand poids sur nos services sociaux ? Les Québécois disent oui à 43%, moins que les Canadiens à 46%, les Ontariens et les Albertains à 50%. Pourtant la moitié des réfugiés sont arrivés au Québec.

Interrogés à savoir si les immigrants commettent plus de crimes que les autres citoyens (ce qui est faux), les Québécois sont 18% à dire oui, contre 20% des Ontariens, 21% des Canadiens et 34% des Albertains.

L’arrivée de ces immigrants fait-il du Canada un endroit meilleur ou pire ? Seuls 7% des Québécois disent « pire », contre 15% des Canadiens, 16% des Ontariens et 26% des Albertains.

Les Québécois se distinguent sur un point. Les valeurs. À 56%, ils sont plus nombreux que les autres Canadiens (51%, tout de même) à se plaindre que trop d’immigrants n’acceptent pas les valeurs du pays d’accueil. Les Québécois y tiennent. Ce n’est pas du racisme, c’est de la volonté d’intégration.

Oui mais, le Québec n’est-il pas le lieu de la montée des meutes et du nationalisme blanc ?

Ce qui est troublant c’est cet autre sondage réalisé en mars,pas il y a deux ans, là, en mars juste après l’attaque sur la mosquée de Nouvelle-Zélande par un suprémaciste blanc. L’Association des études canadiennes a voulu savoir si les Canadiens pensaient que les groupes haineux sont devenus ces dernières années une menace plus grave ?

Eh bien la moyenne des Canadiens était moins préoccupés par la question que les Québécois. Donc, de tous les Canadiens, les Québécois sont, avec cette fois-ci les gens de Colombie-Britannique, les plus nombreux à s’inquiéter de la menace des groupes haineux. C’est fort, non ?

Les opinions et les actes

Mais laissons de côté les opinions et parlons des actes racistes. Les chiffres les plus récents sur les crimes haineux répertoriés par Statistiques Canada datent de 2017, l’année de la tuerie à la mosquée de Québec.

C’était une année de forte augmentation de crimes haineux partout au Canada. Statistiques Canada comptabilise les crimes suivants:

  • l’encouragement au génocide;
  • l’incitation publique à la haine;
  • la fomentation volontaire de la haine;
  • le méfait motivé par la haine à l’égard d’un bien utilisé par un groupe identifiable.

Chaque crime haineux est un crime de trop. Mais même en cette année trouble 2017, et même en ajustant pour la grosseur de la population, il y a eu au delà de deux fois plus de crimes haineux en Ontario, qu’on nous présente comme l’étalon-or du multiculturalisme, qu’au Québec. Au delà de deux fois plus.

Les actes anti-musulmans ont augmenté et il faut le dénoncer sans arrêt. Les actes anti-sémites aussi. Le B’nai Brith vient tout juste de rendre public son audit 2018 des gestes anti-sémites au Canada.

On constate que les menaces anti-sémites verbales ou sur internet sont nettement plus élevées au Québec qu’en Ontario, ce qui est inacceptable. Mais pour la violence elle-même, le passage à l’acte comme le vandalisme ou l’agression physique, on en compte au delà de deux fois plus en Ontario qu’au Québec. C’est quand même étrange.

Qu’en conclure ?

On peut en tirer quelques grandes conclusions. D’abord que le multiculturalisme à la Trudeau père et fils et saint-esprit n’empêche pas le reste du Canada d’être à plusieurs égards moins ouvert à la diversité que le Québec. Je répète: moins ouvert à la diversité que le Québec.

Je ne suis pas de ceux qui disent que le racisme systémique n’existe nulle part dans nos institutions et traditions, ici comme partout sur la planète. Je crois plus utile d’agir pour le faire reculer que de constamment examiner le bobo.

Mais j’invite ses partisans à accepter ce grand constat. Les Québécois en grande majorité n’ont pas d’aversion systémique envers l’immigration et la diversité.

Surtout, le racisme n’est pas le moteur de la volonté québécoise d’interdire les signes religieux. Si c’était le cas, et puisque plusieurs indicateurs montrent qu’il y a davantage de racisme au Canada qu’au Québec, c’est chez eux que la volonté d’interdire les signes devrait être plus fort.

Or ce sondage Angus Reid de décembre dernier montre le contraire. La question porte sur l’interdiction des signes religieux mentionnés pour tous les employés du secteur public: Intéressant de noter que le voile intégral ne passe pas, très clairement. Mais ailleurs qu’au Québec, le voile (hijab) oui, ainsi que les autres signes. Pourquoi ?

Les Québécois ont une attitude plus négative que le reste du Canada envers les accommodements religieux, mais pas envers les groupes minoritaires. Une récente étude de l’Université de Montréal le démontrait clairement. Anti-religieux, oui. Raciste, non.

Malheureusement, je sens chez les opposants au projet de loi 21, qu’ils soient à Ottawa ou au Québec, un refus systémique de reconnaître cette énorme distinction

Ça, ça mériterait une bonne consultation.


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9 réflexions au sujet de « L’étrange racisme non-systémique des Québécois (texte) »

  1. À l’ère des fake news , vos études sur le comportement des Québécois et des canadiens apportent un vent de fraîcheur rassurant.
    Ce qui nous permet de relativiser tout ce qui se dit en se basant sur des faits!

    Jean-Francois , ce qui me fait plaisir c’est que vous soyez encore là avec votre plume et votre résilience.

    À l’issue des dernières élections , vous auriez pu sacré le camp , vous avez choisi de continuer le combat.

    Je vous en félicite et vous dis merci de nous éclairer .

    Pierre Depelteau

  2. comme d’habitude beaucoup de bla, bla,bla, de nos élus et surtout nos t’i jos connaissant. Si je suis si brutal envers notre élite c’est que selon nos éducateurs ….le passé serait garant de l’avenir……ouf !!!! le passé politique était assez lourd merci !!! Sir John A McDonald ….raciste au pluriel détestait tout ceux de langue française….la pendaison de Louis Riel et j’en passe.Au vingtième sciècle notre Premier Ministre Makenzie King … consultait son chien….oui …. consultation sur l’achat du fusil militaire le Spingfield ou le Lee enfield ….après plusieurs morts au front ( défaillance du Spring field ) son chien opta pour le Lee enfield selon notre les ouis dires de l’époque…Dégeulasse !!! et maintenant le 21 ième sciècle parlons de nos deux cocos !!! who the hell is Bouchard /Taylor to tell me what I should do concerning  »les accomodements raisonables » Mr Lisée vous êtes selon notre élite un homme très instruit MAIS qui a perdu ses élections. Ne serait il pas le bon moment de réfléchir sur l’avenir et par conséquent faire de la politique AUTREMENT!!! Sachez que le peuple Québecois sont tanner et en même temps assoiffer pour un changement RADICAL …. entre vous et moi est ce une des raisons que Legault est au pouvoir???? Qu’en pensez vous ???

  3. Libérau.les et assimilé.es,
    Solidaires et assimilé.es,
    Péquistes et assimilé.es,
    Vertueu.ses et assimilé.es,
    Gens du pays passé.es,

    Est-ce que Jacques Henripin était raciste ?

    Il a écrit entre autre ceci à propos de nous, énormément plus et je cite :

    « D’abord, nous ne sommes pas dépourvus de documentation. En particulier, pour le milieu montréalais, plusieurs études ont été faites concernant le racisme et l’ethnocentrisme . Le résultat est presque toujours le même : nous avons comme tous les humains des sentiments racistes et ethnocentriques.

    Les circonstances les font varier en intensité, en particulier les crises économiques, les événements qui font les manchettes des médias, les situations de proximité forcée dans les écoles, les lieux de travail, le voisinage. » C’était en 1991.

    http://classiques.uqac.ca/contemporains/henripin_jacques/population_du_Qc_hier_a_demain/population_du_Qc.html

    Selon la professeure à la retraite Évelyne Lapierre-Adamcyk, M. Henripin était un homme qui aimait faire réagir et réfléchir. Il voulait que « la société puisse prendre conscience des problèmes qui la rongeaient et qu’elle avait à résoudre ».

    http://www.rcinet.ca/fr/2013/09/03/deces-du-demographe-quebecois-jacques-henripin/

    Mon avis est qu’il était PATRIOTE, autrement que Jacques Parizeau et gens passe, en même temps que qui il est allé chercher connaissances avancées en Europe, peut-être à Paris plutôt que Londres.

    Moé-ci, moé-ci !

    • correction.

      D’abord mes excuses aux électeur.es de la CAQ pour ne pas les avoir inclus.es dans mes salutations et en haut de liste. Cet oubli n’était pas intentionnel.

      Gens du pays passé.es est une façon compliquée d’écrire et j’en passe dont environ 1,5 million de moins de 18 ans et un demi million de non-inscrits, 2012 ou 2014. Ces citoyen.nes méritent-il.les d’être du poids politique autant que les juges et les fort criminels ?

      Pour faire simple, Électeur.es, aurait suffit; Électrices et électeurs, plus coutumier.

  4. Les peuples meurent, parce-que les politiciens les trompe , en plus la injustice que nous appelle justice no fait a rien,pour les plus de munis alors je croix que si un jour arrivée, ici un vrai personnage que ètre capable de unir les 650 mil et plus de gens que survivre entre les 18 mil et 47 mil dollars par année pendant que outres gagne de salaires immorales dans une province que est riche .

    LA IMPUNITÉ dans la CORRUPTION est le pire maladie de la humanité..

  5. Cher Mr Lisée,
    Quand on donne beaucoup, qu’on est généreux, accueillant etc…comme le sont les québécois, on se fait souvent exploiter, abuser, et chier sur la tête.
    c’est ce qui arrive au québec. il faut apprendre a mettre ses limites et ne pas se laisser manger la laine sur le dos.
    heureusement que des gens comme vous sont là, il en faudrait plus.!!!

  6. Enfin une analyse honnête et rigoureuse qui démontre les préjugés à l’encontre de la majorité des québécois. Merci

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