L’étonnante empreinte planétaire du Québec

Québec internationalImaginez un chercheur qui devrait décrire le Québec, mais sans y mettre les pieds et sans rien connaître de son économie, de sa culture ou de sa démographie.

Il devrait décrire le Québec à partir de sa présence internationale. Il devrait, en fait, le déduire.

L’empreinte culturelle

Suivant l’actualité cinématographique, il constaterait que presque chaque année depuis dix ans, un film québécois ou un film réalisé par un Québécois, est en nomination aux Oscars, aux Golden Globes comme au Festival de Cannes et qu’il n’est plus rare qu’il en reparte avec un prix. Il saurait que HBO, Netflix et autres géants de la diffusion inondent de scénarios des réalisateurs nés non loin du Saint-Laurent. Il verrait que le logo du Québec apparaît presque systématiquement à la fin des grandes productions de super-héros et de voyages dans l’espace.

Poursuivant ses recherches culturelles, il noterait que des gens de la ville de Québec sont chargés de réimaginer les plus grandes productions de l’histoire de l’Opéra dans son temple newyorkais, le MET. Il apprendrait que d’autres Québécois dominent depuis maintenant longtemps les scènes de Las Vegas et que des chanteurs d’ici occupent régulièrement les marchés francophones et, dans un cas, anglophones des ventes. On lui dirait que leurs troupes de danse sont reconnus de Philadelphie à Berlin. Il constaterait aussi que les meilleurs jazzmen, humoristes et contorsionnistes convergent, chaque année, lorsqu’il n’y a pas de pandémie, vers la métropole québécoise pour partager leur art.

Notre chercheur saurait, car il a des comparables, que le Québec n’est pas une superpuissance culturelle, car il n’est ni Hollywood, ni Paris. Mais il conclurait que le Québec est une puissance culturelle.

L’empreinte économique

Il devrait aussi remplir son calepin de notations économiques. Il apprendrait que dans les tunnels de métro de 40 villes et sur les chemins de fer de 21 pays, du Chili à l’Ouzbékistan, roulent pas moins de 100 000 véhicules portant un logo québécois, Bombardier.

Il apprendrait qu’en Aérospatiale, la métropole québécoise est sur le podium des trois grandes places mondiales et que des hélicoptères et avions québécois sillonnent le ciel de 100 pays. Ils atterrissent dans des aéroports américains, russes ou africains. Des aéroports parfois conçus et construits par des ingénieurs québécois.

Il noterait aussi que le Québec est une référence en matière de coopératives. On lui dirait que 2800 coopératives du monde entier sont venues fêter à Lévis, cette décennie, l’année internationale des coopératives. Et ils en sont revenus avec cette information étonnante que le premier employeur privé au Québec n’était pas Wal-Mart, comme ailleurs, mais une force financière majeure et coopérative, le Mouvement Desjardins. On lui dirait aussi que le Chantier de l’économie sociale du Québec est un point de référence mondial en la matière.

L’empreinte politique

Continuant ses investigations, notre chercheur s’intéresserait au poids politique du Québec. À Washington, il apprendrait qu’un des plus grands accords de libre-échange de l’histoire, l’ALENA, n’existerait tout simplement pas sans le poids politique mis dans la balance par le Québec il y a bientôt 35 ans.

À Bruxelles, on lui expliquerait qu’un autre accord historique, entre toute l’Europe et le Canada, n’existe qu’à cause de la volonté du Québec de le voir émerger.

À San Diego, on lui dirait que l’alliance entre la Californie et le Québec fut essentielle pour réduire sur tout le continent les émissions polluantes des voitures et que cette alliance forme aujourd’hui la base du seul marché du carbone en vigueur sur le continent.

À New York, on lui expliquerait que l’électricité québécoise est une des clés de la transition écologique du nord-est américain.

À Paris, on lui dirait que la force de caractère du Québec fut déterminante dans la conception d’une convention internationale protégeant la capacité des États à soutenir leurs cultures nationales. Convention d’abord portée par le Québec, la France et le Canada, puis par la Francophonie, puis par tous les pays du monde, sauf deux.

Dans plusieurs capitales africaines, il apprendrait que le Québec est un des gouvernements les plus influents d’une organisation qui en compte 77, l’Organisation Internationale de la Francophonie.

À Haïti, au Maghreb, en Afrique sub-saharienne, on lui dirait que les Québécois de 65 organisations de coopération humanitaire membres aident des populations locales à devenir plus autonomes, sur tous les plans.

Il apprendrait que, ces dernières années, le Directeur général des élections du Québec a accompagné la transition démocratique au Mexique, au Bénin, à Madagascar, au Cap Vert, en Tunisie. On lui dirait que cet organisme et l’Assemblée nationale du Québec sont, partout en Afrique francophone, constamment actifs dans la consolidation des institutions démocratiques.

L’empreinte en éducation et en sciences

À Boston, la grande ville intellectuelle américaine, on lui dirait qu’elle ne connaît qu’une rivale, en termes de nombre d’universités, d’étudiants locaux et étrangers : Montréal. Et que la métropole est régulièrement choisie comme meilleure ville au monde où étudier.

S’intéressant à la science, on expliquerait à notre chercheur que l’équivalent du prix Nobel en matière d’Intelligence artificielle, le Prix Turing, a été remis au chercheur québécois Yoshua Bengio, considéré comme un des trois parrains de l’Intelligence artificielle au monde, que Montréal est un des pôles planétaires de la recherche en cette matière et du développement des règles éthiques devant s’appliquer dans ce nouvel univers..

On lui expliquerait que l’excellence scientifique québécoise n’est pas nouvelle car un Québécois, Pierre Dansereau, est le père de l’écologie, qu’un autre, Hans Seyle, a le premier décrit le stress. Que Jacques Beaulieu, à Québec, a fait faire un pas de géant à l’utilisation du laser. On lui dirait le rachitisme a été battu en brèche parce que des chercheurs québécois ont su comment enrichir le lait. Il apprendrait qu’on a su dépister l’hypothyroïdie congénitale chez 150 millions de nouveaux nés grâce aux travaux de Jean-H Dussault. Ou encore que Bernard Belleau a conçu le 3TC, premier médicament mondialement utilisé contre le Sida. Au cours des 30 dernières années, grâce aux chercheurs québécois…
… on comprend mieux les mécanismes de la douleur et la maladie d’Alzheimer,
… on connaît des gènes prédisposant au cancer du sein,
… on a découvert la capacité des neurones de se régénérer dans le système nerveux central,
… on sait diagnostiquer précocement la scoliose et des infections bactériennes fulgurantes.

Et on invente, pour les voitures électriques, les piles les plus performantes.

Une excellente lecture d’été !

On lui dirait aussi que le Québec est habitué à être en orbite. C’est à Saint-Hubert qu’on construit le Bras Canadien de la station spatiale internationale. Des Québécois ont non seulement été astronautes mais un ex-funambule québécois fut un des premiers touristes de l’espace.

Une empreinte sur les politiques publiques

Notre chercheur trouverait aussi des empreintes digitales québécoises dans les politiques publiques d’autres pays. On vient d’Europe étudier nos politiques d’économie sociale, de Catalogne emprunter nos législations linguistiques, des États-Unis s’informer sur nos garderies ou sur nos Fonds d’investissements syndicaux, et Ralph Nader est intarissable sur notre assurance-médicaments. La France et le Canada se sont inspirés de nos lois sur le financement électoral. La pratique de médiation développée au Québec pour soustraire les litiges du lent processus judiciaire intéresse les pays européens, l’Australie, le Mexique et plusieurs autres. Et nos juristes ont oeuvré à la formation des juges chinois, contribuant à renforcer l’État de droit dans un pays qui en a cruellement besoin.

Il comprendrait que le Québec est présent au monde, qui le lui rend bien : 350 entreprises européennes et 350 entreprises américaines ont choisi le Québec, comme 65 organisations internationales. Il sourirait en apprenant que lorsque le richissime Qatar a tenté de déplacer, de Montréal vers Doha, le prestigieux et imposant siège de l’Association du transport aérien international, l’IATA, les pays membres ont massivement préféré rester à Montréal.

On pourrait lui parler aussi longtemps des sportifs venus du Québec, qui montent régulièrement sur les podiums olympiques, surtout lorsque le temps des jeux d’hiver est venu.

S’il s’intéresse à la guerre et à la paix, il saura que des Québécois ont versé leur sang pour faire reculer les nazis, et qu’on se souvient d’eux en Hollande comme à Dieppe, qu’une vingtaine sont morts en Afghanistan contre les Talibans mais qu’ils sont particulièrement fiers de leur rôle dans des missions de paix. On lui dirait que c’est à Montréal que s’est déroulé, pourtant dans un froid glacial, la plus grande manifestation mondiale visant à refuser de s’engager dans un conflit inutile, l’invasion américaine en Irak, et plus récemment une des plus grandes manifestations mondiales sur le climat, en présence de Greta Thunberg.

De retour dans son bureau, avec toutes ses notes, qu’en retiendrait notre chercheur ? Difficile à dire. Mais il est facile d’imaginer ce qu’il ne déduirait pas. Il ne croirait pas qu’un peuple de seulement 8 millions de personnes soit responsable de tout ce rayonnement. Il ne croirait pas que le PIB de ce peuple ne le hisse pas, au moins, dans le G20. Il aurait beaucoup de difficulté à comprendre que ce peuple ne soit pas membre des Nations Unies et qu’il ne puisse presque jamais voter dans les forums où se décident de grands enjeux où il a pourtant tant à dire et à offrir.

Non, de tout ce qu’il aurait appris, notre chercheur dessinerait dans son rapport les contours d’une nation forte, fière et, assurément, indépendante.


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John Kennedy et le Québec – une fascinante rencontre

En exclusivité pour les lecteurs du blogue, un extrait de mon ouvrage: La tentation québécoise de John F. Kennedy.

 
Il n’y a pas de politique nationale. Il n’y a de politique que locale.

Thomas «Tip» O’Neil démocrate du Massachusetts

Trois hommes en sursis sont attablés dans l’élégant restaurant du Parker House, le plus chic hôtel de Boston. En sursis de gloire et de célébrité, de tragédie et de scandale. Ils ont pour prénoms Jack, Bob et Ted, ces diminutifs que les Américains portent sans complexe de l’école primaire jusqu’à la Maison-Blanche.

Les frères Kennedy vont mettre seize ans à graver ces noms dans la conscience nationale. Un tueur à Dallas, un autre à Los Angeles, une soirée trop arrosée à Chappaquiddick viendront tour à tour mettre un terme à leurs années de gloire.

Mais en ce jour de 1952, tout est encore possible, tout est encore à faire. Occupés à poser les premiers jalons, les frères Kennedy font du baratin à un quatrième personnage attablé avec eux. Petit et rondelet, le quatrième convive, le père Armand Morissette, porte la soutane et le col romain. Avec une quinzaine de kilos de plus, on dirait frère Tuck. Le bon père oblat de quarante-deux ans, de sept ans l’aîné du futur président, est Franco-Américain. Mais cette définition est un peu courte. L’homme, d’ailleurs, les déjouerait toutes.

Lorsque la francophonie d’Amérique ne jurait que par Pétain, lui, parmi les premiers étrangers et les premiers catholiques, se tourne vers de Gaulle. Il garde précieusement quelques mots du Général griffonnés sur une carte de visite, une brève lettre de remerciement, une Légion d’honneur et une croix de Lorraine. Pour un gaulliste : la totale.

Ordonné prêtre à une époque où Vatican II n’avait pas encore germé dans l’esprit des plus audacieux, Armand Morissette se fait le confident et l’ami, plus que le confesseur, d’un énergumène coupable d’infractions multiples aux dix commandements : Jack Kerouac. L’angoissé et talentueux parrain de tous les beatniks est, dans le quartier du Petit Canada à Lowell, au Massachusetts, un de ses paroissiens. Le père se targue également d’être l’aumônier officiel des Rockettes, ces danseuses du Radio City Music Hall de New York, mieux connues pour leurs longues jambes que pour leurs neuvaines.

Il y a plus étrange encore. En retard d’une décennie sur le «Notre État français, nous l’aurons» de l’abbé Lionel Groulx, ou en avance d’une décennie sur les indépendantistes modernes Marcel Chaput et Pierre Bourgault, Morrissette chérit cette opinion curieuse, iconoclaste, que la province de Québec peut, doit, va, devenir un État souverain. Un pays, dit ce descendant de Canadien français, «avec ses représentants aux Nations Unies». En ces années d’après-guerre et de décolonisation, ce siège béni à la grande table de la nouvelle organisation des nations est le critère ultime de l’indépendance.

Le père Morissette, espiègle et orgueilleux, cultivé et ambitieux, se fait d’ailleurs fort de partager ses convictions avec le premier esprit ouvert venu, pour peu que celui-ci ait la curiosité intellectuelle ou l’intérêt politique d’écouter sa prose généreuse et, selon un rival, «très, très articulée». Jack Kennedy, que seules les formules officielles appellent «John», répond trait pour trait à cette définition.

Car le hasard de la géographie, des migrations et de la politique ont fait de Morissette le gardien d’une des premières portes que doivent franchir les frères Kennedy pour aller de Boston au Bureau ovale.

«Parmi les électeurs du Massachusetts nés à l’extérieur des États-Unis, le groupe de beaucoup le plus important est celui des citoyens d’origine canadienne», dira JFK en 1961 devant les députés et sénateurs canadiens réunis à la Chambre des communes à Ottawa. Kennedy a la mémoire longue. Il se souvient que les voix des Franco-Américains «suffisent à déterminer l’issue d’une élection». Si on ne peut en gagner une majorité, il faut au moins les neutraliser, annuler leurs votes en scindant leur allégeance.

Bref, l’influent curé franco-américain de Lowell peut aider Jack Kennedy à entrer au Sénat.

Kennedy et l’indépendance: premier contact

Le cœur, le vote, des Canadiens français du Massachusetts ne passe pas nécessairement par le soutien du père Morissette. Mais il serait un atout maître, justement parce qu’on le sait lié aux républicains, donc à l’ennemi. Plus qu’une recrue, un transfuge. D’ailleurs, il fait presque déjà partie du «fan-club» Kennedy.

Le candidat Kennedy fait publier dans les journaux locaux cette photo avec Morissette

«Armand, lui avait dit un supérieur un jour de 1937, il y a une bonne femme de Boston qui va parler à un thé en français aux élèves et aux sœurs du collège.» Une emmerdeuse, quoi. Surtout que le supérieur a mieux à faire. Occupe-t’en, Armand, moi «je pars jouer au golf avec mon cousin».

Armand est donc astreint à la corvée «bonne femme de Boston». Mais cette femme n’est pas n’importe qui: elle se nomme Rose Kennedy. Francophile jusqu’à l’os, comme on l’est alors dans l’aristocratie américaine, elle court les occasions de converser dans la langue de Molière. Le jeune père Morissette, qui ne demande pas mieux que de frayer avec la haute, est un volontaire empressé. Le dimanche suivant sa première rencontre avec Rose, il est invité dans l’antre des Kennedy.

«Ils étaient tous là, tous les Kennedy, les garçons, les filles», se souvient Morissette, le regard rêveur. Toute une dynastie en devenir, encore un peu boutonneuse ou en culottes courtes. Ted, le futur sénateur, n’a que cinq ans. Assis sur les genoux de Morissette, il s’amuse à lui défaire le col romain. «Ted, don’t touch!» tonne Rose. Le clan s’apprête à déménager à Londres; Joseph, le père, vient d’y être nommé ambassadeur. En 1939, il lui suffit de tirer une ou deux ficelles pour que son fils Jack, vingt-deux ans, soit embauché à l’ambassade américaine à Paris, à deux pas des Champs-Élysées. JFK en gardera le goût de la France et quelques rudiments de langue. Au printemps de 1939, alors que commencent à gronder les bruits de bottes qui assourdiront bientôt tout le continent, le jeune Kennedy sillonne la Pologne, la Turquie et la Palestine. Il met même les pieds en terre bolchevique. La passion des affaires internationales ne le quittera plus. Retour de guerre, médaille au poitrail sur les affiches électorales, il devient représentant au Congrès.

Il croise à nouveau Morissette. Les deux hommes discutent politique locale et étrangère, échangent leurs impressions sur ce sacré de Gaulle que la France ingrate a poussé à une retraite prématurée. Morissette croit en Kennedy. Il avait connu l’énergique adolescent, il rencontre aujourd’hui l’adulte réfléchi, formé par l’étude, le voyage, la guerre. Morissette décide que Kennedy ira loin.

Le père choisit ce moment pour évoquer une première fois devant Jack Kennedy son idée fixe, cette province de Québec en mal d’autodétermination. Fichtre! pense Morissette, ces Canayens avaient bien sûr tort de ne pas vouloir se battre sous les drapeaux britanniques lorsque l’avenir de la liberté, et plus encore, de la France, le demandait, mais ce n’était pas une raison pour leur imposer, comme l’a fait Mackenzie King, un combat qu’ils refusaient. Et ce n’était pas par lâcheté, mais par principe qu’ils ne voulaient pas, au début, de cette guerre. Puisqu’on les a vus, à Dieppe, donner des leçons de bravoure aux nazis.

Si, comme le note l’historien Mason Wade, «jamais le vieux rêve d’un État indépendant, catholique et français, une Laurentie, n’avait été plus populaire que pendant la période qui précéda immédiatement la guerre», pour Morissette les années écoulées depuis ont largement confirmé la justesse de cet espoir. Kennedy, qui ne connaît du Québec que les pentes du mont Tremblant, l’écoute poliment, emmagasine les arguments. Ils fermenteront à la chaleur d’autres nationalismes.


 


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Pourquoi Charles de Gaulle se disait-il « bouleversé » par la question québécoise ?

Voici un extrait de mon dernier ouvrage, De Gaulle l’indépendantiste, qui porte sur le trouble intérieur que produit chez le Général la question québécoise.

Chapitre 5 – « Mettre le feu »

« Je n’ai jamais été si bouleversé. »
– De Gaulle, sur le navire
qui le conduit à Québec

De Gaulle s’est construit tout entier de controverse en controverse. De querelle en querelle. Il le fallait pour imposer sa vision des choses, d’abord dans une guerre qui commençait selon sa description « infiniment mal », ensuite en politique intérieure française pour imposer sa vision d’un pouvoir présidentiel robuste à des partis qui préféraient se disputer les postes et les responsabilités, ensuite encore en politique internationale, pour se tailler une place entre deux blocs.

En quoi le cas Québécois aurait-il été différent ? Le général, certes, ne prend aucun dossier à la légère. Ses interventions sont réfléchies, ses discours soigneusement dosés et rédigés de sa main. Sa conviction que l’avenir du Québec passe par l’indépendance est ferme. Son action en faveur du renforcement du Québec et de ses liens avec la France est incessante.

Mais doit-il aller plus loin ? Se rendre sur place et forcer la main de l’histoire ?

Cette question semble le tourmenter pendant plusieurs années, l’émouvoir à la veille de son voyage et susciter encore une dose d’incertitude dans les jours qui suivent son geste d’éclat.

L’exposition internationale de 1967 se prépare longtemps à l’avance. Dès août 1963, de Gaulle autorise la construction d’un pavillon français et souligne que la présence de la France sur ce qui sera appelé Terre des Hommes ne doit être en rien lié à la confédération canadienne, mais plutôt à « deux cents ans de fidélité des Canadiens français à la France. »

Doit-il s’y rendre ?

Il hésite. D’abord réticent à participer « à une foire », il reporte sans cesse sa décision. Comme s’il craignait qu’une fois sur place, il ne puisse s’empêcher de commettre l’irréparable.

En 1966, il confie à deux de ses collaborateurs : « Si j’y vais, ça risque d’être seulement pour y mettre le feu. »

Ce ne sont pas les invitations qui manquent. Une du gouvernement canadien, de Georges Vanier, alors toujours vivant. Une du maire Jean Drapeau, qui passe le voir (et qui aurait aimé que la Tour Eiffel soit déplacée à Montréal pour l’occasion, une prouesse jugée techniquement irréalisable). Daniel Johnson, élu premier ministre en juin 1966, lui écrit également une lettre pleine de chaleur où il insiste sur l’importance de sa venue.

En septembre 1966, De Gaulle dit non. Poliment. Dans des lettres envoyés à chacun. À Vanier, il est sibyllin et juge qu’une visite « dans les circonstances actuelles » écrit-il « soulèverait sans doute des questions qui doivent être examinées à loisir ». Lesquelles ? Mystère. Avec le recul on peut décoder : des questions portant sur le statut politique du Québec.

En février 1967, alors que la pression se maintient, de Gaulle révèle que la porte n’est pas complètement fermée. Il confie à deux de ses ministres, dans une Caravelle qui le ramène de Cherbourg vers Paris: « Je n’irai pas au Québec pour faire du tourisme. Si j’y vais, ce sera pour faire de l’histoire. »

En avril, il reçoit le gaulliste Vincent Monteil, très favorable à l’indépendance québécoise et lui confie qu’il songe finalement se rendre au Québec. « Notre grand ami, rapporte Monteil dans une lettre au journaliste québécois Jean-Marc Léger, parlera dans le sens que nous souhaitons. Il s’impatiente seulement de la lenteur de votre émancipation, qu’il souhaite totale. »

Il faudra la venue de Daniel Johnson, en mai, pour qu’il se décide enfin. Le premier ministre québécois sait appuyer sur les bons boutons. « Mon général, le Québec a besoin de vous, lui dit-il. C’est maintenant ou jamais ! » Le Québécois pensait peut-être en rajouter. Mais il a frappé chaque touche de l’orgue gaullien. L’allégeance («Mon» Général), le «besoin» et l’urgence.

Il a rompu la digue. De Gaulle confirme qu’il sera du voyage. On est alors à trois mois de l’événement, un délai très court pour une visite de cette importance.

À partir de là, il s’implique directement dans chaque détail de l’opération et mesure la symbolique de chaque décision qu’il faut prendre sur l’ordre des visites, les personnes rencontrées, la répartition du temps entre le Québec et le Canada.

Pearson et Vanier voulait qu’il vienne par avion à Ottawa, pour entamer sa visite, puis se rende à Montréal et Québec pour la suite. Si possible, qu’il se rende dans d’autres villes canadiennes. Il n’en est évidemment pas question pour de Gaulle.

Des alliés français du Québec et le délégué général du Québec à Paris, Jean Chapdelaine, semblent avoir simultanément la même idée. Que de Gaulle arrive par bateau, en remontant le Saint-Laurent. Il débarquera tout naturellement à Québec, et non à Ottawa. Le Président raffole de cette trouvaille. Il choisit le navire alors le plus prestigieux de la marine française, le Colbert, et met Ottawa devant ce fait accompli. Il ira au Québec d’abord. Donc au Québec surtout.

Déterminé, il n’en reste pas moins fébrile. À sa résidence de Colombey-les-Deux-Eglises, tout juste avant le départ, il affirme à son gendre Alain de Boissieu : « Je compte frapper un grand coup. Ça bardera. Mais il le faut. C’est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France. »

Sur le quai, à Brest, il dit au député gaulliste, et pro-indépendantiste, Xavier Deniau : « On va m’entendre là-bas, ça va faire des vagues. »

Au journaliste Jean Mauriac, le matin de son arrivée à Québec, il confirme : «Je suis décidé à aller loin! »

Au diplomate Jean-Daniel Jurgensen, il précisera à son retour : « J’avais fixé l’orientation ; j’attendais l’événement, la foule, pour doser ce que je dirais, à quel endroit, à quel instant. Mais je savais que j’allais faire quelque chose. »

Charles de Gaulle n’est pas du genre à étaler ses émotions. Cependant de tous les commentaires recueillis par ses proches, celui que rapporte son aide de camp François de Flohic lève mieux que tout autre le voile sur le trouble intérieur que provoque l’affaire québécoise chez de Gaulle.

La conversation a lieu sur le Colbert alors même que le navire aborde l’estuaire du Saint-Laurent. De Gaulle confie :

« Étrange, j’ai longtemps hésité à accepter l’invitation de Johnson. On peut dire que, pour une fois, je me suis fait prier. Cet instant est ma récompense. Je n’ai jamais été si bouleversé. »

Bouleversé. Parce qu’il sait exactement ce qu’il va dire. Alors qu’il rédige les notes de ses discours dans le Colbert, il sort se dégourdir les jambes, croise sur le pont son chef d’état-major et lui lance : « Que diriez-vous si je leur criais : Vive le Québec libre ! » L’homme tente de le dissuader mais le général répond : « Eh bien, je crois que si ! Ça dépendra de l’atmosphère. »

[…] De Gaulle n’est pas sans mesurer l’ampleur du séisme qu’il s’apprête à déclencher. Il va se mettre à dos le monde anglo-saxon au grand complet.

Ce ne sera pas la première fois. Toute sa politique étrangère est en porte-à-faux avec l’axe anglo-saxon. Pas la première fois non plus qu’il veut le démantèlement d’un pays anglophone. Alors même qu’il prépare son voyage au Québec, il donne des ordres pour armer la province catholique/animiste du Biafra, qui a déclaré son indépendance du Nigéria, ex-colonie britannique principalement protestante. Les deux territoires sont constitués d’ethnies différentes et le Biafra détient l’essentiel de la richesse pétrolière du pays. Il y a donc là conflit armé par procuration entre Britanniques et Français.

Mais le Canada n’est pas une ancienne colonie africaine. Il s’agit d’un pays d’Occident qui, plus promptement que d’autres, a soutenu politiquement de Gaulle pendant la guerre, puis qui a envoyé ses soldats verser le sang pour la libération du sol français. Il y aura donc, c’est certain, dans les scories du coup d’éclat québécois que de Gaulle envisage, une perception, par le Canada, d’une gigantesque ingratitude.

Quel lien faut-il faire entre cet obstacle et la décision de de Gaulle de désinformer Ottawa au sujet de ses intentions ? Difficile à dire. Reste que le ministre canadien des Affaires Étrangères Paul Martin est reçu par le Président à Paris à la mi-juin 1967. Martin en ressort non seulement apaisé, mais « convaincu que de Gaulle était prêt à faire amende honorable » pour ses écarts pro-québécois passés.

Le jour où le Colbert arrive à Québec, de Gaulle y tient une réception pour 400 invités. Il prend le ministre Martin à part pour lui donner une nouvelle dose de propos calmants, allant jusqu’à lui dire : « Vous verrez, à Ottawa aussi tout ira bien. »

Le ministre a bien besoin d’être rassuré, car, dix jours plus tôt, un correspondant parisien de l’Associated Press cite des sources « bien informées » selon lesquelles le voyage du président « serait une mission destinée à encourager le séparatisme canadien-français ». Selon le journaliste, le président français et ses conseillers sont « persuadés que d’ici dix ans, le Québec sera indépendant ».

Choquer le monde anglo-saxon est une chose. Gifler les Canadiens en est une autre. Mais de Gaulle sait aussi que ses paroles vont dépasser, de loin, le souhait exprimé par ses interlocuteurs québécois. C’est le cas du fédéraliste Lesage, on l’a vu, qui est maintenant leader de l’opposition.

C’est le cas aussi de celui que de Gaulle appellera pendant tout le séjour « mon ami Johnson ». Lors de leur tête à tête de mai 1967, de Gaulle l’a invité à parler vrai, à aller, selon une expression chère au Général « au fond des choses ». Johnson lui a donc expliqué sans détour son programme politique. Il a bien été élu sur le slogan « égalité ou indépendance », mais cela n’est que de l’esbroufe pour calmer ses partisans plus exaltés et sert principalement à maximiser le rapport de force du Québec envers le Canada.

L’heure est à la refonte du pacte canadien, soutient Johnson, pas à sa dissolution. Le renforcement des liens avec la France, la visite de de Gaulle que Johnson veut rendre historique, les demandes du Québec, tout cela doit mener, non à l’indépendance, mais à une nouvelle constitution qui donnera au Québec davantage d’autonomie au sein du Canada. D’ailleurs, une rencontre des premiers ministres pour discuter de ce nouvel équilibre constitutionnel est prévue pour novembre. Bref, la visite présidentielle sera un moment fort de la construction du rapport de force du Québec en ce moment crucial. Elle vise, explique Johnson à de Gaulle, à « permettre au Québec d’atteindre ses objectifs au sein du Canada ».

De Gaulle a bien entendu. Il lui répond même que les rencontres de négociation avec le Canada et les provinces, dont Johnson attend de beaux fruits, ne sont que « des éteignoirs ».  Il sait donc qu’en appelant un « Québec libre », il veut imposer aux élites québécoises une accélération de l’histoire, contre leur gré.

En atteste un des premiers commentaires qu’il fera après avoir lâché sa bombe. À Johnson il dira : « Je crois que je vous ai embêté. » Johnson lui répond qu’il a en effet utilisé « le slogan d’un parti adverse » mais l’assure qu’il « va se débrouiller ».

De Gaulle est plus tranchant avec Drapeau, qui l’apostrophe ainsi : « Vous savez, mon général, que Vive le Québec libre ! est un slogan employé par les séparatistes. » De Gaulle le coupe et réplique: « Mais on s’en fout, monsieur le maire ! »

Il a donc de quoi être bouleversé. Lorsqu’il a proclamé que les pays d’Indochine devaient pouvoir disposer d’eux-mêmes, il savait qu’il mécontenterait Washington, mais ses hôtes, au moins, allaient l’applaudir. Lorsqu’il a refusé l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe, renvoyé les troupes américaines hors de son sol, il savait que la majorité des Français l’approuveraient. Mais, au Québec, qui l’applaudira ? Avant de débarquer du Colbert, il n’en sait rien.

Plus fondamentalement, pourquoi de Gaulle se sent-il autorisé à bousculer les Québécois, au premier chef les Jean Lesage et Daniel Johnson qui sont ses alliés et ses interlocuteurs ?

Parce qu’il a de son rôle une vision qui dépasse, de loin, celle des autres acteurs. Quand les politiciens normaux s’occupent de l’actualité, lui joue pour l’histoire. L’histoire longue, bien sûr. Voilà pourquoi il veut « réparer la lâcheté de la France », tourner la page sur l’abandon des colons français d’Amérique par Louis XV.

Mais l’histoire courte, aussi. « Il y a des circonstances où l’histoire devient fluide » expliquera-t-il à Peyrefitte après le fait. Il faut savoir « forcer le destin ». Toute sa vie est là. Tout son projet québécois y est aussi.


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Plonger au cœur des journées historiques du Québec

Il y a ceux qui veulent la grande saga. Suivre l’aventure depuis le tout premier moment et savourer chaque rebondissement jusqu’au dénouement.

Il y a ceux qui veulent aller à l’essentiel, le juteux, le croustillant, l’historique.

Pour ces derniers, la lecture de Dix journées qui ont fait le Québec s’impose. J’ai lu la version livre de poche, publiée cette année, plutôt que le beau livre, disponible, qui fut un best-seller en 2013.

De la fondation de Québec par Champlain au référendum de 1995, l’ouvrage aborde l’essentiel des tournants de notre vie collective. Certains chapitres sont plus analytiques, comme celui consacré à la rédaction de la constitution de 1867, par la constitutionnaliste Eugénie Brouillet. D’autres nous entraînent dans le récit, à fleur de vie, comme la relation des émeutes de la conscription, à Québec, au moment de la première guerre mondiale, par l’historienne Béatrice Richard.

J’ai beaucoup appris, grâce à l’historien Denys Delage, sur les dessous de la grande paix de Montréal, la complexité des rapports entre autochtones, puis entre eux et les français. Sur le tour de force que constitue, dans l’histoire des relations continentales entre premières nations et européens, ce traité unique.

L’élection de 1960, qui ouvre la Révolution tranquille, est racontée par l’historien Éric Bédard. Il nous apprend qu’il s’en est vraiment fallu de peu pour que l’Union nationale ne remporte encore une victoire, et fasse rater au Québec son rendez-vous avec l’histoire.

Le recueil est, forcément, limité. Le nombre 10 ne permet d’inclure ni la répression qui suit la rébellion des patriotes, ni la nationalisation de l’électricité, ni le rapatriement de la constitution, ni la fondation du PQ. Mais peut-être a-t-il bien fait d’attirer notre attention sur les dix journées choisies. On en redemande.

On peut commander ici le livre de poche

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Lire: Lettre d’amour au Québec

Québec, Josée Boileau

Fêter le Québec, aimer le Québec, être fier du Québec, en 2019, qu’est-ce que ça peut vouloir dire, exactement, concrètement ?

La journaliste Josée Boileau, qu’on a beaucoup lu dans les pages du Devoir, s’est posée cette question toute bête.

Au-delà des débats du jour, des nids-de-poule et des inondations, au-delà donc des tracas de toute vie quotidienne, individuelle et nationale, où se cache notre attachement au pays ?

Victime comme plusieurs d’une certaine lassitude nationale, c’est à reculons qu’elle s’est présentée au grand spectacle du 24 juin 2017. Sa flamme a repris de la vigueur quand le groupe de chanteurs a repris « Le plus beau voyage » de Claude Gauthier.

La chanson de Gauthier a cet effet de nous sortir du quotidien pour nous remettre devant l’immensité du Québec, l’ampleur de ses ressources, la profondeur de son histoire, la rigueur de son passé, la force qu’il a fallu pour forcer le destin, de son enfance à aujourd’hui. « Le plus beau voyage » ne fait pas que nous raconter le Québec, il vient le chercher à l’intérieur de nous et le remonte à la surface. D’où la chair de poule.

Josée Boileau, née à Ville La Salle, revisite plusieurs des éléments de la chanson. Notre rapport au fleuve qui s’impose comme une tranquille puissance au cœur du territoire, les forets jamais lointaines et présentes même au cœur de la métropole, avec le Mont-Royal.

Elle réinterprète notre rapport à la langue à travers notre volonté de raconter des histoires. Elle scrute notre convivialité, nos rapports peu hiérarchiques — et avise les nouveaux arrivants qu’il ne faut pas confondre le tutoiement avec l’intimité.

Boileau développe l’idée de l’ancrage fort qui retient au Québec ceux d’entre nous qui font fortune à l’étranger — de Denis Villeneuve à Céline Dion. Un attachement moins commun chez les artistes canadiens-anglais transplantés au Sud.

De page en page, « J’ai refait le plus beau voyage » dessine par petites touches la singularité de notre nation. Sans arrogance mais sans inhibition. Un regard attendri, informé, invitant. Un regard québécois, donc.

Disponible en librairies.


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Laicité: Seulement un (mais tout un) B- pour la CAQ

Extrait:

MBC: La détresse de l’intellectuel conservateur

Oui, la détresse. On sort de la lecture du dernier ouvrage de Mathieu Bock-Côté avec beaucoup d’empathie pour son auteur. (J’en avais déjà, mais il n’y en a jamais trop !) Bock-Côté est offensif et sûr de lui lorsqu’il pourfend les « diversitaires » qui veulent selon lui vider les nations, les cultures, les individus, de leur essence même. J’y reviendrai. Mais lorsqu’il veut opposer à ce fléau en devenir un projet concurrent, on le sent déboussolé, incertain, changeant. Et il nous entraîne dans un exercice de remue-méninges intérieur qui dure plusieurs chapitres. Les meilleurs. Car, c’est une chose d’être « contre ». Mais être  »pour », là est l’exigence. Bock-Côté explique d’abord que le conservatisme a toujours été vu comme une posture de réaction face à la gauche et à ses projets. Un frein au changement. Il semble d’abord mettre la chose en doute, comme s’il y avait un réel contre-projet conservateur. Sur le ton du reproche, il souligne même que lorsque les conservateurs sont au pouvoir (ce qui arrive quand même assez souvent) il ne leur arrive jamais de renverser une décision de gauche, ou, pire, une décision « diversitaire », prise par la gauche avant eux. Ce qui conforte la thèse voulant que les conservateurs ne soient au fond que des crans d’arrêts qui offrent aux sociétés des « pauses conservatrices » entre deux moments de changement social, économique, politique, propulsés par la gauche/progressiste/diversitaire. Je vais me permettre de le contredire. L’univers politique couvert par Mathieu est le suivant: la France, le Québec et le Canada, les États-Unis. Ben, Cher Mathieu, aux États-Unis, le conservateur Trump a renversé plusieurs décisions progressistes: 1) en excluant les transgenres des armées, contre la recommandation de ses généraux; 2) en faisant reculer, via sa majorité au Congrès, des acquis des droits civils pour l’accès des noirs au vote; 3) en restreignant, par décret, l’assurance-maladie universelle obtenue de justesse par Obama. Il n’a pas fini son travail. Ses nominations à la Cour suprême sont sur le point de mettre en péril le droit à l’avortement. Bock-Côté s’intéresse peu aux aspects économiques du débat gauche-droite. Mais il devrait savoir qu’en France, de nombreuses décisions économiques et de droit du travail de François Mitterrand et de Lionel Jospin ont été renversées par Chirac, Sarkozy et maintenant par Emmanuel Macron. (Nationalisations, 35 heures, retraite à 60 ans, j’en passe). Et, retour aux USA, Bill Clinton, lourdement influencé par ses conseillers néo-libéraux et par Wall Street, a démantelé les très sages lois bancaires du progressiste Franklin Roosevelt, créant ainsi les conditions de la pire crise économique depuis celle des années 30, celle de 2008. (L’Organisation internationale du travail a estimé que 200 millions de travailleurs, surtout au Sud, ont été poussés dans la pauvreté par cette crise.) Les plis et replis de la pensée Mais, et c’est ce qui fait son charme, Mathieu reste principalement au niveau des idées. Il est dans le qualitatif, pas dans le quantitatif. Et on doit reconnaître la qualité de la phrase, le sens de la formule, l’érudition dans les sources (conservatrices, du moins). Il nous conduit avec joie et entrain dans les plis et replis de sa pensée. C’est un beau séjour. Ce qui explique pourquoi Mathieu Bock-Côté est désormais l’intellectuel québécois le plus connu en France. Il est la coqueluche des droites, de ses journaux, l’invité des plateaux de télé branchés (donc diversitaires, Le Quotidien de TF1 en l’espèce). Il débat avec Bernard Henry-Lévi, fait la couverture de Valeurs Actuelles, tient chronique au Figaro. Le Point le compare à Raymond Aron, ce qui est considérable. Ses formules sont fortes, qu’on en juge: « La promotion de l’idéal diversitaire justifie un harcèlement médiatique permanent pour amener les populations à s’y convertir et pour identifier ceux qui résistent à ses sirènes ». Ou encore: « Une campagne d’épuration médiatique permanente est censée nettoyer l’espace public des traces du monde d’hier et de ceux qui y seraient attachés. » Surtout, « rien ne saurait résister au mouvement de la modernité qui refoule sans cesse hors de l’espace du pensable politique ce qui lui est étranger. » Hum. Cette épuration semble avoir quelques ratés car comment expliquer qu’au Québec, les plumes qui peu ou prou sont d’accord avec Mathieu dominent l’empire Québecor, qui lui-même rejoint la majorité de la population ? L’épuration diversitaire semble imparfaite également en France. Sinon,  comment expliquer que Mathieu soit si présent dans l’espace médiatique français ? Mais il a des pièces à conviction. Nombreuses. La censure du débat dans certaines universités. Les affaires SLAV et Kanata. La pression générale exercée sur les participants du débat public pour se conformer aux idées diversitaires montantes: la parité obligatoire, par exemple, la disparition du genre dans les formulaires gouvernementaux, etc. Il sait me trouver à ses côtés dans certains de ces combats, mais pas tous. Mais il ressort du livre l’impression que cette poussée est déferlante, dominante. D’où le titre: « L’empire » du politiquement correct. Mathieu serait un résistant contre l’empire. Et dans certains chapitres, vers la fin, on le sent pessimiste sur la possibilité de tenir bien longtemps face à l’empire diversitaire qui, tel les Borgs de Star Trek, assimilent tout sur leur passage en avisant (en anglais): resistance is futile. Pourtant, on trouve dans ses propres pages des indices que tout n’est pas perdu. Il raconte qu’aiguillonné par une Commission des droits de la personne voulant criminaliser les propos offensants, le gouvernement Couillard a voulu légiférer contre les « propos haineux ». Vrai, mais on les en a empêchés. Nous avons résisté (bravo Agnès Maltais et toute l’équipe péquiste) et nous avons gagné. Il parle du projet de Commission nationale sur le racisme systémique. Oui mais, on l’a bel et bien fait mourir au combat, lui préférant des mesures anti-racistes immédiates. Il parle du projet de la Ville de Montréal d’intervenir dans les conversations virtuelles pour combattre les préjugés. Vrai, mais cette initiative est morte sous le poids de son propre ridicule. Et on peut désormais voir les pièces Slav et Kanata. Mathieu ! Ressaisis-toi ! Il arrive que l’empire perde ! Une cible atteinte Bock-Côté me semble cependant atteindre exactement la cible en diagnostiquant la tension créée par le changement, surtout diversitaire, sur le corps social. C’est vrai, qu’on soit d’accord avec aucun, un peu, beaucoup, ou la totalité des éléments de la revendication diversitaire:
« L’exil en terre étrangère est un déchirement. Le sentiment d’exil sur ses propres terres est un traumatisme encore plus grand », écrit très justement Alexandre Devecchio. La peur de devenir étranger chez soi est certainement l’inquiétude politique la plus profonde, celle à travers laquelle se redéploie la vie politique. On aurait tort d’y voir une peur irrationnelle alimentée par des démagogues sans scrupule. L’immigration massive, conjuguée à la déconstruction de tous les repères anthropologiques et identitaires des nations occidentales, suscite une angoisse existentielle qui se transforme en carburant politique. La mauvaise conscience semble aujourd’hui dominante dans une civilisation qui cultive la haine de soi, qui s’est laissée convaincre qu’il lui fallait moins assumer son histoire que s’en extraire et qui déconstruit sans fin […] »
En moins éloquent, j’évoquais cette tension dans mon livre Nous, en parlant du « moment minoritaire », du redressement des torts, et du « moment majoritaire ». Du fait qu’on ne peut opérer de changements sains et durables (et, contrairement à ce que pense Mathieu, en plusieurs cas souhaitables) sans constamment y intégrer les intérêts et les aspirations de la majorité. Un angle mort L’auteur passe un moment à tenter de réhabiliter la droite. D’abord, dit-il, il est réducteur de l’associer à l’extrême-droite. Bon. Ensuite, parlant de la droite française, il affirme que lorsqu’elle se désinhibe, c’est qu’elle avait auparavant internalisé le discours diversitaire et qu’enfin elle s’en affranchit. Bon. Mais ce faisant, la droite française reprend l’essentiel du discours non-économique du Front National (identité, immigration, sécurité, Jeanne d’Arc) donc de l’extrême droite. Il faudrait plus simplement assumer le fait que les grands partis (de droite et de gauche) ont gravement erré en laissant l’extrême-droite s’emparer de ces thèmes et de ces symboles. Mais il y a le problème de la seconde guerre mondiale. Pourquoi, se lamente-t-il, toujours ramener les nazis et les camps dans le débat ? Restons contemporains. C’est juste. Oui oui. Laissons Hitler et Staline derrière nous, la droite et la gauche actuelle n’ont rien à voir avec eux. Ce qui ne veut pas dire que l’Histoire n’a pas son importance. Les diversitaires voudraient, dit Bock-Côté, l’ignorer (les nations n’existent pas) ou la réécrire (les nations occidentales sont l’histoire d’hommes blancs qui ont opprimé tous les autres humains et les hommes blancs d’aujourd’hui devraient en payer le prix.) Il s’aventure sur la question des statues. Devraient-on les enlever parce qu’elles représentent un passé qui n’est plus, aujourd’hui, politiquement correct ? C’est une vraie question. Au sud des États-Unis, dans l’ancienne Confédération, des statues du général des armées sudistes Robert E. Lee ponctuent le paysage des grandes villes. Mathieu croient qu’elles permettaient au Sud d’accepter la défaite de la guerre de sécession sans se renier complètement. C’est inexact. Ces statues ont été érigées pendant la période de réaffirmation de la ségrégation et du pouvoir blanc. Le problème avec cet exemple, c’est que ce débat a provoqué, en août 2017, dans la charmante ville de Charlottesville en Virginie, une énorme manifestation de suprémacistes blancs, brandissant torches et drapeaux nazis et scandant: « les juifs ne nous remplaceront pas ». Ça casse un peu la ligne voulant qu’on laisse Hitler derrière nous. Je me suis fait remarquer comme un critique assez vif de l’extrême-gauche québécoise. J’ai vu des faucilles et des marteaux dans des manifs, oui. Mais je dois admettre que je ne les ai jamais entendu scander « on veut des goulags, on veut des goulags ! » Bref, je suis évidemment certain que Mathieu réprouve tout ce qu’il y a à réprouver dans cet incident, mais il est étonnant qu’un esprit aussi brillant et informé n’intègre pas ces données dans son argumentaire. Il est très attentif aux dérives diversitaires mais son acuité baisse lorsqu’il s’agit des dérives de la droite de la droite. Conservateur, demain quoi ? Tout ça est bien beau mais, qu’en tirer, au fond pour le conservateur d’aujourd’hui ? Il n’y a pas, écrit Bock-Côté, de « grand soir » conservateur, ni « d’utopie conservatrice ». Pas de « société parfaite à établir une fois pour toutes ». Face à la volonté qu’il perçoit à gauche de vouloir atteindre le grand soir et la société parfaite (une volonté qui, d’après moi, n’existe plus) il rend le conservatisme garant de l’idée qu’il ne faut pas tenter de rendre l’homme ou la société parfaite. Pour le conservateur, cet espoir est vain. Le conservateur se contente de vouloir mieux ancrer l’humain dans son identité, sa nation, son histoire, ses valeurs. Il cite Julien Freud: « quels que soient le groupement et la civilisation, quelles que soient les générations et les circonstances, la perte du sentiment d’identité collective est génératrice et amplificatrice de détresse et d’angoisse. Elle est annonciatrice d’une vie indigente et appauvrie, et, à la longue, d’une dévitalisation, éventuellement de la mort d’un peuple ou d’une civilisation. » Je suis de cet avis. Mais comment l’incarner, dans la vie politique ? Mathieu termine avec un chapitre joliment intitulé « Éloge du conflit civilisé ». Il y appelle, non à un nouvel Empire de la droite, mais au contraire à l’alternance entre progressistes et conservateurs.
« L’imaginaire du conservatisme est celui de l’enracinement, de la limite, de la finitude, et on peut en déduire une conception protectrice du politique. L’imaginaire du progressisme est celui du cosmopolitisme, de la mobilité, de la transgression des évidences établies. »
Il pense que la société doit compter ces deux pôles, les faire cohabiter et alterner. C’est un scénario. Il en exclut un autre. Celui des progressistes nationalistes qui croient à la fois aux causes sociales ET à l’enracinement; à la fois à la transgression de certaines évidences établies ET au respect de l’histoire, de la culture et de l’identité. Mais pour creuser correctement cette possibilité, il faudrait pouvoir tenir un débat, lui et moi, dans une librairie quelque part, sans que les diversitaires nous en empêchent… Pour commander l’ouvrage de Mathieu, c’est ici.

L’étrange racisme non-systémique des Québécois (texte)

La ville de Montréal examine notre racisme systémique. J’ai des données à leur fournir !

C’est un mystère. Je parle de la relation entre les Québécois et « les races ». Un mystère sur lequel se penchera sous peu la ville de Montréal qui organise des consultations sur le racisme et la discrimination systémique pendant ce beau moi de mai.


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Québec Solidaire, aussi, créera sous peu un Collectif antiraciste décolonial dont une des co-porte-paroles est Eve Torrès. Vous savez, la dame qui avait fait une blague anti-coloniale au moment de l’incendie de Notre-Dame-de-Paris. Elle affirmait qu’Allah avait voulu se venger des Français qui ont interdit le port de signes religieux par les employés de l’État il y a… 100 ans. Disons qu’elle n’a pas mis beaucoup de rieurs de son côté. Eh bien oui, Mme Torrès va nous enseigner comment les Québécois, qui sont devenus contre leur gré une colonie britannique, sont devenus des colonialistes systémiquement racistes. J’ai hâte d’entendre les blagues de Mme Torrès sur ce sujet tordant.

Feu le gouvernement Couillard avait aussi voulu se lancer dans une consultation sur le racisme systémique, avec l’appui de gens de bonne volonté bien sûr, mais aussi de Québec solidaire et de quelques organisations issues de l’Islam politique voulant restreindre le droit des Québécois à critiquer les religions, ce qui était moins vendeur.

Cela n’avait pas marché. J’en prends une partie du crédit car j’avais fermement dénoncé, au nom du PQ, cette volonté de faire un procès aux Québécois. À mon avis, ces consultations ne font que raviver les tensions au lieu de trouver de vraies solutions pour faire reculer le racisme et la discrimination présents au Québec comme partout ailleurs.

Je préférais proposer 20 mesures d’application immédiate pour assurer une meilleure intégration des minorités au travail, au logement et dans l’État. Je n’ai jamais compris pourquoi le gouvernement libéral n’a pas voulu les appliquer.

Je reproche aujourd’hui au gouvernement Legault d’être complètement sourd aux problèmes réels de discrimination raciale au Québec. Notre volonté, au Parti Québécois, était d’agir simultanément pour la laïcité et contre la discrimination et le racisme. Ce sont les deux faces du même combat pour le vivre-ensemble.

Le mystère québécois

Mais pourquoi est-ce que je parle de mystère ? Parce que d’une part, les Québécois sont, de tous les Canadiens et Nord-américains, les plus fervents défenseurs de la laïcité de l’État, même si cela heurte des minorités visibles.

Et pourtant, dans les sondages, les Québécois sont les plus ouverts à l’immigration et aux minorités visibles.

Vous ne me croyez pas ?

À la mi-avril, pas il y a deux ans, là, à la mi-avril, un sondage Ekos a posé aux Canadiens et Canadienne la questions suivante:

« Parmi les les immigrants qui arrivent, diriez vous qu’il y a trop peu, trop, ou la bonne quantité de membres des minorités visibles ? »

Vous me croirez si vous voulez, mais 40% des Canadiens ont dit qu’il y en avait trop, de ces non-blancs qui arrivent au pays de Trudeau. En Ontario, ils étaient 46% à le penser. En Alberta, 56%. Oui madame, 56% des Albertains trouvent que trop de non-blancs arrivent au pays chaque année.

Et c’est grave ça, monsieur. Les analystes de la maison de sondage Ekos affirment que cette attitude de « discrimination raciale » devient de plus en plus forte au Canada et est un indicateur de la montée de ce qu’ils appellent le « populisme autoritaire ».

Alors. Normalement, ce devrait être bien pire au Québec. Nous qui sommes à l’avant garde, selon les gazettes anglophones, de la xénophobie planétaire.

C’est là que réside le mystère. Car seulement 30% des Québécois pensent qu’il y a trop de minorités visibles chez les immigrants. Dans le palmarès canadien de la discrimination raciale, nous sommes à la cave ! Loin derrière les Albertains et les Ontariens. Derrière même la Colombie Britannique !

En plus, 13% d’entre nous pensons qu’il n’y a pas suffisamment de membres des minorités visibles parmi les immigrants. C’est fou ! Seuls nos voisins des provinces maritimes nous battent dans la course à l’ouverture aux autres.

L’aspect le plus étonnant de ce sondage est qu »on a demandé aux minorités visibles elles-mêmes si elles estimaient qu’il y avait trop de non-blancs parmi les nouveaux immigrants. Elles le pensent. Concentrez-vous pour ce chiffre: 43% des non-blancs trouvent que ça suffit d’avoir tous ces non-blancs chez les immigrants. Ils sont plus fermés à la différence que les Québécois. J’espère qu’il y aura un chapitre sur ce phénomène étonnant dans le rapport de la consultation montréalaise sur le racisme systémique. Je propose ce titre: « Les Québécois sont plus ouverts aux immigrants racisés que les immigrants racisés eux-mêmes. »

J’attends avec impatience le commentaire d’Ève Torres.

On pourrait penser que tous les résultats dont je viens de parler sont une erreur. Vous savez, quand on dit qu’un sondage a raison 19 fois sur 20. Ben celui-ci doit être le 20ème, celui qui se trompe. Les Québécois ne peuvent pas être moins racistes que les Canadiens, non ?

Ce qui est troublant, c’est cet autre sondage publié fin avril par Environics dans le Globe and Mail. Pas il y a deux ans, là, fin avril !

À la question « Y a-t-il trop d’immigrants » les Québécois ont certes dit oui à 31%, mais c’est moins que la moyenne des canadiens (34%), moins que les Ontariens (35%) ou que les prairies (39%) et l’Alberta (44%).

Les réfugiés imposent-ils un grand poids sur nos services sociaux ? Les Québécois disent oui à 43%, moins que les Canadiens à 46%, les Ontariens et les Albertains à 50%. Pourtant la moitié des réfugiés sont arrivés au Québec.

Interrogés à savoir si les immigrants commettent plus de crimes que les autres citoyens (ce qui est faux), les Québécois sont 18% à dire oui, contre 20% des Ontariens, 21% des Canadiens et 34% des Albertains.

L’arrivée de ces immigrants fait-il du Canada un endroit meilleur ou pire ? Seuls 7% des Québécois disent « pire », contre 15% des Canadiens, 16% des Ontariens et 26% des Albertains.

Les Québécois se distinguent sur un point. Les valeurs. À 56%, ils sont plus nombreux que les autres Canadiens (51%, tout de même) à se plaindre que trop d’immigrants n’acceptent pas les valeurs du pays d’accueil. Les Québécois y tiennent. Ce n’est pas du racisme, c’est de la volonté d’intégration.

Oui mais, le Québec n’est-il pas le lieu de la montée des meutes et du nationalisme blanc ?

Ce qui est troublant c’est cet autre sondage réalisé en mars,pas il y a deux ans, là, en mars juste après l’attaque sur la mosquée de Nouvelle-Zélande par un suprémaciste blanc. L’Association des études canadiennes a voulu savoir si les Canadiens pensaient que les groupes haineux sont devenus ces dernières années une menace plus grave ?

Eh bien la moyenne des Canadiens était moins préoccupés par la question que les Québécois. Donc, de tous les Canadiens, les Québécois sont, avec cette fois-ci les gens de Colombie-Britannique, les plus nombreux à s’inquiéter de la menace des groupes haineux. C’est fort, non ?

Les opinions et les actes

Mais laissons de côté les opinions et parlons des actes racistes. Les chiffres les plus récents sur les crimes haineux répertoriés par Statistiques Canada datent de 2017, l’année de la tuerie à la mosquée de Québec.

C’était une année de forte augmentation de crimes haineux partout au Canada. Statistiques Canada comptabilise les crimes suivants:

  • l’encouragement au génocide;
  • l’incitation publique à la haine;
  • la fomentation volontaire de la haine;
  • le méfait motivé par la haine à l’égard d’un bien utilisé par un groupe identifiable.

Chaque crime haineux est un crime de trop. Mais même en cette année trouble 2017, et même en ajustant pour la grosseur de la population, il y a eu au delà de deux fois plus de crimes haineux en Ontario, qu’on nous présente comme l’étalon-or du multiculturalisme, qu’au Québec. Au delà de deux fois plus.

Les actes anti-musulmans ont augmenté et il faut le dénoncer sans arrêt. Les actes anti-sémites aussi. Le B’nai Brith vient tout juste de rendre public son audit 2018 des gestes anti-sémites au Canada.

On constate que les menaces anti-sémites verbales ou sur internet sont nettement plus élevées au Québec qu’en Ontario, ce qui est inacceptable. Mais pour la violence elle-même, le passage à l’acte comme le vandalisme ou l’agression physique, on en compte au delà de deux fois plus en Ontario qu’au Québec. C’est quand même étrange.

Qu’en conclure ?

On peut en tirer quelques grandes conclusions. D’abord que le multiculturalisme à la Trudeau père et fils et saint-esprit n’empêche pas le reste du Canada d’être à plusieurs égards moins ouvert à la diversité que le Québec. Je répète: moins ouvert à la diversité que le Québec.

Je ne suis pas de ceux qui disent que le racisme systémique n’existe nulle part dans nos institutions et traditions, ici comme partout sur la planète. Je crois plus utile d’agir pour le faire reculer que de constamment examiner le bobo.

Mais j’invite ses partisans à accepter ce grand constat. Les Québécois en grande majorité n’ont pas d’aversion systémique envers l’immigration et la diversité.

Surtout, le racisme n’est pas le moteur de la volonté québécoise d’interdire les signes religieux. Si c’était le cas, et puisque plusieurs indicateurs montrent qu’il y a davantage de racisme au Canada qu’au Québec, c’est chez eux que la volonté d’interdire les signes devrait être plus fort.

Or ce sondage Angus Reid de décembre dernier montre le contraire. La question porte sur l’interdiction des signes religieux mentionnés pour tous les employés du secteur public: Intéressant de noter que le voile intégral ne passe pas, très clairement. Mais ailleurs qu’au Québec, le voile (hijab) oui, ainsi que les autres signes. Pourquoi ?

Les Québécois ont une attitude plus négative que le reste du Canada envers les accommodements religieux, mais pas envers les groupes minoritaires. Une récente étude de l’Université de Montréal le démontrait clairement. Anti-religieux, oui. Raciste, non.

Malheureusement, je sens chez les opposants au projet de loi 21, qu’ils soient à Ottawa ou au Québec, un refus systémique de reconnaître cette énorme distinction

Ça, ça mériterait une bonne consultation.


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