L’illusion de la démondialisation

C’est le thème à la mode. Tel un virus, il se propage de discours en chronique. « La crise sanitaire ouvre une nouvelle ère ». « Rien ne sera plus pareil ». « Le virus sonne le glas de la mondialisation et, enfin, le retour des nations ».

Rendez-vous dans 10 ans pour faire les comptes et tirer un vrai constat. Mais il me semble prudent de vous inviter à ne pas vous emballer. La mondialisation n’a pas dit son dernier mot. Au contraire.

Vous me savez nationaliste. Vous me savez critique des nombreux effets pervers de la mondialisation.  J’exprime ici une prédiction et non un vœu.

J’applaudis évidemment au fait que vienne d’être déclenchée une campagne d’achat local, autour du panier bleu. Ce n’est cependant pas la première de ces campagnes et ce ne sera pas la dernière. Si elle est couronnée de succès, elle fera augmenter quelque peu la minorité de consommateurs qui se préoccupent davantage de l’origine des produits que de leur prix.  Mais la majorité continuera, par nécessité ou par réflexe, à choisir le prix le plus bas, donc le prix offert par la mondialisation. Si vous en doutez, allez faire un tour à Walmart, chez Costco ou sur Amazon.

Comme les autres nations, le Québec sortira de cette crise avec la ferme détermination de stocker  respirateurs, masques et visières pour être, lors de l’arrivée de la Covid-20 21 et 22, « maîtres chez eux ». C’est la moindre des choses.  Le Québec n’a d’ailleurs  jamais été aussi bien préparé à affronter une crise du verglas que dans l’année qui a suivi la dernière crise du verglas.

Une goutte d’eau

Mais  cette course à l’autosuffisance sanitaire n’est qu’une goutte d’eau dans les torrents de la mondialisation. On sait par exemple depuis une dizaine d’années que la concentration, par la Chine, de la production des terres rares rend l’Occident très vulnérable. Pourtant, rien n’a été fait pour rendre l’Amérique ou l’Europe plus autosuffisantes. Pourquoi ? Les coûts chinois sont imbattables.

Pour parler de démondialisation, il faudrait avoir un critère, un outil pour mesurer si ça monte ou si ça descend. Y aura-t-il, dans 10 ans, moins de communications téléphoniques, audio-visuelles, de transmissions de données internationales qu’aujourd’hui ? Évidemment non.

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Les films américains arrêteront-ils d’être lancés le même jour sur toute la planète ? J’en doute. La progression des ventes de vin et de parfum français en Asie va-t-elle s’inverser? Peu probable.

Combien on parie qu’il y aura davantage de Québécois sur les plages du Sud en février  de 2022 qu’il n’y en avait en février de l’an dernier ? Peut-être devront-ils se laver les mains et faire prendre leur température, ou même présenter un certificat de vaccination. Ça ne les arrêtera pas.

La coopération scientifique internationale va-t-elle être freinée ? Le coronavirus pousse au contraire les chercheurs du monde entier dans une œuvre collective de recherche de traitement et de vaccins plus globalisée que jamais.

Au lendemain de la première guerre mondiale, une véritable démondialisation fut enregistrée. La valeur et le volume des biens transigés entre nations se sont repliés. Rien ne permet de penser qu’on va assister à un phénomène semblable. D’abord parce que, bien plus qu’à l’époque, les entreprises multinationales ont décentralisé dans un grand nombre de pays la production des composantes d’un même produit. Elles l’ont fait parce qu’elles trouvaient ainsi le prix le plus bas pour chaque composante et parce que les coûts de transport par bateau restent très abordables. Rien, mais alors rien du tout, n’annonce un renversement de tendance. Comptons au contraire sur l’intelligence artificielle pour optimiser encore davantage la répartition planétaire de la production.

Le principal moteur de la mondialisation, à cette étape-ci du 21e siècle, est la politique d’expansion de l’influence chinoise. Le grand projet de route de la soie du président à vie Xi Jinping consiste à investir massivement dans les infrastructures des pays d’Asie et d’Afrique pour paver la voie à des échanges décuplés entre l’empire du milieu et sa nouvelle zone d’influence. On est qu’au début de ce processus.

La montée en puissance du pouvoir d’achat des nouvelles classes moyennes de Chine, d’Inde et des pays Africains en forte croissance économique  va aussi continuer à faire progresser la consommation de biens venus d’ailleurs et de faire progresser le nombre de touristes internationaux, une fois la crise du virus passée.

On a rien dit encore de la mondialisation de la crise climatique. Les sommets internationaux vont reprendre leurs cours, avec les manifestations tenues le même jour dans toutes les grandes villes de la planète.

D’autres causes continueront à avoir un écho planétaire. On l’a vu avec le mouvement #MeToo, puis la prise de conscience mondiale du problème des féminicides.

Le coronavirus, un moment fort de la mondialisation

Il est même possible de voir la crise du COVID-19 comme un moment fort de la mondialisation. D’abord parce qu’il s’agit de la première crise sanitaire réellement mondiale. Ensuite parce que nous sommes constamment informés des comparaisons internationales sur les stratégies de chacun et sur l’évolution des choses. Les frontières nationales sont réapparues ? Pas seulement. Des villages, des villes, des régions sont isolées les unes des autres. Cela n’annonce pas la prise de pouvoir des villes et des régions. Des leçons planétaires seront tirées de cette crise et notre comportement à tous, de Trois-Rivières à Wuhan, sera différent la prochaine fois, car nous aurons vécu une crise commune.

Loin d’ouvrir une ère de démondialisation, la grande crise sanitaire de 2020 sera peut-être un accélérateur de la mondialisation.

Pendant les belles années de la construction européenne, des auteurs dissertaient sur la fin prochaine des nations. C’était une illusion. Les nations sont là pour rester. Elles forment le socle de l’existence des peuples. Mais la mondialisation a désormais atteint un point de non-retour. Elle est avec nous pour de bon.

À nous de savoir construire, au Québec, tous les remparts nécessaires pour  assurer notre sécurité, notre identité, nos choix, de tirer de la mondialisation le meilleur et de refuser, ou d’atténuer, le pire.


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3 réflexions au sujet de « L’illusion de la démondialisation »

  1. « Rendez-vous dans 10 ans pour faire les comptes et tirer un vrai constat. Mais il me semble prudent de vous inviter à ne pas vous emballer. La mondialisation n’a pas dit son dernier mot. Au contraire. »

    Non !

    – Laissons pas aller ça nous autres dirait Félix.

    – Au tour de la Chine Félix ?

  2. Merci monsieur Lisée,

    Il est toujours plaisant de se faire confirmer les conclusions de ses propres réflexions par quelqu’un d’érudit. Mais vous allez tellement plus loin que ma courte vue! Voilà que je dois réfléchir encore.

    Bref merci à vous de communiquer votre point de vue avec cet éclairage.

  3. Bonjour M. Lisée !

    Pour une fois ce mois-ci, je suis heureux d’écouter un vidéo sur le professeur RAOULT, qui nous démontre, finalement, que ses propositions sont très valables, beaucoup plus que ce que la France a fait, et même le Québec, qui payent cher le confinement de sa population. Alors qu’ils auraient pu généraliser le traitement, voire la prophylaxie, avec le médicament qui coûte moins de $1 la dose quotidienne ici, soit l’hydroxychloroquine. J’ai personnellement envoyé quelque 200 courriels à ce sujet, notamment à des députés québécois de notre Assemblée nationale et du Parlement canadien, à des stations de radio et des journaux, et à d’autres personnalités. Mais en vain. Je souhaite donc que vous puissiez utiliser votre influence pour convaincre nos autorités d’appliquer cette thérapie le plus tôt possible chez nous. Je vous en remercie d’avance et vous félicite, voire vous admire, pour la qualité et la continuité de votre travail. Jean RÉMILLARD, conseiller au PQ-MR.

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