Combien de fois faut-il voir Tenet?

Parmi les films les plus géniaux de l’histoire du cinéma, il faut mettre Inception. Imaginé, scénarisé et écrit il y a 10 ans par Christopher Nolan, Inception est à la fois un thriller, un film de science-fiction et un traité de psychologie. Nolan nous emmène dans cette folle complexité mais nous en fait ressortir en rattachant presque tous les fils. Un tour de force.

Il s’y est remis en 2004 avec Interstellar. La complexité des rêves est remplacée ici par celle de l’espace et du temps. Le canevas est aussi gigantesque, sinon plus, et Nolan nous oblige en fin de film à accepter les raccourcis qu’il prend avec l’espace-temps. On ne peut pas dire qu’on saisit exactement ce qui se passe et on ne pourrait pas l’expliquer en termes simples mais, bon, c’est de la fiction, alors on en ressort avec le sourire.

Nolan s’est demandé comment il pourrait faire encore plus fort, encore plus songé, encore plus complexe. C’est Tenet, disponible en VSD depuis plus d’une semaine. Les critiques ont crié au génie et les cinéphiles, sur Rotten Tomatoes, sont contents à 70%. Je me permets une voix discordante.

Le film est magnifiquement conçu et réalisé, certes. Nolan introduit une nouvelle variable du concept de voyage dans le temps, l’inversion. Pendant que vous vivez le temps en traversant les secondes vers le futur, d’autres peuvent le traverser en revenant à travers les secondes vers le passé et vous croiser au passage. Se battre même. Y compris (attention: divulgâcheurs à venir) se battre avec soi-même. Un qui vient et un qui va.

Je vous fait un aveu: il m’a fallu, après l’avoir écouté attentivement, aller sur des sites spécialisés pour me faire raconter certains éléments de l’intrigue qui m’avaient échappés. Et même une fois expliqués, il me semble qu’il reste des trous (donc, des gens de l’avenir veulent faire disparaître le passé parce qu’on a gâché la planète, mais eux ne mourront pas même en assassinant tous leurs ancêtres ? Ils ont donné leur technologie d’inversion à un marchand d’armes russe mais ne le surveille nullement et ne savent pas qu’il va faire disparaître l’humanité entière ? Etc.)

Bref, alors qu’on sortait d’Inception avec l’impression que notre intelligence avait été testée, mais respectée; alors qu’on sortait d’Interstellar avec le sentiment qu’on avait compris l’essentiel et aimé le reste; on sort de Tenet convaincu que, soit on est trop idiot pour comprendre, soit il n’y a rien à comprendre.

Je vois bien la difficulté qu’a Nolan. Comment inventer une histoire époustouflante, sortir des sentiers battus, tout en restant lisible. Cette fois, cependant, je pense qu’il a mal jugé le degré de complexité qu’on peut traduire sur pellicule.

Devez-vous le voir ? Ce n’est pas indispensable. Comme Nolan est un grand créateur et que je suis bon public, je le suivrai dans ses errances. Mais il faut être un mordu.

Vous connaissez le montréalais Ryan George ? Il a inventé une forme nouvelle de critique de film. Il fait semblant d’en présenter le scénario à un producteur et, ce faisant, il met en lumière les incongruités du projet. Pour Tenet, il s’est surpassé:

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !