Désobéir à Jean Charest

120615_vv92y_jacques_duchesneau_8-300x168Vous êtes un ex-chef de police. Vous êtes plutôt favorable à la loi et à l’ordre, non ? Au respect des lois, des consignes, pour ne rien dire des contrats ?

Et pourtant. La plus grande révélation à ce jour de la Commission Charbonneau est la suivante. La première personne à avoir délibérément choisi la désobéissance civile face au comportement du gouvernement Charest n’est pas un membre de la CLASSE. C’est Jacques Duchesneau.

Invité à mettre son nez dans la toile de malfaisance qui enserre l’industrie de la construction au Québec, Duchesneau en est ressorti avec un rapport accablant. Puis il a compris que les autorités politiques, en la personne du ministre responsable Sam Hamad, allaient en dissimuler les résultats.

On s’attendrait d’un ex-policier devenu inspecteur ad hoc qu’il dise: « Oui chef ! Bien chef ! » L’obéissance, quoi. L’ordre.

Mais Duchesneau fut si révulsé par la possibilité que soit mises sous le boisseau des révélations d’un intérêt public évident qu’il a enfreint les codes et a remis le document à un journaliste.

Une bonne analyse

Duchesneau avait-il raison de croire que le ministre n’allait pas lire le fruit du travail de son équipe et que rien ne serait accompli pour la suite ? Il arrive que nous n’ayons pas de réponse à ces questions hypothétiques. En ce cas, nous l’avons. Le premier ministre Charest nous l’a donnée à l’époque. Car une fois le rapport coulé, en entier, disponible en ligne et imprimé par des dizaines de milliers de personnes, Jean Charest a avoué aux journalistes qu’il ne l’avait pas lu. Pire, il les a avisés que ”ces rapports-là ne sont pas écrits pour aller au bureau du Premier ministre”.

Le mouvement de recul qu’a eu Sam Hamad devant l’existence du rapport, refusant selon Duchesneau d’y apposer même le bout du doigt (peur des empreintes digitales?) était donc une excellente reproduction de l’attitude politique au sommet: on ne veut rien savoir ! on ne veut rien lire !

Une désobéissance civile payante, pour la société civile

On connait la suite des choses. C’est la fuite du rapport Duchesneau, en septembre, qui a rendu intenable la pression publique pour le déclenchement d’une commission d’enquête. Sans la fuite — sans la désobéissance –, pas de pression, pas de commission.

On sait maintenant que l’ex-chef de police est le désobéissant zéro. On sait maintenant que cette désobéissance était indispensable à l’existence de la commission. On sait maintenant que la tenue des audiences de la commission en septembre pousse le Parti libéral à déclencher des élections, avant cette reprise, avant les témoignages. Pourquoi ? Parce qu’on ne veut rien savoir ! On ne veut rien lire ! Ou plutôt, on veut que les électeurs en sachent le moins possible.

Le sondage Léger Le Devoir de samedi l’a montré: les électeurs jugent que la question de la corruption et celle de la crise étudiante sont d’égale importance, pour l’élection à venir.

Que faire ? Suivre l’exemple de Duchesneau !

Jean Charest a décidé de tout mettre en œuvre pour que la question étudiante prédomine. Il déclenchera l’élection à la mi-août au moment de la rentrée forcée des classes et, espère-t-il, d’un maximum de scènes de violence et d’intimidation.

Que faire pour l’empêcher de réussir dans cette stratégie que quelqu’un jugeait naguère « immonde et grotesque » ? Faire comme Jacques Duchesneau et désobéir.

1. Les étudiants doivent être suffisamment instruits par leurs leaders du rôle que Charest veut leur faire jouer dans ce film d’horreur: des manifs et de la casse à la mi-août. Ils doivent désobéir à ce scénario. Que ceux qui veulent retourner en classe le fassent et que ceux qui veulent poursuivre la grève votent sa reprise pour… le lendemain de la réélection d’un gouvernement Charest! Et que dans l’intervalle les étudiants s’investissent dans la campagne électorale, pour les candidats de leur choix.

2. Que les ex ou actuels députés, ministres, attachés politiques, hauts, moyens et bas fonctionnaires, ingénieurs, cadres, entrepreneurs, syndicalistes ou autres, détenant des informations de nature à éclairer la population sur la corruption et la malversation que le gouvernement Charest tient absolument à occulter suivent l’exemple du désobéissant-en-chef Jacques Duchesneau et rendent ces informations et preuves disponibles au premier journaliste venu.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !