Droit canadien: une langue officielle… invisible !

nhIXsF_PX1mEy_Bilingualism-150x150Jean Leclair, professeur de droit à l’Université de Montréal, n’est pas un séparatiste. Je le sais pour avoir débattu publiquement, et très civilement, avec lui.

C’est donc assez gravement qu’on doit lire l’opinion qu’il a publiée sur lapresse.ca dimanche dernier (pardonnez mon retard) au sujet de l’absence de bilinguisme d’un nouveau juge à la Cour suprême.

Dans ce débat, on a souvent invoqué l’incapacité des juges unilingues à entendre les plaidoiries, médiocrement traduites, des procureurs québécois. Leclair affirme que ce n’est pas là que le bat blesse. C’est dans la conception même du droit, dans la doctrine:

dans des litiges intéressants des questions aussi fondamentales que le partage des compétences dans la fédération canadienne, le sens et la portée à donner aux droits et libertés inscrites dans la Charte canadienne et même dans la Charte québécoise, un juge unilingue anglophone est incapable de savoir ce qui se pense en langue française.

Il envisage donc le débat d’un point de vue qui est avant tout celui d’un Canadien anglais. Bien sûr, ce point de vue n’est pas complètement étranger à celui des juristes québécois, n’exagérons rien. Il n’en demeure pas moins très différent sur la question du partage des compétences par exemple.

Il n’y a pas que les juges unilingues qui sont sourds aux approches québécoises du droit, écrit Leclair:

J’ai toujours été frappé de constater que plusieurs des gentlemen que sont mes collègues constitutionnalistes du Canada anglais peuvent disserter savamment sur le droit constitutionnel américain, anglais, australien ou autres, mais doivent s’excuser avec un sourire contrit quand je leur demande s’ils connaissent quelque chose de ce qui s’écrit en français au Québec.

J’aimerais qu’ils arrêtent de sourire, et que tout en apprenant le chinois ou l’espagnol, ils s’intéressent un peu au français.

Il n’y a rien à ajouter.

Ce contenu a été publié dans Canada, Langue par Jean-François Lisée. Mettez-le en favori avec son permalien.

À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !