Immigrants en emploi: Mission accomplie !

Avertissement : cette chronique va vous choquer. Non qu’elle vous mette de mauvaise humeur. Mais les informations qu’elle contient peuvent provoquer un choc cognitif sévère. Elles sont contraires à tout ce que vous pensez savoir sur le sujet.

Prêts ?

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Au total, pour les immigrants et les minorités visibles au Québec, il n’y a plus de discrimination dans l’emploi. 
En 2020, 57,6 % des Québécois nés au Québec avaient un emploi. Les immigrants ? 60,5 %, soit 2,9 points de pourcentage de plus. Non seulement leur présence en emploi a-t-elle rejoint celle des natifs, mais nos immigrants donnent, pour ainsi dire, leur 105 %. Avec une pointe à 123 % pour les immigrants arrivés depuis 5 à 10 ans. Autrement dit, vous avez désormais davantage de chances d’avoir un emploi au Québec si vous êtes immigrant que si vous descendez des filles du Roy. Un formidable renversement de situation. (La pénurie de main-d’œuvre n’est pas étrangère à cette situation, comme je l’ai écrit ici.) Cette nouvelle stupéfiante est tapie dans le rapport annuel sur le marché du travail produit le mois dernier par l’Institut de la statistique du Québec.

Ce n’est ni un épiphénomène ni un effet de la pandémie, le cap de l’égalité en emploi ayant été franchi dès 2019. Au cours des dix dernières années, le taux d’emploi des néo-Québécois a grimpé inexorablement pour rejoindre celui des natifs, malgré tout ce qu’on entend sur la discrimination et le racisme. C’est d’ailleurs aussi vrai lorsqu’on évalue la présence en emploi des minorités visibles (immigrants ou non). En mars 2021, leur taux d’emploi était quasi identique (99,7 %) à celui des autres Québécois.

Mais pourquoi alors, en termes de taux de chômage, et même si l’écart avec la moyenne se resserre, y en a-t-il encore légèrement davantage chez les immigrants (de 2 à 4 points) ? La raison est savoureuse. Le taux de chômage compte les citoyens qui sont en recherche d’emploi. Cela signifie que non seulement une plus grande part d’immigrants que de natifs ont un emploi, mais aussi que davantage de chômeurs immigrants que de natifs en cherchent un. En clair : ils sont plus vaillants et plus travaillants que les autres. Des citoyens exemplaires.

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La discrimination salariale envers les immigrants québécois a presque disparu.
On pourrait penser qu’une fois embauchés, les immigrants subissent une discrimination salariale. Au total, ce n’est plus le cas. En 2020, ils empochaient 97 % du salaire horaire des natifs. Mais cela inclut les immigrants très récents. Si on se concentre sur les immigrants arrivés depuis au moins dix ans, leur rémunération atteint 99,5 % de celle des natifs. C’est vrai aussi pour le salaire hebdomadaire, ce qui indique qu’ils travaillent en moyenne autant d’heures que les autres.

Un tableau de l’ISQ révèle une perle : en 2020, les néo-Québécoises qui sont parmi nous depuis au moins 10 ans empochaient 102 % du salaire hebdomadaire des Québécoises « de souche » et 104 % de leur salaire horaire.

En termes de lutte contre la discrimination au travail, le Québec bat l’Ontario.
Contrairement aux nôtres, les immigrants habitant l’Ontario n’ont pas atteint l’égalité. C’est essentiellement parce que les femmes immigrantes sont nettement moins intégrées au marché de l’emploi ontarien (87 %) que québécois (100 %). Pourquoi ? Principalement parce que le Québec offre des garderies à faible coût et une politique familiale plus généreuse. C’est dire qu’une politique sociale-démocrate d’application générale, favorable à toutes les familles, a fait davantage pour lutter contre le racisme et la discrimination au travail que quelque autre politique. On n’a même pas eu besoin du concept de racisme systémique pour y arriver.

J’ajoute qu’en 2020 l’écart de salaire horaire entre les hommes et les femmes immigrantes est nettement plus grand en Ontario qu’au Québec. Les immigrantes n’y font que 84 % du salaire des immigrants, contre 93 % pour les immigrantes québécoises.

Noirs et Blancs à égalité sur le marché du travail. 
La présence en emploi des minorités visibles est également, pour mars 2021, plus égalitaire au Québec (100 %), qu’en Ontario (95 %). Pour l’instant, il n’existe pas de données sur l’emploi ou la rémunération par sous-catégorie de minorités visibles par province, seulement pour le Canada. Mais puisqu’on vient de voir que la situation québécoise est meilleure que l’ontarienne pour l’ensemble des minorités visibles, il est logique de conclure que les chiffres pour le Québec sont équivalents ou supérieurs à ceux du Canada. Ils indiquent que la présence des Noirs sur le marché du travail est égale (101 %) à celle des Blancs.

Le niveau de vie des immigrants du riche Ontario est inférieur à celui des immigrants du Québec. 
Leur salaire horaire est certes supérieur (108 %) à celui des immigrants québécois. Mais puisque le coût de la vie dans la région torontoise, où vivent en grande majorité les immigrants, est plus élevé de 14 % qu’à Montréal, les immigrants québécois ont, en fait, un pouvoir d’achat d’au moins 5 % plus élevé que celui des immigrants ontariens. Ça compte.

Bref, désormais, un immigrant a légèrement plus de chances d’être en emploi au Québec qu’un non-immigrant et significativement plus que s’il vit en Ontario. Il jouit d’un pouvoir d’achat équivalent à celui des citoyens nés au Québec et plus élevé que les immigrants vivant en Ontario.

Des Québécois à part entière

La lutte pour l’égalité entre tous les Québécois est un fait essentiel de notre vie contemporaine. On souligne avec raison les lacunes graves qu’il faut corriger dans le logement, le profilage policier, la juste représentation dans la fonction publique et les lieux de pouvoir, la condition des Autochtones, notamment.

Mais aujourd’hui, en ce qui concerne leur présence sur le marché du travail et leur rémunération, les immigrants et les membres des minorités visibles sont des Québécois à part entière.

Il faut savoir mesurer, reconnaître et célébrer cette formidable réussite collective.


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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !

2 avis sur « Immigrants en emploi: Mission accomplie ! »

  1. Monsieur Lisée, cet article fait très mal à tous les racisés qui gagne leurs vies à coup de subventions pour dénigrer à plein temp les québécois “de souche “ en les traitant de raciste et de xénophobes. Vous venez aussi de retirer l’herbe sous les pieds de QS. C’est leur pain et leur beurre la dénigration des “ pures laines”. Merci de le dire, la vérité finira peut-être par resurgir…

    • En effet, ces statistiques viennent confirmer le progrès et efforts collectifs d’intégration, en contexte de pénurie de main d’œuvre ce n’est pas étonnant.

      Merci M. Lisée pour cet article quand même éclairant.
      J’aimerais pour repondre au commentaire ci-dessus, que votre article vient surtout couper l’herbe sous le pied de celles et ceux qui entretiennent des préjugés face à l’immigration comme quoi les immigrants ce sont de gens qui viennent profiter du système.

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