Lire : Qu’attendent les producteurs pour réaliser une série sur Denise et Dodo ?

Ceux qui ont mon âge ont grandis avec elles. Les moins de 40 ans savent qu’elles font partie de la culture québécoise. Elles se sont racontées, dans des livres parus, pour Denise Filiatrault, en 2017, et pour Dominique Michel, en 2006. Je vous en parle aujourd’hui car je les ai lus au cour des derniers mois avec bonheur et que je veux lancer un cri du cœur aux producteurs/trices de séries télévisées.
Denise Filiatrault

Qu’attendez-vous pour piger dans ces ouvrages et nous raconter cette histoire populaire de la culture québécoise moderne, à travers deux de ses personnages les plus attachants, les plus croustillants, les plus émouvants ?

On trouve de tout dans ces ouvrages.

La route vers le succès: Dominique et Denise viennent toutes deux de milieux modestes et gravissent une à une les marches qui en feront les femmes les plus populaires au Québec.

Les milieux sordides: En début de carrière, elles fréquentent les clubs et les cabarets où rôdent la mafia, la drogue, la prostitution. Elles se démènent contre la misogynie ambiante.

Les célébrités: Elles y croisent Aznavour et toute la bande de jeunes et futures vedettes du Québec et de la France.

L’invention de la télévision: Elles passent des clubs à la radio, puis à la télévision naissante. Deviennent des reines du petit écran et, pour Dodo, de la chanson.Dominique Michel

L’éveil amoureux: Dodo emmène son futur premier amant dans un chambre d’hôtel, verrouille la porte, lance la clé par la fenêtre, avise son homme qu’elle ne sortira pas de la pièce tant qu’elle sera vierge. Une scène qui réclame de vivre à l’écran  !

Le jet set et la misère humaine: Un millionnaire tombe sous le charme de Dodo et l’embarque chaque week-end dans son Jet Privé vers les capitales et les plages mais, de retour à la maison, la chanteuse doit aller chercher sa mère alcoolique, au poste de police, plusieurs fois par mois.

Le batifolage: Denise n’est pas en reste, harponnant Johnny Hallyday et, pourtant indépendantiste, s’envoyant Pierre Trudeau.

Les entrepreneuses: Elles font du fric, et en perdent beaucoup, dans des discothèques et des restaurants. Il y a un épisode juste là-dessus.

Un peu de brasse camarade: Dodo met son poing au visage de l’avocat qui l’a escroqué. Denise développe une façon assez robuste de faire connaître son point de vue.

Le plafond de verre: Denise doit se battre pour que sa contribution au scénario du méga-succès Moi et l’autre soit mentionné au générique.

La maturation: Les deux femmes progressent en maturité dans leur carrière. L’amusante Dominique devient (brièvement) productrice de film (dont le sulfureux « O ») puis campe un rôle dramatique dans Le déclin. Denise joue du Michel Tremblay, devient scénariste, puis productrice, metteure en scène, et réalise plusieurs de ses rêves, dont de porter à l’écran (deux fois) la vie de la chanteuse Alys Roby.

Les relations en dents de scie: Le couple Dominique et Denise ont connu des hauts et des bas, un bel arc dramatique. (Il faudrait une finale de réconciliation, c’est un problème).

Bref, chers producteurs et scénaristes, il y a là un matériau riche, une série à succès garantie. En attendant, on peut toujours lire les livres…

En librairie

On peut commander ici: Denise Filiatrault (Avec Danièle Laurin): Quand on est né pour un p’tit pain

On peut commander ici: Dominique Michel: Y a des moments si merveilleux 


La bande annonce de ma dernière balado:

Lisée202 (Des histoires du Québec)
Le plus grand chagrin de René Lévesque

Abonnez-vous ici

Sortir: Émotion forte et rigolade d’été sur les planches

Au TNM: Un autre coup de poing émotif de Michel Marc Bouchard

Le prolifique auteur d’Alma revient chez lui (ça se passe à Alma) et sur les planches du TNM avec son complice le metteur en scène Serge Denoncourt pour plonger le spectateur dans un drame émotif de haute tenue.

Julie Le Breton tient le rôle titre (écrit pour elle), d’une âme brisée par un secret vieux de 30 ans. Devenue embaumeuse des stars internationales, façon de réparer, au dernier moment, des vies troubles, elle vient embellir le cadavre de sa mère et, du même coup, ouvrir béantes des plaies familiales jusque là taboues.

Je n’en dis pas plus. Le jeu est juste, l’équipe efficace, la mise en scène tout au service du conflit, de la révélation et de ses conséquences.

Une grande soirée au théâtre.

La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, au TNM.


De la difficulté de jouer Fernandel en 2019

Denise Filiatrault fait le maximum pour nous faire rigoler en adaptant le scénario de Marcel Pagnol, Le Schpountz, produit en 1938 avec Fernandel dans le rôle titre.

Et, oui, elle nous fait rire à intervalles régulier et Rémi-Pierre Paquin campe avec talent le sans-génie de village qui se croît appelé à une grande carrière cinématographique.

C’est du théâtre d’été et il faut le prendre comme tel. On sent cependant qu’il y a erreur sur le siècle et sur le personnage. On pouvait plus facilement croire qu’en 1938, avant la télé, un villageois puisse avoir une telle naïveté face au monde du cinéma. C’est moins facile à avaler à l’heure d’Instagram. L’adapter au Québec des années 1930 ou 40 eut peut-être été préférable.

Ce n’est pas injure de noter que le scénario d’origine de Pagnol était mince, et qu’on se laissait embarquait entre autres pour le plaisir d’y voir Fernandel. Notamment dans cette scène qui fait époque:

Au Théâtre du Rideau Vert puis en tournée


 

Abonnez-vous et ayez immédiatement accès à ma nouvelle balado:

Laïcité: Guy Rocher ose utiliser le « M Word » – MAJORITÉ 

En voici un extrait: