Le rapport commandé par Ottawa sur l’impact d’un péage sur le pont Champlain était secret. Ottawa voulait le garder secret. Le ministre québécois des transports, et de la métropole, Robert Poëti, trouvait normal qu’il reste secret.
On sait maintenant pourquoi. Radio-Canada l’a obtenu et ses résultats sont catastrophiques.
Un péage sur le Pont Champlain provoquerait un déplacement de circulation vers les autres ponts et en ferait exploser l’utilisation. Le Pont Jacques-Cartier serait utilisé à 135% de sa capacité. Le Pont Victoria ? à 175% !
« Le péage aurait pour effet de réduire la circulation sur le nouveau pont et cela soulève des inquiétudes parce que la circulation détournée ne peut être absorbée ailleurs sur le réseau, » note l’étude.
Or que se passera-t-il aux abords des Ponts Jacques-Cartier et Victoria ? Des embouteillages monstres à Longueuil et dans l’Est de Montréal, aux artères-clés Papineau et Sherbrooke.
Ottawa nous propose donc un cauchemar de la congestion montréalaise, alors même que nous savons que la congestion chronique coûte entre un et trois milliards de dollars à l’économie montréalaise, en ce moment. On a peine à imaginer le coût supplémentaire que la congestion Made-in-Ottawa va coûter.
Ce mercredi, le Directeur parlementaire du budget, à Ottawa, a déposé son propre rapport sur l’impact d’un péage. On y trouve ce graphique percutant:
Le message est clair: les faibles revenus et les membres de la classe moyenne refuseront de payer. Ils préféreront les bouchons. Donc: les riches pourront traverser le fleuve rapidement !
Ottawa veut construire, avec notre argent, un pont qui va servir aux riches. Et qui va appauvrir l’économie montréalaise et créer une congestion quasi-permanente aux deux bouts des autres ponts Montréalais ! Bravo !
Le ministre Poëti a réitéré ce mercredi son opposition au péage. Merci. Mais se souvient-il que lorsqu’il est arrivé en poste, il a déclaré que son arrivée, et celle du gouvernement Couillard, allait « donner de meilleurs résultats » avec Ottawa. « C’est le début d’une collaboration qui va faire des gagnants », a-t-il dit.
Pour l’instant, elle ne fait que des perdants. Est-ce un des coûts, tangibles, de notre appartenance au Canada ? Est-un des coûts, inévitables, de la non-indépendance ?

