Note à Duceppe: Envoyez Suzanne au front !

suzannePourquoi l’ex-députée bloquiste Suzanne Tremblay jouit-elle d’une grande crédibilité ?

Entre autres parce qu’elle a déjà osé dire que Hull était la ville la plus laide au Québec. Il y a des vérités, comme ça, qui vous font une réputation.

Suzanne Tremblay a fait irruption dans l’info ce mardi parce qu’on a compris d’une entrevue donnée à Vincent Marrissal, de La Presse, qu’elle était mécontente du Bloc et comprenait la vague orange.

Certes, mais à Pierre Maisonneuve, de Radio-Can, qui tentait de lui faire dire encore plus de mal du Bloc, elle a rétorqué qu’au contraire, si elle comprenait la vague, elle jugeait encore plus important de la contrer.

Elle analyse correctement la situation mais, mieux, de son recul d’ex-députée qui ne doit rien à personne, elle donne son avis, assez mauvais, sur la députation néo-démocrate actuelle… et à venir. Et remet le travail du Bloc en perspective.

Écoutez son entrevue à compter de 2’00″ et dites-moi pourquoi le Bloc n’en fait pas une publicité radio et télé et pourquoi Suzanne Tremblay n’est pas appelée à réchauffer les salles avant (ou après) le discours de Gilles Duceppe.

Le vote NPD peut-il encore croître ? Mets-en !

Le sondage Ekos mis en ligne en fin d’après midi ce lundi ne fait pas que confirmer la montée du NPD et indiquer que le parti de Jack Layton dépasse désormais les libéraux au fédéral, est désormais premier dans les Maritimes et au Québec et s’approche des Rouges en Ontario.

Il indique trois choses essentielles pour les sept jours à venir :

1) Le NPD n’a pas fait le plein d’électeurs potentiels. Il est, de loin, le principal deuxième choix des quelque 3000 électeurs canadiens interrogés par Ekos, comme on le voit ici:

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Comme quoi, être l’éternel second choix peut, un jour, devenir payant!

2) Si l’élection avait lieu aujourd’hui, avec les conservateurs à seulement six points d’avance avec 34% contre 28% au NPD et 24% au PLC, elle se traduirait par un gouvernement conservateur minoritaire, avec moins de sièges qu’à la dissolution, soit 130 contre 143 (il en faut 155 pour être majoritaire).

3) Si la tendance s’arrête — c’est-à-dire si le NPD arrête de progresser — il est désormais possible d’envisager:

– Un gouvernement conservateur réélu mais affaibli, donc à la légitimité amoindrie par l’électorat;

– Un NPD devenant l’opposition officielle, avec, selon le sondeur Frank Graves, une centaine de sièges, devenant donc officiellement le second parti à la Chambre;

“Il est difficile d’imaginer comment un gouvernement Harper diminué à 130 sièges pourrait garder le pouvoir face à une majorité claire de l’opposition et un avantage majeur en soutien populaire au NPD » affirme Graves. « L’idée qu’on puisse avoir une coalition dirigée par Jack Layton peut sembler tirée par les cheveux, mais c’est ce que les chiffres nous disent. »

Cette projection est cependant largement fondée sur l’hypothèse que, le lundi 2 mai prochain, le NPD aura au Québec 53 sièges !! le Bloc 14 !! les Conservateurs 4 !!! et les Libéraux 3 !!!

– Même sans cette explosion orange au Québec, on pourrait se retrouver avec un NPD devenant l’opposition officielle, donc légitimé de faire tomber le gouvernement conservateur lors de la présentation du budget et de tenter de former un nouveau gouvernement, avec l’appui ponctuel des libéraux et du Bloc.

Au Québec, Ékos enregistre un bond spectaculaire du NPD, une avance de 13 points sur le Bloc (38,7 vs 25,2)

Le site ThreeHundredEight, dans sa compilation du jour, est moins dur pour le Bloc (mais c’est sans le sondage Ekos) et montre un tir-au-poignet entre le bleu et l’orange:

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En attendant l’effet Parizeau…

Le baiser de la mort pour les Libéraux ?

Tout le monde parle du sondage CROP de ce matin, mais le sondage EKOS de ce matin est encore plus intéressant, y compris visuellement.

Voyez comment, nationalement, les courbes libérales et néo-démocrates s’embrassent. Cela ressemble au baiser de la mort pour les rouges….

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Cliquez pour agrandir

Cela dit, le prédicteur des sièges ThreeHundredEight refuse de traduire la montée du NPD en prises de sièges (sauf Gatineau, déjà donné depuis quelques jours). C’est que le modèle utilisé est réfractaire aux mouvements brusques et tient en compte d’autres sondages tenus les mêmes jours et qui ne confirment pas les CROP et EKOS.

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Memo to ze Roc: Harper no give truth on Quebec

flyDear friends of ze ROC,

Au cours des derniers jours, Stephen Harper tente de vous faire peur avec la séparation. Normal. Comme le disait la pub du remake du film « The Fly »: Be afraid, be very afraid.

Cependant il ajoute un argument, celui-ci: Le Bloc «sait bien qu’un fort gouvernement conservateur à Ottawa est une vraie barrière à son rêve d’avoir un autre référendum». Conclusion: un gouvernement conservateur majoritaire pourra « faire barrière » au séparatisme.

Comme il n’est pas question d’interdire la tenue d’un référendum, M. Harper doit vouloir dire qu’un gouvernement conservateur majoritaire serait un atout de plus pour le Canada.

Not quite. Consider this.

Madame 93%, Pauline Marois, donc la personne qui serait en position de déclencher un référendum, a une opinion sur ce qui aiderait mieux sa cause, un gouvernement conservateur minoritaire ou majoritaire. La réponse: « Harper majoritaire!!! »

Évidemment, ce n’est pas quelque chose que les responsables souverainistes crient sur les toits. Mais à table, il y a un mois, elle succomba au charme viril de Patrick Lagacé, quitta le terrain ferme de la langue de bois, pour révéler à son convive et au monde le fond du fond de sa pensée:

«Un gouvernement conservateur majoritaire aurait des valeurs différentes de celles des Québécois», a-t-elle dit avant de faire un long détour pour s’expliquer. […] Le Parti libéral du Canada, progressiste, «ressemble plus» aux Québécois que le Parti conservateur de 2011, rejeton du Reform Party, selon elle. «Un gouvernement conservateur majoritaire, plus à droite, va heurter le Québec.»

Fin du long détour: «Un gouvernement majoritaire conservateur va sans doute nous donner certaines munitions. En même temps, ça va nuire à quel point à des valeurs environnementales et sociales? C’est le dilemme qu’on a. Je veux que le Bloc soit fort à Ottawa, pour nous défendre. Si je dis que c’est mieux pour le projet de pays mais que le Bloc est moins fort, je ne suis pas plus avancée.»

Mme Marois pige de nouveau dans sa salade quand je lui demande: «Et si les gains du PC se font ailleurs qu’au Québec?»

La députée de Charlevoix sourit, note que nous nageons en politique-fiction et avoue: «C’est mieux.»

Tout est là, dear friends from ze ROC. Pour la chef séparatiste, le scénario idéal est: Bloc fort au Québec, Conservateurs majoritaires dans le reste du Canada. Alors, quand Harper demande une majorité dans le reste du pays, travaille-t-il pour réunir les conditions gagnantes de Mme 93% ?

Now, be afraid, be very afraid.

Débat: Harper a-t-il brûlé ses ponts avec le Québec?

pontEst-ce une tradition conservatrice ? Trouver dans l’électorat une ligne de fracture, l’élargir pour en tirer profit puis, en faire trop et perdre son avantage.

On l’avait vu en 2008. Voulant tabler sur l’éternel débat sur la pertinence du Bloc, ils en ont fait trop, affirmant que les Québécois gaspillaient leur vote et leur argent. Les Québécois l’ont mal pris.

Pensant s’appuyer sur un populisme anti-élitiste, ils ont aussi coupé les budgets des artistes, et Harper a raillé « les artistes en smoking » dans les galas, ce qui lui a donné un ton mesquin qui a souverainement déplu.

Cette année, au Québec, les stratèges conservateurs ont voulu profiter de la tension permanente entre Montréal et les régions pour « Diabo-Montréaliser » le Bloc et attirer vers eux le vote anti-Plateau.

Puis, au débat ce mercredi soir, Harper en a trop fait.

Répondant à une question directe sur l’opportunité — qui crève les yeux — de construire un nouveau Pont Champlain, Harper a accusé ceux qui veulent construire un nouveau pont de « prendre l’argent des régions » pour un projet montréalais.

Faire d’une question de sécurité publique un argument politique partisan et vouloir créer une fausse opposition entre Montréal et les régions à ce sujet est simplement en dessous de la fonction de premier ministre du Canada.

Harper pense donc que les 60 millions de véhicules qui ont transité l’an dernier par ce Pont vétuste et dangereux — le plus achalandé au Canada — sont tous conduits par les seuls Montréalais. Ou les seuls habitants de la grande régions montréalaise, qui cumule à elle seule la moitié de la population du Québec ?

Peut-on imaginer un instant une déclaration pareille, concernant un important pont de Toronto, de Vancouver ou au sujet du super-pont de l’Ile-du-Prince-Édouard  ?

Plus qu’une bourde, c’est une faute politique. J’espère qu’elle hantera Stephen Harper, au Québec, jusqu’au jour du vote.

Car contre une déclaration aussi stupide, le mot d’ordre doit être: tout le monde sur le pont.

Si la tendance se maintient… l’Ontario bleuit

Depuis quelques élections, notre collègue Claire Durand, de l’Université de Montréal, grande pourfendeuse de fautes méthodologiques dans les sondages, met en forme l’évolution de l’opinion publique.

Les électeurs de l’Ontario pèseront lourd, cette année, pour déterminer si le vainqueur de l’élection, dont le nom est déjà connu — Stephen Harper — dirigera un gouvernement minoritaire ou majoritaire.

Voici la tendance, telle qu’elle se dessine depuis le début de l’année, selon tous les sondages compilés par Claire Durand :

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Et dans 30 jours ?

(Voir son dernier billet, de ce jeudi, pour le Canada et le Québec.)

Cela donne une hausse moyenne d’intention de vote pour le PC de ,077 point par jour depuis 90 jours. Ce qui donne quand même 6 points sur l’ensemble de la période.

Pour l’instant, le site ThreeHundredEight qui transpose les sondages sur les intentions de vote ne prévoit que deux gains pour Harper en Ontario.

Si les conservateurs maintiennent leur rythme de progrès, ils pourraient aller en chercher encore deux ou trois autres.

Mais cela ne suffirait pas à leur donner leur majorité. Ils ont quitté le parlement avec 140 sièges, ils seraient aujourd’hui à 150, il leur en faut 155.

D’où l’importance pour Harper de trouver de nouveaux députés à Terre-Neuve et dans les maritimes, où il est aujourd’hui.

Ignatieff: quand l’absence d’image vaut 1000 mots

storage.canoe_.ca1_Il y a quelque chose de bizarre dans le look de la campagne libérale. Comme une absence.

Voyez, sur cette photo, ce que je veux dire. C’est le bus de campagne du chef Michael Ignatieff, mais sans photo du chef Ignatieff.

Et sans photo du tout, seulement le mot Libéral ! Le bus, qui doit être une publicité ambulante pour attirer des votes, semble dire: votez Libéral, malgré notre chef !

Regardons maintenant cette publicité au sujet des Libéraux, diffusée par les Conservateurs. C’est l’image inversée de l’autobus libéral:

Cette vidéo n’existe plus

Deux fois, la pub revient sur la citation « Personne ne parle pour le Parti libéral sauf moi ». Et elle insiste pour dire qu’un « vote pour le Parti libéral, c’est un vote pour Ignatieff ».

Ce sont des vérités, non ? Pourquoi dépenser des centaines de milliers de dollars pour défoncer des portes ouvertes ?

Parce que le chef, Ignatieff, est beaucoup moins populaire que la marque de commerce, le Parti Libéral.

L’intention de vote pour le PLC est de 20%
La popularité d’Ignatieff est à 13%, dans le reste du Canada.

Une différence de 7 points de pourcentage.

Donc, côté Ignatieff, on veut vendre la marque, pour rester à 20%.

Donc, côté Harper, on vous dit que la marque, c’est Ignatieff, pour les faire descendre vers 13%.

Au Québec, la situation est encore plus intéressante.

Invités à dire qui est le meilleur chef, seuls 6% des francophones choisissent Ignatieff.

Ce chiffre est statistiquement équivalent aux 5% d’anglophones québécois qui choisissent Gilles Duceppe comme meilleur chef !

Si les Conservateurs veulent faire une pub anti-Ignatieff au Québec, je leur suggère donc:

Michael Ignatieff, aussi aimé des francophones,
que Duceppe par les anglophones !

Parlons Duceppe…

image.aspx_Pas fameux, le slogan bloquiste 2011: « Parlons Qc »

Quand je l’ai vu la première fois, dans un courriel, je pensais que l’expéditeur était adepte du texto, et qu’il avait abrégé le mot « Québec » pour les fins de la transmission. Mais je l’ai revu, aujourd’hui, derrière le chef bloquiste. Qc !

Je ne sais pas qui sont les membres du groupe test qui ont aimé ça, mais il faut retrouver leurs noms et les effacer à tout jamais de la liste des futurs rappelés.

Tout de suite, les ‘jokes de Q’c ont commencé à fuser, — j’en ai entendu plusieurs sur les ondes d’une grande radio montréalaise généraliste ce lundi. C’était parfaitement prévisible.

Et puis, Parlons, ce n’est pas très actif, non ? En 1998, le Bloc avait proposé « Des gens de parole » — c’était mieux, mais déjà glissant. « Ce sont de beaux parleurs! » avait tonné Jean Chrétien, la veille du dévoilement du slogan bloquiste, signe qu’il avait ses taupes chez les séparatistes (ou ses micros). Ce qui préfigureait le « parle parle, jase jase » de Harper.

À l’élection d’origine, en 1993, Lucien Bouchard avait imposé « Le vrai pouvoir ». Un slogan, disons, Orwellien.

Mais il est quand même touchant de le revoir sur cette pub des beaux jours:

Côté slogan, le Bloc avait frappé un coup de circuit, en 2004, en plein scandale des commandites, avec « Un parti propre au Québec ». Un des meilleurs slogans électoraux de l’histoire du Québec. C’était suivi en 2008, toujours sur fond de commandite, avec le très efficace: « Heureusement, ici, c’est le Bloc! »*

Et  la publicité de fin de campagne du Bloc en 2008 était également sensationnelle.

Sous un ciel couvert — représentant les dangers d’une majorité conservatrice –  Duceppe et ses principaux lieutenants disaient à Harper combien ses valeurs n’étaient pas bienvenues au Québec.

Ces rappels servent à démontrer qu’en termes de publicité, le Bloc est capable du meilleur. Fallait-il vraiment qu’il nous démontre aujourd’hui qu’il peut aussi le pire ?

*J’ai apporté quelques corrections depuis la première publication.

Coalition: le cancer d’Ignatieff, le remède de Duceppe

3076236842_d78e965e0eCoalition. C’est le mot de départ de la campagne fédérale, édition 2011.

Depuis 48 heures, il domine le débat. Pourquoi et à l’avantage de qui ?

D’abord, Stephen Harper a tout fait, depuis deux ans, pour introduire ce thème. Son calcul est simple. L’électorat canadien s’est habitué à sa présence au pouvoir, mais continue à craindre un gouvernement conservateur majoritaire. Que ferait Harper, si on lui donnait carte blanche ?

En brandissant le spectre de la coalition, Harper ne tourne pas le dos à cette crainte, il l’affonte, en lui opposant une crainte plus grande encore: celle d’une coalition libéral/NPD/Bloc.

Certes, les électeurs du NPD et du Bloc ne craignent pas cette coalition. Mais une partie des électeurs libéraux, oui. C’est à eux qu’Harper parle. Aux électeurs libéraux modérés et centristes, ceux qui ont aimé le couple Chrétien/Martin qui a équilibré les budgets, défendu le libre-échange. Ceux qui voudraient bien, demain au pouvoir, le retour d’un Parti libéral sage et prévisible, mais pas d’un Parti otage du NPD et du Bloc.

Au jeu de l’insécurité, Harper joue la surenchère. Vous craignez un gouvernement majoritaire conservateur ? dit-il aux électeurs qui hésitent entre lui et Ignatieff. Eh, bien, cela fait nettement moins peur qu’un monstre à trois têtes.

Mis sur la défensive, Ignatieff riposte en affirmant qu’en aucun cas il ne formera une coalition et que, s’il devait former un gouvernement minoritaire, il gouvernerait « au cas par cas » — comme vient de le faire Stephen Harper.

Ce faisant, il confirme cependant l’alternative avancée par Harper: un gouvernement conservateur, stable, majoritaire ou un gouvernement libéral, instable, minoritaire.

041128bush-duceppe-harper-layton_nLe retour à l’avant-scène de la tentative de Stephen Harper de former une coalition avec le Bloc et le NPD en 2004 brouille le message de Harper et le rend coupable de mauvaise foi. Cela ne change cependant rien à la question posée en 2011. Le 2 mai, on sait que les conservateurs ne formeront pas de coalition. Le risque reste du côté libéral.

 

Duceppe à l’offensive

Comme d’habitude, au Québec, c’est différent. Gilles Duceppe n’a aucune hésitation à moudre tout son grain sur le moulin de la coalition. Le thème lui va à ravir et ne fait que renforcer sa position.

D’abord, les Québécois sont les seuls Canadiens à être majoritairement favorables à un gouvernement de coalition. En 2008, il y avait même une majorité favorable à ce que le Bloc ait des ministres dans un gouvernement de coalition — une situation politiquement impensable, mais une indication de la popularité de l’idée.

L’argument fédéraliste favori contre le Bloc est son incapacité à peser dans la gestion des affaires à Ottawa. Mais l’idée de la coalition donne la gangrène à cet argument. Elle indique au contraire que le Bloc est au centre du jeu. Peut faire et défaire des gouvernements, influencer les politiques. Qu’il est, non seulement utile,  indispensable.

C’est un cauchemar pour les forces fédéralistes québécoises. D’autant qu’ici, la possibilité d’un gouvernement conservateur majoritaire suscite une réelle crainte.

Et lorsque Stephen Harper déclare, comme il l’a fait ce dimanche, « un vote pour le Bloc, c’est un vote pour Michael Ignatieff », il n’est pas certain qu’il mette Gilles Duceppe en rogne…