Voir, lire, sortir: The Wall, Blue Moon, Guibord et Lire les Libéraux

Pour une deuxième semaine, mes choix (et non-choix) culturels de la semaine

Théâtre/opéra rock: Un mur de son

thewallTE Comment transposer sur une petite scène, comme celle du Club Soda, le gigantisme de l’album The Wall de Pink Floyd. C’est le défi assez bien réussi de Richard Petit et de ses Vikings, avec projections et éclairages en soutien. Le pouvoir évocateur des tubes de The Wall est évidemment considérable en soi, et on s’en régale. Cette puissance est imparfaitement portée par les deux chanteurs de l’ensemble, Sylvain Lacombe et Sébastien Auclair, mais la virtuosité du guitariste Michel Bruno compense amplement.
Surveillez les supplémentaires au Club Soda et une future tournée en régions — puis sur la planète !

https://youtu.be/M3FLgpOi6Vk

Les fans du Wall peuvent aussi voir l’époustouflant documentaire/captation du récent hyper-spectacle Roger Waters – The Wall. (Disponible en DVD et sur Netflix.)

Télé: Blue Moon — Jack Bauer (de 24) peut dormir tranquille

Bel essai, mais pas convaincant !

Bel essai, mais pas convaincant !

J’ai donné trois heures à Blue Moon avant de décrocher. Il n’y a pas de problèmes de moyens. C’est un problème de scénario et de vraisemblance. Qu’on tente de nous faire croire qu’un groupe de jeunes se transforment en Seals en une semaine dans un boot-camp n’est que la pointe de l’iceberg. Les dialogues sont plats, le jeu monocorde de Karine Vanasse n’aide pas.

Ce n’est pas nul, mais en écoutant, on se demande s’il n’y a pas quelque chose de meilleur à un autre poste.
Sur Illico, mais il faut payer son abonnement au Club pour y avoir accès.

Télé: Making a Victim

Trop biaisé pour être vrai.

Trop biaisé pour être vrai.

Je suis très fâché contre les concepteurs de Making a murderer, la série documentaire de 10 heures présentant comme une erreur judiciaire et un frame-up policier la condamnation à mort de Steve Avery. Fâché parce que la série, fort bien faite, est convaincante, jusqu’à ce qu’on apprenne ce qui suit.
– les documentaristes ont omis de nous dire qu’Avery avait manœuvré pour la victime se présente chez lui;
– omis aussi de nous dire qu’une trace d’ADN d’Avery impossible à « planter » par un policier fut découvert sous le capot de la voiture de la victime; (lire à ce sujet How “Making a Murderer” Went Wrong – The New Yorker.)
Et maintenant qu’on apprend que l’ex-copine d’Avery, qu’on voit le soutenant dans la série, affirme maintenant avoir été battue par lui et être convaincu de sa culpabilité, on se dit qu’on aurait été mieux… d’écouter Blue Moon jusqu’au bout à la place !
Sur Netflix.

Cinéma: Our brand is crisis

Sandra Bullock est simplement formidable dans cette adaptation de l’intervention des conseillers politiques de l’équipe qui avait fait élire Bill Clinton pour porter vers la victoire un candidat présidentiel bolivien. Bullock fait des miracles pour propulser son poulain, loin en arrière, en utilisant les méthodes politiques vicieuses raffinées dans les campagnes négatives de l’Oncle Sam.

Sans être transcendant, c’est fort agréable. Mais sachez que toute l’histoire de rivalité entre Bullock et le conseiller américain adverse est inventée, qu’il n’y avait pas de personnage féminin important dans la vraie histoire et que la finale du film tient de la fiction la plus débridée ! De plus, les conseillers sont plus machiavéliques que dans la réalité.

Arrivé cette semaine en DVD, Illico et cinéma sur demande

On peut donc voir en ligne le documentaire du même titre, racontant ces événements sans l’embellissement hollywoodien. Disponible notamment sur iTunes.

Cinéma: Guibord s’en va-t-en politique fédérale

Mes collègues députés régionaux sont formels: Guibord s’en va-t-en guerre, le dernier Falardeau mettant en vedette Huard, est une très exacte description de la réalité de la politique régionale. Celle où tout le monde se connaît et où beaucoup jouent le jeu pour la galerie et les médias. Par un curieux concours de circonstance, le député indépendant Guibord a le vote décisif dans la décision du Parlement d’aller en guerre.

https://youtu.be/TYaXGOgDA6k

Sous les conseils d’un stagiaire Haïtien (on craignait la caricature, c’est au contraire la trouvaille du film) il décide de s’en remettre à la démocratie participative pour trancher. S’en suivent diverses péripéties. Pas indispensable, mais agréable.
Arrivé cette semaine en DVD, Illico et cinéma sur demande

Livres/roman:

ChartrandL’affaire Myositis. Ce livre de mon ancien collègue et toujours ami Luc Chartrand prend parfois les allures de la série « 24 », avec poursuites et suspense.
L’intrigue plonge dans le conflit israélo-palestinien contemporain et Chartrand trouve des gentils et des méchants dans chaque camp. Sauf un: le lobby pro-Israélien du Canada, présenté ici dans des habits accablants.
Il est vrai que Chartrand tire sa colère de la destruction de l’organisation montréalaise Droits et Démocratie par le gouvernement Harper et ses amis pro-israéliens.

Livres/essais: lectures libérales

Au moins, ils écrivent. C'est déjà ça. Maintenant, s'ils pouvaient se livrer autant que les péquistes, ça aiderait les historiens !

Au moins, ils écrivent. C’est déjà ça. Maintenant, s’ils pouvaient se livrer autant que les péquistes, ça aiderait les historiens !

Enfin, des Libéraux du Québec écrivent ! Je les ai lus en rafale ces derniers mois: John Parisella, trop poli pour révéler quoique ce soit de croustillant; John Ciaccia, très disert sur les questions autochtones sauf… Oka !; Monique Forget, divertissante mais impénitente sur sa démission programmée peu après sa réélection; Claude Trudel, l’ancien conseiller de Bourassa puis maire de Verdun, un homme bien mais pas central à notre histoire. (On trouvera mes brèves critiques de ces livres sur ma page Goodreads.)

GarneauDe tous les mémoires récents produits par des Libéraux, le livre de Raymond Garneau est le plus intéressant, car le plus franc.

Sur la crise d’octobre, il révèle deux faits nouveaux: pourquoi Robert Bourassa craignait-il le comportement de son ministre de la justice Jérôme Choquette ? Parce qu’il lui arrivait de lever un peu trop le coude !

Ensuite, Garneau révèle que la liste des personnes devant être arrêtée lui a été présentée par Bourassa pendant le Conseil des ministres précédant la rafle. Garneau dit avoir toujours regretté ces arrestations. Mais il ne s’y est pas opposé sur le coup.

Celui qui créera le Conseil du Trésor et réformera la gestion administrative de l’État est particulièrement intéressant lorsqu’il raconte ses démêlés avec Jean Drapeau pendant le fiasco de la préparation des Olympiques de 1976.  Il n’est pas tendre avec Claude Ryan, qui fut son adversaire pendant la course au leadership de 1977 et qui l’a ostracisé par la suite.

Le lecteur indépendantiste sera un peu gêné par les envolée anti-nationalistes primaires de Garneau, pour lequel le clergé oppressant de la grande noirceur, Duplessis, Lévesque et Parizeau ne font qu’un ! Comme quoi il n’a acquis aucun recul sur ce point.

Mais je ne lui en veux pas. D’abord cela nous ouvre une fenêtre sur les limites de cette façon de penser, mais par ailleurs ça permet d’apprendre enfin des choses sur les entrailles des gouvernement libéraux. Une bonne autobiographie.

À votre tour

Vous les avez vus ou lus ? Partagez vos propres commentaires et suggestions.

Parisella vs Bush: «Mission impossible»

W a eu ce lapsus, à la fin de sa « conversation » avec John Parisella, au Reine Elisabeth ce jeudi. Interrogé sur ce qu’il regrettait dans son action présidentielle, l’ex-président a parlé de la bannière « Mission accomplie » affichée sur le destroyer USS Abraham Lincoln, le premier mai 2003, soit alors que l’invasion irakienne était terminée mais que la guerre civile ne faisait que commencer. Mais W s’est trompé. Il a parlé de « Mission impossible », reflétant plus exactement le degré de difficulté de son intervention irakienne. Mais mes pensées sont allées à son interviewer, John Parisella.

D’abord, l’exercice était périlleux. D’après ce qu’a rapporté La Presse, Parisella devait rester dans un corridor défini par les organisateurs. Ensuite, il lui fallait être courtois mais crédible, ne pas débattre avec l’invité mais ne pas être obséquieux. Il faut aussi savoir de Parisella, que je connais bien, qu’il déteste la confrontation, en plus de ne pas être rompu à la technique de l’entrevue. Finalement, entre le moment où il a accepté la tâche et celui de l’accomplir, il est devenu Délégué général désigné à New York (il entre en fonction en novembre), ce qui lui impose un devoir de réserve envers une famille politique républicaine qu’il devra, lui le démocrate avoué, assidument fréquenter. Finalement Bush, qui faisait d’abord un discours, venait de livrer une performance très divertissante et de mettre une partie de la foule de son côté (de là ou j’étais, je dirais que le quart des 1400 personnes présentent n’applaudissaient jamais W). Bref, comment John s’en est-il tiré ?

Je lui donne un B-. Contrairement à David Frost face à Nixon, rejetant le script prévu et posant d’abord la question la plus difficile, Parisella a commencé avec plusieurs balles molles qui ont grugé un temps précieux. Jamais il n’a abordé la question de la torture, ce pourquoi il perd tout un point. Se décidant d’aborder la question irakienne, John s’y est pris avec une telle délicatesse que Bush lui a fait de la main un signe qu’on pourrait traduire par « accouche! ». Il était pressé de donner sa version des faits. Parisella a ensuite vaillamment voulu contredire Bush plusieurs fois, commençant ses phrases par « but ». Bush a commencé à s’impatienter lui reprochant, avec humour mais n’en pensant pas moins, de commencer toutes ses questions par « but ». « Essayez de dire ‘et’ pour une fois » a dit l’ex-président. Parisella, toujours flegmatique, a voulu contester un argument présidentiel, affirmant vouloir répliquer (rebut) sur un point.  « Ai-je entendu rebuttal » a ironisé Bush, mécontent que la conversation tourne au débat et identifiant — correctement — son interviewer comme un partisan démocrate.

Le futur délégué général a terminé en posant quelques questions de bilan — de quoi êtes vous le plus fier ? que regrettez vous le plus ? La conversation arrivait à sa conclusion logique. Mais John semblait prendre goût à son rôle et avait toujours une question de plus. Alors Bush a pris les choses en main et a mis fin à l’échange, remerciant la foule et saluant de la main.