Frais de scolarité : une nouvelle approche, payante pour l’étudiant, l’immigrant, l’État et la société

Pour ceux que ça intéresse, je reprends ici la proposition de réforme globale des frais de scolarité dont j’ai parlé au Téléjournal de ce jeudi. Dans ce texte, les chiffres ne sont pas à jour mais la proposition reste, je crois, d’actualité.

(Extrait du livre Nous, JF Lisée, Boréal, 2007)

tuitionLa volonté québécoise d’ouvrir tout grand les portes de l’éducation supérieure a conduit à une politique de frais de scolarité les plus bas sur le continent et à une politique de prêts et bourses les plus généreux d’Amérique.  C’est notamment ce qui a contribué à faire passer le Québec, en moins de quarante ans, des derniers aux premiers rangs dans le monde industrialisé pour son taux de diplômation universitaire.

Le Québec, anti-intello? Wô Menute !

intellectualismeAu Québec où, comme chacun sait, il n’y a jamais de débats, un de ces débats inexistants oppose deux chroniqueurs de La Presse, Patrick Lagacé et Marc Cassivi, au sujet de propos tenus à la radio française par Wajdi Mouawad un homme autour duquel, on le sait, aucun débat n’a jamais lieu.

Patrick (transparence totale: un ami) a mis au jour dans La Presse de mardi quelques avis rendus sur le Québec en 2009 à la radio de France Culture par le dramaturge, dans une entrevue très posée, très réfléchie, très calme. Dans le Québec contemporain, explique Mouawad:

dès qu’on se met à articuler une idée un petit peu plus longtemps que le minimum requis, on est un intellectuel. […] Toutes ces idées qui semblent dire que réfléchir et faire état par des mots de sa réflexion est une chose qui appartient aux prétentieux, aux Français, à ceux qui se prennent pour d’autres, c’est enculer les mouches, etc., etc.

Le Pacte universitaire: Casting désastreux / Bon point de départ

tuitionMême les conseillers en communication les plus incompétents de Mirador n’auraient pas laissé passer l’erreur. Ce mardi, 16 personnalités ont déposé une proposition de réforme du financement des universités.

C’était certain, leur Pacte pour le financement concurrentiel des universités (déjà, le titre est rébarbatif) allait être favorablement accueilli par les libéraux, l’ADQ, le patronat, les recteurs. Qui d’autre devaient-ils convaincre ? Les gens que Lucien Bouchard avait antagonisés la semaine précédente: les progressistes qui sont, pour la plupart, des souverainistes. Qui ont-ils choisi comme porte-parole ? Lucien Bouchard.

Je vous jure: la présence à sa place de Jean Chrétien, Justin Trudeau et Stéphane Dion n’aurait pu avoir pire impact. Quelqu’un n’a-t-il pas songé, pour cet événement prévu de longue date, retirer Lucien Bouchard du portrait ? Oui, m’assure un des membres du groupe. Dans un moment de lucidité, M. Bouchard lui-même a offert de s’effacer. On aurait dû, pour cette fois, l’écouter.

De l’irréversibilité des progrès de l’inculture

Vous vous désolez de l’état de l’éducation au Québec ? Du recul du savoir aux États-Unis ? Voici ce que dit l’essayiste français Alain Finkielkraut, dans un récent Nouvel Obs:

La phrase:

L’inculture pour tous est une conquête démocratique sur laquelle il sera très difficile de revenir.

Le contexte: une discussion sur l’identité française et sur le rôle de l’école comme passeur du savoir d’une génération à l’autre. Si, affirme Finkielkraut dans une autre formule, on refondait l’école en la recentrant autour de la culture et du rétablissement de l’exigence, cela « jetterait dans la rue collégiens, lycéens, syndicats d’enseignants et fédérations de parents d’élèves ».

Tiré d’un débat avec le philosophe communiste, impénitent, Alain Badiou, sur l’identité, sa nécessité (pour l’un) et ses dérives (pour l’autre). Vaut le détour.