Comment mettre la droite K.-O. !

Le Québec est-il en train de virer à droite, comme le reste du continent ? Je ne le crois pas. Mais comme, en plus, je ne le souhaite pas, je publie cette semaine un ouvrage — Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments! — dont je vous offre un bref extrait.

mo_9782760410985Saviez-vous que le taux de suicide, au Québec, n’est pas parmi les plus élevés au monde? Qu’il n’est pas parmi les cinq premiers ? Ni les 20 premiers ?

Comme vous, je croyais que le Québec était un champion du suicide, symptôme de grave dysfonction de notre société. Or ce taux se loge au 26e rang, derrière des pays où il fait bon vivre comme la Finlande, la Belgique, la France ou la Suisse.

Quel rapport avec la droite ? Le voici : à lire tout ce qu’elle dit et écrit sur la « médiocrité » de l’économie québécoise, l’enfer fiscal qui nous brule, le corporatisme et la sclérose que nous imposent l’État, les syndicats et la gauche, notre endettement catastrophique, notre niveau de vie anémique, notre faible productivité, notre propension à ne pas travailler, bref, sur notre immobilisme, une très grande question s’impose à nous. Mais pourquoi donc notre taux de suicide n’est-il pas parmi les plus élevés au monde ?

Parce que les Québécois observent ce qui se passe autour d’eux et n’arrivent tout simplement pas à croire qu’ils sont les cancres de l’Occident. Au printemps 2010, 71% des Québécois ont dit à CROP que leur situation était comparable ou meilleure que celle des autres pays industrialisés. Ce, malgré que le poids médiatique des tenants de la droite conservatrice est plus forte que jamais.

Au hasard, on lisait en septembre 2011 dans le Journal de Montréal cette chronique de Benoît Aubin:

Nous avons développé ici un mépris de la loi, et une complaisance face aux responsabilités individuelles qui n’ont d’égal que notre tolérance de la médiocrité et de «l’à-peu-près». […] Nous vivons dans une société surtaxée qui n’en donne à personne pour son argent, une société plus intéressée à protéger ses acquis qu’à bâtir l’avenir : un milieu propice à ce type de cancer. Ce n’est pas tant d’une commission d’enquête dont un certain Québec a besoin en ce moment, mais d’un miroir, pour mieux voir ce qu’il est devenu.

Il y a là un paradoxe. Comment les pratiquants de « l’à-peu-près » peuvent-ils avoir fait de Montréal la troisième capitale mondiale de l’aérospatiale? Pourquoi la moitié des effets spéciaux d’Hollywood sont-ils produits chez nous? Comment expliquer qu’une entreprise de Laval, Mondo, ait construit la piste d’athlétisme, les terrains de basketball et de handball des Jeux olympiques de Pékin de 2008, que le Groupe GSM, de Montréal, ait aménagé l’observatoire au sommet de la tour la plus haute au monde à Dubaï ?

Bref, comment notre « tolérance pour la médiocrité » explique-t-elle que nos créateurs soient constamment appelés à la rescousse pour mettre en scène des hommages aux Beatles, à Michael Jackson, ou au centenaire du cinéma, que nous avons plus que notre part d’astronautes ou de sièges d’organisations internationales ?

On sent bien qu’une droite québécoise carbure à la détestation du Québec, à la détestation de soi. Il y a une joie non feinte à présenter le Québec comme retardataire, tribal, paresseux. Son organisation politique, son système social, ses organisations, sa fiscalité, ses services publics serait donc tous contaminés par cette médiocrité présumée et devraient en être purgés.

Cela signifie-t-il que chaque argument de droite est nul et non avenu ? Non, évidemment. Le Québec, comme toutes les sociétés, a ses faiblesses, dysfonctions, grippages. Et vit aujourd’hui avec le cancer de la corruption.

Dans un environnement qui vire nettement à droite le Québec a pour défi de trouver un point de passage entre la régression sociale incarnée par les néolibéraux et un refus du changement qui nous condamnerait au sur-place. J’estime que les Québécois sont preneurs de réformes importantes, pour peu qu’elles respectent leurs valeurs.

Mais il ne faut pas se penser faible là où on est fort. Il ne faut pas se laisser assommer par les sophismes de droite. Il faut les mettre K.O.

On peut entendre ici une entrevue donnée à Michel Desautels

On peut voir ici une entrevue donnée à Richard Martineau.

Et pour vous donner l’eau à la bouche:

Sommaire

Introduction : De quoi se flinguer !

Qu’est-ce que la droite ? –  Et la gauche ? — Droite québécoise et détestation de soi – Mettre la droite K.-O.

I – Les fausses affirmations de la droite

#1 : Le Québec est économiquement médiocre
#2 : Les Québécois ont un niveau de vie très faible, face à leurs voisins
#3 : Les Québécois ne sont pas travaillants
#4 : Les Québécois ne sont pas productifs
#5 : Le Québec est le champion américain de la pauvreté
#6 : Le Québec est un « enfer fiscal »
#7 : Le haut taux de syndicalisme québécois est un boulet
#8 : Le Québec impose un fardeau trop lourd à ses entreprises
#9 : Avec leurs impôts, les Québécois n’en ont pas pour leur argent
#10 : Le Québec est infesté de fonctionnaires
#11 : Le Québec est l’endroit où le plus de gens ne paient pas d’impôt
#12 : Le Québec souffre d’un des pires endettements au monde
#13 : Sans la péréquation, les Québécois n’auraient pas le sou
#14 : Les Québécois forment une tribu nombriliste, refermée sur elle-même
#15 : Le faible taux de natalité québécois est un signe de déclin

II – Et si on faisait encore mieux

Nous concentrer sur l’augmentation de la productivité – Tabler sur notre énergie et dégonfler notre dette – Trouver de nouveaux revenus pour financer notre générosité

III – La droite n’en parle jamais !

Québec, un havre de faible criminalité sur le continent – Obésité : le Québec ne fait pas le poids – Jeux de hasard : les Québécois pas si accrocs que ça – La statistique qui ne tue pas : l’espérance de vie.

IV – Et la souveraineté, c’est mort ?

Le courant jet de la souveraineté – Les jeunes, plus Québécois que jamais – On s’attache au Québec, on se détache du Canada – Un autre progrès : l’estime de soi économique – Un prédicteur, pas une affaire conclue – La volonté politique – Gauche, droite et souveraineté – Parizeau, homme de gauche ? – La coalition souverainiste, aujourd’hui et demain

Conclusion : La montée de la droite ? Une illusion d’optique

Le bruit: le volume de la droite monte – Et les idées de droite dans l’opinion ? – Un vrai recul: le respect pour l’entreprise privée – Une amirkhadirisation du Québec? – Une indication plus concrète – Les choses: la droite, combien de divisions ?

Remerciements

Sources

Comment Québec solidaire ne fera pas l’indépendance

Manon Massé, Québec SolidaireLes co-porteparoles de Québec solidaire ont encore affirmé pendant leur dernier congrès que leur parti était le seul qui s’engageait à réaliser l’indépendance pendant leur premier mandat, dans l’hypothèse où ils seraient portés au pouvoir.

Si on veut être gentil, il faut dire qu’ils exagèrent considérablement. Si on veut rester neutre, on peut dire qu’ils pratiquent la pensée magique. Si on veut être réaliste, on peut dire qu’ils prennent les électeurs pour des cruches.

Pour en venir à l’une de ces trois conclusions, on n’a qu’à lire leur programme. Nulle part n’est-il écrit qu’un gouvernement solidaire va déclarer l’indépendance du Québec pendant son premier mandat. C’est beaucoup plus compliqué, et incertain, que ça.


Ceci est le texte de ma balado hebdomadaire Lisée101 sur l’actualité politique. Ces textes sont publiés huit jours après qu’ils aient été rendus disponibles aux abonnés de la balado. Alors, prenez huit jours d’avance,  abonnez-vous ici.


QS propose, après son élection, d’organiser une nouvelle élection au suffrage universel pour élire une toute nouvelle assemblée, appelée constituante. Elle doit être représentative de la société québécoise et aura le mandat d’écrire la constitution d’un Québec indépendant.

C’est le texte de cette constitution qui sera soumis à un référendum. Si la majorité des Québécois dit Oui à cette constitution, alors on serait en route pour une déclaration d’indépendance.

Voici pourquoi ce mécanisme ne peut conduire qu’à un échec retentissant.

L’indépendance ? C’est être ou ne pas être

Il a toujours été compris qu’une fois le Québec devenu souverain, il faudrait lui écrire une constitution. La désignation d’une constituante élue, puis l’adoption de la constitution par voie référendaire, faisaient partie des avenues souvent évoquées. J’ai personnellement toujours été d’avis que la tenue de cette constituante serait un moment clé de la réconciliation des camps du Oui et du Non. La décision de faire du Québec un pays ayant été prise par une majorité référendaire, acceptée et normalisée dans les faits, après une période de calme, ce grand exercice de la constituante réunirait certains des combattants d’hier autour d’une œuvre commune, tournée vers l’avenir, réparatrice. Je n’ai pas changé d’avis.

Mais QS, et d’autres dans le mouvement souverainiste proposent maintenant la tenue d’une constituante qui aurait lieu avant la décision de faire l’indépendance. Ils affirment que les partis politiques n’auront pas le droit de présenter des candidats à la constituante, ce qui empêchera la constitution de groupes organisés au sein de l’assemblée. D’autres proposent même le tirage au sort pour contourner le problème de candidats qui seraient «plantés» par les partis fédéralistes.

Or, si la constituante est représentative de la population québécoise — c’est l’engagement de QS et des promoteurs de l’idée –, alors, dans l’état actuel de l’opinion, une majorité de ses membres sera opposée à l’indépendance. Supposons maintenant que l’évolution de l’opinion fait en sorte que les camps du Oui et du Non redeviennent en équilibre au sein de l’électorat. On trouvera toujours dans la constituante une moitié de gens opposés à ce que le Québec soit souverain. Les sondages récents nous disent qu’un Québécois sur trois est « fortement en désaccord » avec l’indépendance. Ils seraient représentés dans la constituante de QS, dans une proportion significative. Léger a déjà mesuré qu’un tiers des Québécois étaient même en faveur de la partition du Québec. Normalement, ils seront représentés dans la constituante proposée par QS, si elle est représentative.

Maintenant disponible.

Pourquoi des citoyens fortement en désaccord avec une idée participeraient-ils à la rendre plus attrayante en écrivant un texte qui lui donnerait de la crédibilité ? Lors des Commissions régionales sur l’avenir du Québec de 1994-1995, nous avions notamment soumis à la communauté anglophone des dispositions constitutionnelles qui lui permettaient de garantir ses droits dans un Québec souverain. Nous avions invité ses membres et ses organisations à en débattre et à proposer des améliorations. Parmi les 50 000 participants à l’exercice, plusieurs groupes et individus anglophones se sont présentés aux audiences. Aucun n’a offert quelque suggestion que ce soit pour améliorer notre projet, même sur les points les concernant. Aucun. Ils voulaient tout simplement exprimer leur opposition de principe à l’idée même de souveraineté.

On peut réunir tous les groupes représentatifs que l’on veut pour discuter des modalités d’une proposition dont le principe est acquis: les soins de fin de vie, le contrôle des armes à feu, la légalisation d’une drogue.

Mais il est illusoire de penser qu’une assemblée peut s’entendre sur les modalités d’un principe qui n’est pas acquis. Emmenez des pro-vie dans une assemblée délibérative dont l’objectif est de définir la légalisation de l’avortement, ils feront tout en leur pouvoir pour qu’aucun texte ne soit produit. Et les organisateurs n’auront réussi qu’une chose: démontrer l’impossibilité du consensus, donner une caisse de résonance hypermédiatisée aux opposants de l’avortement, aviver les tensions, démontrer l’échec de la démarche, donc nuire à leur cause.

Devenir indépendant, c’est poser la question de Shakespeare: Être ou ne pas être ? On veut soit l’un, soit l’autre. Il est presque indécent de demander à un citoyen québécois, fédéraliste convaincu et fier de son appartenance canadienne, de participer à une démarche dont l’objectif est de le priver de son pays, d’une part essentielle de son identité.

Donner des outils au fédéralistes

Au lendemain du référendum de 1995, j’avais proposé ces mots à Jacques Parizeau pour son premier discours depuis la défaite. Il fut prononcé lors du Conseil national qui a suivi. Extrait:

Il faut reconnaître que l’émotion exprimée par les partisans du Canada pendant la dernière semaine de campagne n’avait rien à voir avec le débat économique ou avec les structures politiques ou linguistiques. Pour les Canadiens, il s’agissait d’un sentiment beaucoup plus profond, beaucoup plus fondamental. Certains d’entre eux avaient mal physiquement. Plusieurs ont pleuré. Ils avaient mal à leur pays. Et leur pays fait partie de leur être même. Ils le sentent dans leurs tripes.

Ils nous ont donné, ces jours-là, une très grande leçon. Ils nous ont fait comprendre qu’un pays, c’est extraordinairement précieux. Avoir un pays à soi, un pays auquel on s’identifie vraiment, un pays dont on est fier… ce n’est pas une abstraction, ce n’est pas une structure, ce n’est pas l’affaire des politiciens. C’est quelque chose qu’on porte en soi. Quelque chose qui fait partie de notre être. C’est quelque chose qui nous donne un petit morceau de certitude, un petit morceau d’identité personnelle autant que collective. C’est quelque chose qui n’a pas de prix.

Il relève donc de l’absolue pensée magique de croire que, par je ne sais quel mécanisme, les représentants élus (ou tirés au sort) de l’importante portion des Québécois qui se sentent fondamentalement canadiens participeraient à l’extinction de leur identité.

Une fois élus, ils se reconnaîtraient, s’organiseraient, seraient fortement sollicités, privément et publiquement, par de puissantes organisations fédéralistes — le Parti libéral du Québec, le Parti libéral du Canada, l’État canadien, Power Corporation qui fut de la partie en 1995 — pour les encourager à faire leur devoir de Canadiens de contribuer à sauver le pays en faisant capoter la constituante.

Est-il besoin de rappeler que l’affable ex-maire de Québec, Jean Pelletier, devenu chef de cabinet du premier ministre canadien Jean Chrétien, a avoué que rien ne l’avait retenu dans sa volonté de vaincre les indépendantistes en 1995: «Quand on est en guerre, on va-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la loi ?» a-t-il admis. On lui aurait organisé une constituante, il s’en serait donné à cœur joie.

Il ne faut pas croire que QS est imperméable à ces arguments. Pour pouvoir intégrer ce qui restait d’Option nationale, le parti a dû modifier son programme. Avant, il proposait une constituante «ouverte», c’est-à-dire qui pourrait décider de proposer autre chose que l’indépendance. Ce qui avait conduit Amir Khadir à avouer que ce serait «l’indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l’indépendance». Pour obtenir l’adhésion d’ON, les solidaires ont dû accepter que la constituante soit «fermée», c’est-à-dire qu’elle ait le mandat d’écrire une constitution indépendantiste et rien d’autre. Ce qui, on l’a vu, ne garantit nullement qu’elle va y arriver.

Pendant la campagne de 2018, Manon Massé a dû admettre que la constituante pourrait réserver des surprises, y compris, si telle était la volonté des constituants, la «partition» du Québec. Et pourquoi pas, dans un élan d’inclusivité angélique, la désignation de l’anglais comme seconde langue officielle du Québec. Pour les fédéralistes présents parmi les constituants, les occasions seraient belles d’inclure des «clauses empoisonnées» dans la proposition de constitution, pour la rendre imbuvable même pour les souverainistes.

Le leçon australienne

Ce qui nous amène au second grand problème posé par la proposition de constituante. Supposons que, par miracle, tous les obstacles ont été aplanis et qu’une proposition est rédigée et présentée. Des choix auront été faits. Le Québec proposé sera soit une monarchie constitutionnelle (peu probable) soit une république et, si oui, soit à la française, à l’américaine, à l’équatorienne ou autre. Il y aura, ou non, une chambre des régions. Il y aura des principes généraux. Plus ou moins écologistes. Plus ou moins à droite ou à gauche. Plus ou moins laïcs. Des clauses garantissant des droits nouveaux aux Nations autochtones et, pourquoi pas, aux Anglo-Québécois.

Le texte doit alors être soumis à la population par référendum et il doit rassembler plus de 50 % des voix. Je n’ai pas besoin de rappeler qu’il s’agit là d’un énorme degré de difficulté.

Pour l’emporter, il faudra additionner tous les indépendantistes. Françoise David et Richard Martineau. Amir Khadir et Jacques Brassard. Ève Torres et Mathieu Bock-Côté. Les souverainistes écologistes et les climato-sceptiques. Les syndicalistes et, disons, PKP. Les traditionalistes et les avant-gardistes. Chaque choix opéré dans l’offre constitutionnelle est une occasion supplémentaire de dire non. De prendre à rebrousse poil certains des membres de la coalition souverainiste. Choisir, c’est renoncer.

Parlez-en aux Australiens. Ils souhaitaient se débarrasser de la monarchie. S’ils avaient posé la question en référendum: Souhaitez-vous que l’Australie ne soit plus une monarchie ?, la majorité était à portée de la main (51 % pour 35 % contre et 14 % d’indécis). Une fois la victoire acquise sur le principe du remplacement de la monarchie ils auraient pu, dans un deuxième temps, soumettre une ou plusieurs formules de remplacement aux électeurs.

Mais ils ont commis l’erreur de réunir… une constituante (moitié-élue, moitié-nommée). Elle a recommandé une formule de remplacement. C’est cette formule qui a été soumise au peuple par référendum en 1999. Elle a été battue, à 55 %. Un groupe anti-monarchie mais favorable à une autre formule de remplacement a fait campagne pour le Non, ce qui est considéré comme la principale cause de la défaite.

Bref, si on propose de répondre oui ou non à l’indépendance, Être ou ne pas être, il y aura un camp du Oui et un camp du Non. Les électeurs répondront, pour l’essentiel, à la question posée. Mais si on propose plutôt, d’un seul tenant, non seulement l’indépendance, mais la sorte d’indépendance, la couleur, la forme, la texture, il y aura plusieurs camps du Non. Les électeurs pourront répondre non à chacun des détails de la proposition.

L’expérience étrangère

Pas moins de 198 pays siègent désormais aux Nations unies. Combien parmi eux ont obtenu leur indépendance en utilisant le mécanisme d’une assemblée constituante élue au suffrage universel, produisant un projet de constitution ensuite soumis à un référendum ? Aucun.

C’est pourquoi, dans les négociations d’une feuille de route commune avec les autres partis indépendantistes, dont QS, et dans le but de trouver un terrain d’entente, le PQ avait accepté le compromis de réunir une constituante, mais en rejetant l’idée d’y faire entrer des fédéralistes par le suffrage universel et en prévoyant un référendum à deux volets.

Les Québécois pourraient dire Oui au principe de l’indépendance mais non à la constitution proposée s’ils ne l’aimaient pas. On pourrait donc faire l’indépendance quand même, en remettant le projet de constitution sur la table de travail.

Chacun sait maintenant que QS, dont les négociateurs avaient signé cette entente, a tout fait ensuite pour la saboter. J’ai raconté comment dans mon dernier livre.

Je suis sidéré de constater que cette fausse bonne idée fasse tant de progrès dans les rangs indépendantistes. Si j’étais conspirationniste, je dirais qu’elle est promue en sous-main par nos adversaires. Mais je crois qu’elle résulte de deux courants. Un, très sincère, qui estime à tort que la délibération publique est toujours un gage de succès. S’y additionne, au sein de Québec solidaire, un courant pas vraiment indépendantiste qui voit dans cette proposition un compromis permettant à chacun de sauver la face. Les indépendantistes solidaires pensent y trouver un moyen de se rendre à l’objectif. Les non-indépendantistes solidaires nourrissent l’espoir (fondé selon moi) que la constituante ne conduira pas à l’indépendance.

Une chose est sure. Lorsque vous entendrez un porte-parole de QS vous dire que son parti s’engage à réaliser l’indépendance dans un premier mandat, demandez-lui d’arrêter de vous prendre pour un idiot.


La bande annonce de ma dernière balado Lisée101:

La bande annonce d’une récente balado Lisée202:

Lire: Remettre votre vision du monde à l’endroit !

Factfulness

Saviez-vous qu’aujourd’hui, sur terre, 80% des enfants de moins de 1 an ont reçu au moins un vaccin ? Vous auriez dit beaucoup moins, non ? Moi aussi.

Saviez vous que l’extrême pauvreté dans le monde a été réduite de moitié depuis 20 ans. Je répète: réduite de moitié depuis 20 ans.

Et si l’homme de 30 ans, tous pays confondus, a reçu en moyenne 10 ans de scolarité, quelle est le chiffre pour les femmes de 30 ans ? Je n’aurais pas dit 9, un an de moins que les hommes. Vous non plus. À moins que vous n’ayez suivi ces dernières années, sur Ted Talks ou ailleurs, l’extraordinaire travail de redresseur de faussetés mené par le docteur Hans Rosling et sa petite équipe. (Ou que vous ayez compulsé les rapports statistiques de l’ONU.)

Il livre dans Factfulness (le titre a été gardé pour la version française, malheureusement, mais surmontons cet obstacle) le résumé de toute une vie de travail médical et scientifique sur le terrain et sur les données. Il est mort juste avant sa publication.

Rosling a développé une façon très imagé de représenter l’évolution mondiale. Comme dans ce graphique qu’on trouve sur son site gapminder.com. Les bulles représentent les pays. Avec le temps, plus ça monte vers le haut, plus l’espérance de vie est longue, plus ça va vers la droite, plus le revenu par personne est élevé. Les plus grosses bulles représentent les pays les plus habités, dont la Chine et l’Inde. (Vous pouvez cliquer sur les bulles pour faire apparaître le nom des pays.)

Cliquez sur la flèche et regardez jusqu’à la fin.

Il m’arrive très rarement d’accoler à un titre l’acronyme NPLCLALUTDMC (ne pas lire ce livre aurait laissé un trou dans ma culture), mais celui-ci le vaut amplement.

Les faits sont têtus, mais pour l’essentiel méconnus. Pour dix raisons qu’explique Rosling dans cet ouvrage extraordinairement facile d’accès. L’une est que nous avons gardé en tête des données qui sont caduques, tant le monde change rapidement. L’auteur nous semonce ici, avec raison:

« Il y a 20 ans, 29% des habitants de la terre vivaient dans l’extrême pauvreté. Aujourd’hui ? Le chiffre est 9%. Aujourd’hui, presque tout le monde s’est évadé de l’enfer. La source principale de la souffrance humaine est sur le point d’être éliminée. On devrait célébrer en grand ! »

Une autre cause de notre mauvaise perception de l’évolution du monde est que nous sommes programmés pour être pessimistes (nos ancêtres optimistes ont été éliminés du bassin génétique, entre autres dévorés par des bêtes sauvages dont ils pensaient qu’elles n’étaient pas dangereuses.)

Une autre est que nous voyons les choses en blanc et en noir, plutôt qu’en nuances de gris. Et s’il est vrai que les inégalités de revenus entre les ploutocrates (le 1% et le 0,1%) et le reste des terriens est en hausse fulgurante, cela cache une autre réalité: l’augmentation massive du niveau de vie de presque tous les citoyens de la planète.

Y compris dans les pays dictatoriaux. On pense à la Chine, bien sûr. Mais on peut parler aussi de l’Iran. Rosling a cette phrase:

« Seulement dans quelques pays, dirigés par des leaders exceptionnellement destructeurs ou accablés par de graves conflits, avons nous vu le développement s’arrêter. Partout ailleurs, même avec les présidents les plus incapables qu’on puisse imaginer, il y a eu progrès. C’est à se demander si les leaders ont de l’importance. Et la réponse est probablement non. C’est le peuple, la multitude, qui construit une société. »

 

Cliquez sur l’image pour le commander.

C’est fou, on ressort de la lecture du livre avec une appréciation complètement nouvelle de l’état du monde. Évidemment, Rosling nous parle du réchauffement climatique, qui l’inquiète énormément. Mais ce n’est pas son sujet principal. Lui qui a travaillé sur l’ebola mets d’ailleurs le risque de nouvelles pandémies mondiales au premier rang de ses inquiétudes pour l’avenir, la crise climatique ne venant qu’au second rang.

Pourquoi ? Parce qu’on « sait quoi faire », explique-t-il, pour amenuiser le réchauffement. Simplement, on ne le fait pas. Alors que nous ne saurons même pas quoi faire face à certains risques de contagion biologique. (Dans un remarquable passage, il explique comment les pays africains impliqués ont su contenir, jusqu’ici, l’ebola.)

Donc on est aux prises, après cette lecture, avec un sentiment paradoxal. Oui, le monde va beaucoup mieux qu’on ne le pensait. Mais il s’achemine à vitesse grand V vers une catastrophe climatique de grande ampleur. On est déchiré entre les applaudissements et les pleurs !

Donc à lire absolument. Disponible ici.

PS. Je sais que vous allez me demander quels sont les autres livres qui ont reçu la mention NPLCLALUTDMC (ne pas lire ce livre aurait laissé un trou dans ma culture). Il en existait plusieurs avant que je ne commence ces recensions — et je vous en parlerai un jour. Mais plus récemment, j’ai donné ce titre à la biographie de Camille Laurin par Jean-Claude Picard, L’homme debout (recension ici, on l’achète ici), et à l’essai sur Jésus de Réza Aslan, le Zélote (recension ici, on l’achète ici).



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Crise SNC: À qui la faute ?
En voici un extrait: 

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Comment mettre l’argument de la péréquation K.O.

Qu’est-ce qu’on nous rebat les oreilles, ces temps-ci, avec la péréquation! Un argument partiel et partial.

Je l’ai pris de front dans mon bouquin La droite K.O. et j’en résume l’argument ici:

Denis Lebel et consorts affirment que le Québec est la plus pauvre au Canada, donc elle reçoit le plus gros montant de péréquation. Mais lorsqu’on calcule tous les robinets des transferts (sans parler du déséquilibre des budgets défense, salariés fédéraux, crédits d’impôts pétroliers, investissements dans le nucléaire et l’automobile ontariens) alors pourquoi reçoit-on moins que la moyenne des provinces ?

BfUrQamCcAAV6c1.png large(Calculs S. Gobeil, dernières données disponibles).

Pour les autres capsules vidéo de La droite K.O., c’est ici.

Legault et la fiscalité: la « droite inefficace » !

417162-dores-avec-positions-m-legault-150x150Il y a très très longtemps, dans une galaxie politique très éloignée, François Legault se disait indépendantiste, québécois, et partisan de la « gauche efficace ».

La transformation est complète. Il est maintenant fédéraliste, « canadian », et dit « partager des valeurs avec Stephen Harper ».

Lors de son allocution à la Chambre de Commerce de Montréal ce mardi, Pauline Marois a disséqué les mesures fiscales proposées par M. Legault et a bien démontré qu’il était maintenant passé à la « droite inefficace ». J’invite mes lecteurs de centre-droit à y prêter attention, car c’est assez étonnant. Elle présente brièvement ses propositions et les compare à celles de la CAQ.

Extraits:

Globalement, notre objectif consiste à limiter la croissance des dépenses de l’État à 2,4 %. Cela veut dire qu’on va gérer de façon très serrée pour atteindre l’équilibre budgétaire. C’est un objectif très exigeant, mais j’en ai vu d’autres. Par exemple, le déficit zéro auquel j’ai participé dans le gouvernement de Lucien Bouchard. À l’époque, les dépenses ont subi une croissance négative. Je me suis fait beaucoup reprocher le déficit zéro depuis 15 ans, mais je n’ai jamais renié ces décisions qui ont demandé beaucoup de courage.

M. Legault, qui répète ce mot à toutes les deux phrases, ne manque jamais une occasion de renier le déficit zéro du gouvernement Bouchard. Cette attitude manque cruellement de courage. Pour François Legault, le courage c’est un mot, un slogan. Pour moi, c’est une réalité.

Voilà pour les dépenses : une croissance limitée à 2,4 % par année.

En matière de revenus, il y aura deux changements. Un nouveau régime de redevances minières inspiré de ce qui se fait dans plusieurs pays, comme l’Australie. Ce nouveau régime prévoit une redevance minimum liée à la valeur du minerai extrait et un impôt sur les profits excédentaires. La valeur des redevances accompagnera donc le prix du minerai sur les marchés mondiaux.

L’autre changement, c’est d’abolir la taxe santé en déplaçant les sources de revenus. On va demander aux contribuables qui gagnent 130 000 dollars et plus de faire un effort supplémentaire. On ne parle pas ici du revenu familial mais bien individuel.

Je signale que ce nouveau palier d’imposition restera moins élevé que celui d’Ottawa et à ce que je sache, personne n’accuse Stephen Harper de s’attaquer aux riches. Les gains en capital seront imposés à hauteur de 75 % au lieu de 50 %. Je ne m’en suis jamais cachée et je vous le redis très ouvertement. On va nous le reprocher dans certains milieux, mais il n’y a pas de cachette.

La CAQ dans le rétroviseur

Je vais vous surprendre. Alors que je surveillais la CAQ dans le rétroviseur de droite, figurez-vous que je me suis fait dépasser à gauche…

D’abord, M. Legault prévoit des dépenses supplémentaires de 3,6 milliards de dollars par année à terme. C’est presque quatre fois plus de dépenses que nous. Plus étonnant, M. Legault veut faire passer l’inclusion des gains en capital de 50 à 100 %. Je sais que c’est difficile à croire, mais vous pourrez vérifier à la page 4 de son cadre financier.
La totalité des dépenses fiscales de 416 millions liées aux gains en capital est soustraite. C’est une ponction deux fois plus importante que la nôtre. Ce matin, ils ont tenté de se justifier en disant que c’était 75 % comme le Parti Québécois, mais qu’ils allaient aussi imposer davantage les gains en capital des entreprises… Première nouvelle pour moi et sans doute pour toutes les entreprises québécoises.

M. Legault doit clarifier les choses aujourd’hui et nous dire où exactement il a l’intention de prendre ces 416 millions : dans la poche des particuliers ou dans celle des PME? Ce qu’on sait, c’est que la CAQ veut abolir les mesures fiscales pour les secteurs de pointe :
· 760 millions en recherche et développement;
· 233 millions pour le développement des affaires électroniques;
· 113 millions pour le multimédia.
Tous ces crédits d’impôt qui ont fait le succès économique de Montréal, la CAQ veut les faire disparaître.

Pour les PME, c’est encore pire. M. Legault voudrait abolir le taux réduit d’imposition. On parle de 468 millions de dollars en fardeau supplémentaire pour nos petites et moyennes entreprises. En tout, c’est 2 milliards en crédits d’impôt aux entreprises que la CAQ veut éliminer. Il veut prendre cet argent et le confier à Investissement Québec qui le distribuerait ensuite de façon discrétionnaire, au cas par cas. J’ai rencontré des centaines de chefs d’entreprise et jamais je ne vous ai entendus me faire une telle demande. Au contraire, vous demandez le climat d’affaires le plus compétitif possible sans avoir à défendre vos projets d’investissement au cas par cas, sans être à la merci de décisions arbitraires.

Nous sommes donc devant deux visions complètement opposées de la gestion des finances publiques et de la fiscalité des entreprises. M. Legault multiplie les promesses et les dépenses et il considère qu’il sait mieux que les dirigeants d’entreprise ou les entrepreneurs ce qui est bon pour eux. Je crois au contraire que l’État doit travailler avec les gens d’affaires et les entrepreneurs pour maximiser les politiques fiscales et vous aider à enrichir
durablement le Québec. Voilà pour les finances publiques et la fiscalité.

Étonnant, non ?

Maintenant que je vous ai mis en appétit, voici le reste du discours (sur lequel je n’ai pas travaillé, c’est pourquoi je le trouve si bon !):

L »indépendance énergétique

L’économie maintenant. Dans cette campagne, il y a un immense éléphant dans la
pièce. C’est notre déficit commercial de 25 milliards de dollars par année. Tous les
autres partis font comme s’il n’existait pas. Pourtant, on parle de 66 millions de dollars
par jour qui sortent de chez nous pour créer des emplois et de la richesse à l’étranger.

Cela représente une proportion énorme de plus de 7 % de notre PIB. On parle souvent
du déficit commercial des États-Unis qui en inquiète plus d’un. À 3,5 % du PIB, il est
deux fois moins important que le nôtre. C’est à mon sens le plus grand de nos défis
économiques. Nous devons absolument réduire ce déficit et viser à l’éliminer. C’est la
condition sine qua non de notre enrichissement.

Comment faire?
Nous proposons d’y arriver de diverses façons :
· en soutenant les secteurs de pointe qui exportent ce qui est produit ici;
· par l’indépendance énergétique;
· en investissant dans les transports en commun;
· avec une politique de souveraineté alimentaire;
· en gardant chez nous nos fleurons et leurs sièges sociaux;
· en soutenant nos PME;
· en misant sur la recherche et le développement.

Je reviendrai sur les secteurs de pointe, mais disons d’abord que le soutien le plus
puissant de l’État c’est justement les crédits d’impôt de 2 milliards que la CAQ veut faire
disparaître.

Il ne faut surtout pas faire ça, un gouvernement du Parti Québécois va les garder.
L’indépendance énergétique, maintenant. L’an dernier nous avons importé du pétrole
brut pour une valeur de 12 milliards de dollars. C’est presque la moitié de notre déficit
commercial. Nous devons remplacer ces importations de pétrole par des sources
d’énergie produite chez nous.

Ça prendra du temps, mais on doit le faire. Nous avons beaucoup d’hydro-électricité,
nous avons de l’énergie éolienne, solaire, la biomasse et un potentiel pétrolier. Nous
avons les sources d’énergie et il s’agit de voir comment nous pourrons les substituer au
pétrole importé.

Un gouvernement du Parti Québécois va donc adopter une nouvelle stratégie
énergétique. On peut imaginer les résultats si par exemple nos importations étaient
diminuées de moitié sur la base de l’année 2011 : il y aurait eu une injection de
6 milliards de dollars dans notre économie. C’est énorme.

Une des façons d’y arriver consiste à miser sur nos forces. Le transport en commun en
est une. Nous fabriquons des autobus, des voitures de train et tous nos investissements
dans le transport en commun se font chez nous.

Un bon système de transport permet d’accroître la productivité des personnes et le
mouvement des marchandises. Cela accroît notre attractivité aussi.

Comme je l’ai mentionné, un gouvernement du Parti Québécois va remettre de l’ordre
et des priorités dans les travaux d’infrastructures. Nous pourrons utiliser une partie des
immobilisations déjà inscrites au budget pour investir davantage dans le transport
collectif.
Voilà une belle façon de nous enrichir.

La souveraineté alimentaire

Je veux également qu’un gouvernement du Parti Québécois adopte une politique de
souveraineté alimentaire. En 25 ans, la proportion des aliments consommés issus du
Québec a chuté de 45 %.

En 1985, les quatre cinquièmes des aliments consommés par les Québécois
provenaient du Québec. Aujourd’hui, c’est seulement le tiers. Il faut changer ça. Si
chaque consommateur du Québec achetait 30 dollars de plus d’aliments d’ici par
année, les ventes gonfleraient de 1 milliard de dollars en cinq ans. À 90 dollars par
année, ce serait 3 milliards de dollars de plus qui demeureraient chez nous pour créer
de la richesse ici.

Si j’étais Jean Charest ce serait plus simple : je dirais aux Québécois de rajouter
50 cents par jour…

Garder nos fleurons économiques

Je me suis aussi engagée à ce que la Caisse de dépôt et placement crée un fonds
stratégique de 10 milliards pour garder nos entreprises et nos sièges sociaux chez
nous. On a encore quelques exemples récents de nos fleurons qui risquent de
disparaître.

Rona par exemple fait l’objet d’une offre d’achat hostile. Ce serait à mon avis très
dommageable de perdre le contrôle de cette entreprise, de perdre un siège social et de
mettre en péril les ventes des fournisseurs québécois de Rona. Si acheter Rona est bon
pour les Américains, pourquoi ce ne serait pas bon pour le Québec?

Tous les pays du monde prennent des mesures pour garder le contrôle de leurs
entreprises stratégiques. Même le très conservateur gouvernement de Stephen Harper
a bloqué la transaction impliquant PotashCorp en Saskatchewan. Le gouvernement
fédéral a pu le faire en opposant son veto, tout simplement.

Le Québec pourrait en faire autant s’il était un pays souverain. Ce serait beaucoup plus
facile, mais ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés. Je veux bien que le
Québec se lance à la conquête du monde et joue le jeu du libre-échange. On est
capable de tirer notre épingle du jeu. On l’a prouvé, mais ne soyons pas naïfs et
prenons les moyens pour jouer à armes égales, soyons vigilants.

On ne voudrait pas, par exemple, perdre un de nos fleurons parce qu’un membre de la
direction déciderait de vendre son bloc d’actions sans le dire à ses associés…
M. Leblanc parle souvent des 16 grands sièges sociaux perdus à Montréal depuis
10 ans. Pour freiner cet exode, nous proposons de revoir la Loi sur les sociétés par
actions pour faire deux choses : préciser le rôle des administrateurs et dans un
deuxième temps renforcer leur pouvoir.

Les administrateurs doivent évidemment agir dans l’intérêt des actionnaires, mais
considérer aussi les intérêts plus larges de l’entreprise, comme ses employés et ses
fournisseurs. Nous voulons renforcer le rôle des administrateurs pour rendre beaucoup
plus difficiles les offres d’achat hostiles, comme cela se fait dans plusieurs États
américains qui font davantage respecter les décisions des conseils d’administration, par
exemple en Pennsylvanie.

Si nous voulons garder le contrôle de notre économie, on doit s’en donner les moyens.
C’est ce que nous allons faire!

Le fonds stratégique aura aussi pour mandat de soutenir des secteurs vitaux pour notre
avenir économique. Je veux développer une nouvelle filière industrielle porteuse
d’avenir : celle des transports propres. On a tous les éléments au Québec et dans la
région de Montréal : l’énergie propre, la fabrication de matériel de transport, la
technologie et notre grande capacité d’innovation.

Il ne faut pas délaisser les secteurs qui connaissent des difficultés et qui demeurent
névralgiques.

La science et la recherche

Malgré les mauvaises nouvelles des derniers mois, le Québec demeure un pôle
important de la recherche dans le domaine des sciences de la vie. Il est hors de
question que le Québec perde pied dans ce secteur de notre économie. Alors que se
poursuivent les négociations de libre-échange avec l’Europe, le gouvernement fédéral
doit en être bien conscient.

Pour nous, le secteur des sciences de la vie continuera d’être très important, d’autant
plus que nous pourrons miser sur deux hôpitaux universitaires à la fine pointe de la
technologie. Ça nous aura coûté assez cher, arrangeons-nous pour que ce soit
rentable!

Il y a nos fleurons, nos PME et nos entrepreneurs. J’ai annoncé qu’un gouvernement du
Parti Québécois allait créer la Banque de développement économique du Québec. Il ne
s’agit pas d’ajouter un organisme de plus. C’est le contraire : nous allons diminuer leur
nombre en créant un guichet unique de tous nos services d’investissements et de
soutien aux PME.

Nous allons aussi demander au gouvernement fédéral de nous céder les budgets de
développement économique spécifiques au Québec pour offrir un guichet véritablement
unique. Vous le savez, les PME c’est très important dans l’économie québécoise,
d’autant que nos fleurons de demain sont les PME d’aujourd’hui.

Même chose pour nos entrepreneurs. On va leur offrir un guichet unique et rajouter du
capital patient aux mesures de soutien fiscal qui existent déjà.

Voilà donc l’essentiel de notre programme économique :
· réduire puis éliminer le déficit commercial qui menace notre économie;
· investissements accrus dans les transports en commun;
· politique de souveraineté alimentaire;
· garder nos fleurons et nos sièges sociaux chez nous;
· soutenir nos PME et nos entrepreneurs;
· miser sur la recherche et le développement.

Il y a là une véritable vision à long terme pour enrichir le Québec et Montréal
durablement.

La culture

Dernier élément de notre programme qui n’est pas d’abord de nature économique, mais
qui y participe : la culture. Nous avons prévu donner un bon coup de main au secteur
culturel par diverses mesures. Par exemple, un soutien financier accru pour les
tournées à l’étranger qui permettent à nos artistes, et du même coup au Québec et à
Montréal, de rayonner dans le monde. Nous appuierons aussi davantage le Conseil des
arts et des lettres, ainsi que la SODEC. Nous mènerons à terme tous les projets
culturels déjà inscrits dans le cadre budgétaire du gouvernement.

La culture, c’est très important pour la nation québécoise et aussi pour notre économie,
notre rayonnement et notre fierté. On parle quand même de 97 000 emplois et des
retombées de 12 milliards de dollars. C’est très important pour Montréal. Tout le secteur
pourra compter sur notre appui sans faille.

Les propositions économiques de la CAQ sont différentes. Je n’ai jamais entendu M. Legault parler du déficit commercial, ce qui m’inquiète. En matière de transports en commun, il a décidé d’agir contre le consensus qui a été
patiemment forgé dans toute la région de Montréal. Tout le monde s’entend sur le plan de transport mais lui, il veut tout refaire à sa tête. Il veut aussi rejouer dans les structures de gouvernance à Montréal. Notre façon de voir les choses est complètement à l’opposé. Moi, je veux travailler avec les gens, pas contre eux. Le Plan de transport de Montréal, on va le mettre en oeuvre. Au lieu de multiplier les crises, on va aller chercher des résultats rapides et concrets pour Montréal!

Un gouvernement du Parti Québécois va créer un comité ministériel et il y aura un
ministre responsable de Montréal.

Je prends un engagement devant vous aujourd’hui : nous, Montréal, on va s’en
occuper.

En conclusion vous me permettrez de revenir sur les élections qui auront lieu dans huit
jours. Ces élections sont très importantes. Dans huit jours ce sera à nous, ce sera à
vous de choisir.

M. Charest dirige un vieux gouvernement fatigué et usé. M. Legault veut mettre le
trouble absolument partout et multiplier les crises.

Moi, je veux ramener la paix, remettre de l’ordre et obtenir des résultats pour les
Québécois. Je veux que Montréal soit une vitrine internationale pour le Québec. Je
veux que le français soit vu comme un atout, la culture comme une grande force.
Je pense à des entreprises comme Moment Factory qui nous rendent fiers. Je pense
aux avions que nous construisons, aux médicaments que nous inventons, aux jeux
vidéo que nous concevons et que nous exportons dans le monde entier.

Ce que je veux pour le Québec et pour Montréal, c’est nous affirmer, nous entraider et
nous enrichir.

Je souhaite que Montréal redevienne la métropole d’un pays riche, libre et indépendant.
Merci.

De gauche ? de droite ? Pourquoi choisir le Parti québécois ?

Je réponds à cette question dans une section de mon discours de campagne, dont la vidéo vient d’être mise en ligne:

Le texte de l’intervention:

Aujourd’hui je vais vous parler d’engagement. Et ça ne peut pas mieux tomber parce que Louise Beaudoin – mon amie Louise – est un modèle d’engagement. Énergique, audacieuse, efficace, elle aurait pu faire de grandes carrières dans nombre de domaines.
Mais elle a choisi de s’engager, au début de sa vie adulte, pour une cause qui est, certes, collective, mais qui ne peut avancer sans l’addition de centaines de milliers d’individus : la cause du Québec.

Pour des générations de Québécois et de militants, à Rosemont comme ailleurs, celle que les médias français aiment appeler la pasionaria du Québec, incarne, par sa personnalité même, par l’intensité de son regard et de son propos, par sa force de caractère, l’image même de l’engagement politique.
A la culture, aux affaires internationales et sur la question centrale de la souveraineté, Louise a été une arme de persuasion massive. Je me souviens d’un dossier délicat où le premier ministre tentait de convaincre le gouvernement français de nous donner gain de cause. Pour y arriver, il a suffi qu’on menace d’envoyer Louise en mission à Paris. Ça, c’est une réputation.

Louise, au nom de tous les Québécois et de tous ceux qui sont ici, merci, merci mille fois.
En invitant aujourd’hui ses électeurs de Rosemont à donner sa chance au jeune journaliste qu’elle a connu il y a 30 ans, Louise nous lance tous un défi. Saurons-nous être à la hauteur de l’exemple qu’elle nous donne? À la hauteur de l’exemple d’engagement, pour le bien commun.

Et c’est, à mon avis, la question centrale de cette élection et une des raisons qui explique ma présence avec vous ce matin.

L’élection du 4 septembre sera un référendum. Un référendum sur le cynisme. Car s’il fallait que Jean Charest soit réélu, le Québec s’enfoncerait davantage dans le cynisme pour quatre longues années.

Le choix même du 4 septembre comme date de l’élection est le comble du cynisme. M. Charest a choisi cette date pour deux raisons.

D’abord parce qu’il espère qu’en pleine rentrée, le moins de gens possible vont aller voter. Moins il y aura de gens qui s’engagent dans le processus démocratique, plus Jean Charest aura de chance de triompher, lui et son cynisme.
En particulier, il espère que le moins de jeunes possibles iront voter, lui qui a même refusé la proposition du

Directeur Général des élections d’installer des bureaux de scrutin dans les maisons d’enseignement.

La deuxième raison du choix du 4 septembre est pire encore. M. Charest veut empêcher à tout prix les Québécois d’entendre des vérités, sur la corruption et sur son parti, qui seront dites à la commission Charbonneau sur la corruption.

Bref, après 9 ans de cynisme et de manipulations, Jean Charest espère réussir son plus grand exploit en carrière, décourager les Québécois d’aller voter et s’assurer qu’ils aient le moins d’information possible sur les scandales à venir.

Alors j’ai eu à me poser, ces dernières semaines, une question difficile. Et je voudrais que tous les électeurs québécois se la posent aussi. S’il fallait qu’on décide de ne pas s’engager dans le combat politique, chacun à son niveau, du candidat, au bénévole, à l’électeur — s’il fallait qu’on passe notre tour et qu’on se désintéresse de cette élection, comment nous sentirons nous, le 4 septembre prochain, si le parti du cynisme est réélu ?

Comment nous sentirions nous, à écouter un autre discours de victoire de jean Charest ? et comment nous sentirions nous, quelques semaines plus tard, lorsque les témoins viendront démonter devant la Commission Charbonneau les dessous du financement libéral et de la distribution de contrats, de places de garderies, de subventions ?

Ça nous ferait trop mal. Ça ferait trop mal au Québec. Je ne veux pas vivre ça. Le Québec ne mérite pas ça, il mérite beaucoup mieux.

Que s’est-il passé, depuis deux ans au Québec ? Quelque chose qu’on croyait assoupi s’est réveillé. Il y a deux ans, on disait : tout est pourri, il n’y a rien à faire.

Cette année on dit, tout est pourri, il faut faire quelque chose.

Il faut s’engager. Et je me suis dit que si je peux contribuer à la première grande tâche collective qui est devant nous – se débarrasser de Jean Charest – je dois répondre présent. Et j’appelle les Québécois à une mobilisation générale, pas, cette fois-ci, dans la rue ou avec des casseroles, mais avec le crayon et le bulletin de vote, dans l’action politique.

Je les appelle à désobéir à Jean Charest en faisant de cette élection celle du réveil du Québec et celle de la fin du cynisme.

Ça signifie prendre sa carte de membre, comme je l’ai fait hier, devenir bénévole, convaincre ses voisins et ses parents, contribuer de mille façon à la défaite du cynisme et à la victoire de l’engagement le quatre septembre.

Pourquoi le faire avec le Parti québécois plutôt qu’avec la CAQ ou avec Québec Solidaire? D’abord au nom de l’efficacité. Le Parti québécois est la plus grande force politique au Québec et le plus grand véhicule de changement social et national. Il l’a prouvé dans le passé et il démontre, avec Pauline Marois, une remarquable capacité de renouvellement.
Vous le savez peut-être, je suis social-démocrate et je me réclame de la « gauche efficace » — j’y ai consacré un livre. Mais je crois aussi à la nécessité des coalitions.

Et le Parti québécois est, historiquement et aujourd’hui encore malgré tous les remous et rebondissements, le parti qui réussit le mieux à mettre ensemble, autour de la question nationale, des personnalités de gauche, des centristes et des figures plus conservatrices.
Le Parti québécois est celui de l’équité salariale et des garderies à peu de frais et de la protection du consommateur. Et c’est le seul parti qui a, en 50 ans, équilibré les finances publiques, fait faire au Québec un virage majeur dans l’économie du savoir, attiré l’investissement étranger – et l’investissement étranger payant pour le Québec.
Nous avons aussi dans cette salle le seul ministre des Finances à avoir réduit la dette du Québec : Pauline Marois.

Je salue tous ceux qui choisissent de s’engager dans d’autres partis, bien sûr. Québec solidaire reflète une volonté de transformation politique et l’exprime dans une perspective de gauche d’opposition qui ne peut prendre le pouvoir et en certains cas, — pas tous — peut même diviser le vote et favoriser des victoires libérales. La CAQ a une approche de comptables qui semblent penser que « les vraies affaires » se limitent à ce qu’on peut chiffrer ou administrer.

Le Parti québécois, lui, offre cet avantage de refléter en son sein le débat collectif québécois, de pouvoir écouter et entendre les propositions des uns et des autres.

Les électeurs tentés par la CAQ retrouveront dans le programme du PQ la ferme volonté d’alléger les structures de l’État et d’augmenter la qualité des services, mais dans le respect des artisans du secteur public. Des électeurs tentés par Québec solidaire trouveront au PQ une ferme volonté de justice sociale et économique, d’appui au logement et à l’économie sociale.

Et l’abolition immédiate de la taxe santé qui juge que 400$ par famille, c’est la même chose que l’on vive à Sagard ou dans le Vieux Rosemont. Nous on sait que ce n’est pas la même chose. Et on va faire en sorte qu’on paie un peu plus à Sagard pour les frais de santé du vieux Rosemont.

Les grands thèmes de cette campagne : s’enrichir, s’affirmer, s’entraider reflète parfaitement, à mon avis, la capacité de rassemblement du Parti québécois.

Et lorsqu’on parle de redonner au Québec sa colonne vertébrale en matière de langue et d’identité, de laïcité et de citoyenneté, on n’est ni de gauche, ni de droite.

Lorsqu’on veut que le développement des mines et des ressources naturelles enrichissent tous les Québécois, pas seulement les investisseurs et les amis du régime, on n’est ni de droite ni de gauche. Lorsqu’on veut mettre un terme à la collusion, à la corruption et au copinage, on se retrouve tous.

Et on se retrouve plus encore lorsqu’on veut que le Québec se donne, enfin, un pays.
Pour franchir cette étape il faudra, bien sûr, la plus large coalition que le Québec ait connue. Plus vaste encore que celle de 1995. Et cet esprit de rassemblement doit commencer ici, maintenant, dans la campagne de 2012, autour du Parti de René Lévesque, du parti de la souveraineté, du Parti québécois.

J’aurai réussi, je pense, à marcher dans les traces de Louise Beaudoin si j’arrive à convaincre un certain nombre de Québécois de s’engager contre le cynisme, de se rassembler dans ce grand parti, puis de se rassemble plus encore pour faire du Québec un grand pays.

Un mot, encore, avant de vous présenter quelqu’un que j’admire beaucoup.
Un mot pour dire aux militants de Rosemont et aux membres de l’exécutif du parti québécois en particulier combien je suis conscient de la confiance que vous avez manifesté en sollicitant ma candidature, puis en patientant pendant plusieurs mois avant que ma décision soit prise.

Du fond du cœur, je vous remercie et je tenterai d’être à la hauteur de cette confiance.

Et maintenant, le moment que vous attendiez tous. L’arrivée de la Dame de Béton.
Je l’ai vue tout à l’heure et laissez-moi vous dire qu’elle est en pleine forme.
Je l’ai connue lorsqu’elle était ministre des gouvernements Parizeau et Bouchard et il ne faisait aucun doute qu’elle allait un jour faire une excellente Première ministre.

Mais il était légitime de se poser une question, quelle se posait sans doute elle-même. Gouverner le Québec,  c’est déjà tout un programme. Mais avoir, en plus, la carrure, le cran, la couenne, pour porter le Québec jusqu’à la souveraineté, c’est un programme double.

Comment savoir, à l’avance, si un chef du PQ détient les qualités requises. Le Parti québécois, ce grand innovateur politique, a trouvé la réponse. Faire subir au chef un parcours initiatique qui teste sa solidité mentale et physique.

J’ai eu le privilège de parler avec Pauline à plusieurs moments de cette épreuve, et moi qui ai quand même côtoyé quotidiennement Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, bien j’ai été époustouflé par la ténacité et la résilience de Pauline Marois.

On ne reconnaît les véritables leaders que dans l’adversité. Ces derniers mois, on a reconnu en elle le leader qu’il nous faut, le leader dont le Québec a besoin, l’antidote au cynisme, Mme Pauline Marois !