Le test de français de Philippe Couillard

Ce n’est pas nouveau. Lorsque le PLQ prend le pouvoir, on s’attend au retour du laisser-aller linguistique. Lorsqu’en 2011 l’OQLF avait annoncé pour bientôt la minorisation du français sur l’île de Montréal, Jean Charest avait rétorqué qu’il faudrait « contextualiser » ce résultat. On attend toujours la contextualisation.

Le cas Couillard est cependant plus problématique que le cas Charest. Et ce n’est pas pour rien que la première ministre sortante et que les éditorialistes de La Presse et du Devoir lui lancent en choeur un signal.

C’est qu’aucun chef libéral n’avait, avant Philippe Couillard, lancé un signal aussi fort et aussi délétère pour le français. Au second débat, il tenta de convaincre Françoise David du caractère « indispensable » de l’anglais pour chaque travailleur d’usine, pour le cas où un acheteur anglophone de passage voulait lui poser une question.

Il effaçait ainsi un demi-siècle de lutte pour le droit de vivre et travailler en français au Québec.

Ouvrir le débat: Véronique, Yves-François, Bernard, Léo, Alexis…

Les billets d’analyse publiés depuis le 7 avril ont suscité près de 800 commentaires, le débat est lancé. J’ajoute ici la contribution de plusieurs collègues candidats, élus ou non, qui sont intervenus ces derniers jours.

Voici quelques extraits et des liens vers leurs interventions:

Véronique Hivon

Véronique à TVA au lendemain de l’élection.

Véronique a appelé à un « grand examen de conscience », d’humilité et d’ouverture dans deux entrevues. L’une au lendemain de la défaite à TVA (vidéo ici), l’autre ce samedi à l’émission du samedi de Michel Lacombe ici.

« On comprend le message on comprend qu’il faut rebâtir le lien de confiance avec les citoyens » dit-elle. « Des grandes crises arrivent des grandes choses ». Parlant d’indépendance, elle dit: « L’option est plus forte que le message qu’on a eu. »

Léo Bureau-Blouin et Alexis Deschênes

Pays rêvé, pays réel, pays détaché

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Here we go again…

Le scénariste Daniel Thibault a le sens de la formule. Un de ses gazouillis post-électoraux se lisait comme suit: « Quand le PQ est élu, on n’ergote pas tant sur la mort du rêve fédéraliste, me semble. »

En effet. Mais quand le PQ est battu, c’est la mort du séparatisme. Ça doit être vrai: on la prédit tous les dix ans. Cette fois, selon Maclean’s qui a aussi le sens de la formule, il s’agit d’un « effondrement épique ». D’autres, plus prudents, dont notre nouveau Premier ministre, avertissent que cette idée ne mourra jamais.

Ils ont tous raison. L’idée d’indépendance, au printemps 2014, est bien vivante, mais son principal porteur a subi une terrible défaite. Il nous appartient, nous indépendantistes, de déterminer, non la vie, inexpugnable, de l’idée, mais sa vitalité.

La séparation qui ne dit pas son nom

Liberals forever ? Yes et Non

Les Libéraux sont-ils désormais le parti du pouvoir au Québec? Indélogeable? YES Les nouvelles sont mauvaises lorsqu’on fait la liste des majorités libérales écrasantes. Il faut attendre la 19e circonscription avant de trouver le premier péquiste — il est vrai député hyperactif et organisateur hors-pair — Pascal Bérubé dans Matane-Matapédia. Puis le rouge domine jusqu’au 56e (Bonaventure, PQ). Ensuite, il y a l’arc-en-ciel. Bref, si on postulait un peu arbitrairement qu’une majorité de 45% transforme un comté en château-fort, il faudrait affirmer que 43 sièges sur 125 sont acquis aux Libéraux. Cela leur donnerait une base automatique de départ très élevée. Le résultat de 2014 s’ajoute au résultat très serré de 2012 pour conforter la thèse des Libéraux quasi-indélogeables. Même en supposant que le gouvernement Couillard suscitera rapidement de l’insatisfaction, sa capacité d’utiliser le PQ comme repoussoir et de pouvoir compter sur la division du vote nationaliste en trois partis significatifs (PQ-CAQ-QS) semble lui donner un abonnement longue durée aux banquettes du pouvoir. Cette image de l’historique du vote depuis 1970 montre d’ailleurs que le PLQ est le parti de pouvoir par défaut:

Comprendre le choc d’avril 2014: transferts et motivations des électeurs

Chers internautes,

Je vais continuer de déposer sur ce blogue des éléments d’analyse sur l’élection d’avril 2014, afin de contribuer à un débat éclairé pour la suite. N’hésitez pas à m’alimenter dans la section commentaires.

D’abord je reviens sur ce que l’on sait du comportement des électeurs.

Les déplacements d’électeurs entre les partis

Merci à la blogueuse Jeanne Émard d’attirer mon attention sur un sondage Ekos de fin-mars début-avril, dont les résultats étaient proches du vote final. Les sondeurs ont  demandé aux électeurs quel avait été leur vote de 2012 pour mieux comprendre leurs déplacements.

Voici où sont allés les électeurs de 2012 de chaque parti, et la distribution des nouveaux électeurs de 2014:

C’est donc le PLQ qui a, de loin, le mieux retenu ses électeurs et qui a raflé 51% des nouveaux électeurs. Le PLQ a réussi à attirer vers lui plus du quart du vote 2012 de la CAQ… et de Québec Solidaire ! Mais seulement 7% du vote péquiste.

En entrevue: « Cette élection est d’une grande clarté! »

Voici l’entrevue accordée au journaliste Patrick Lagacé et publiée ce samedi dans La Presse*:

QU’EST-CE QUE ÇA DIT SUR LE PQ QUE TANT D’ÉLECTEURS AIENT CHOISI UN PARTI, LE PLQ, DONT LE PASSÉ ÉTHIQUE N’EST PAS ENCORE « NETTOYÉ » ?

Ça dit que la campagne a été un dialogue entre le PQ et l’électorat. Au début, le PQ disait « on veut gouverner pour toutes sortes de raisons et on va tenter de vois convaincre de faire la souveraineté »

L’électorat a répondu: « on vous écoute mais vous n’êtes pas dangereux car pas assez forts pour faire la souveraineté. »

Puis trois éléments ont changé la donne et on fait en sorte que la possibilité référendaire a gagné en crédibilité.

Leadership: Il est urgent d’attendre

Cher Journal,

Ce jeudi 10 avril était jour de retrouvailles et de premiers bilans, à Québec, dans le PQ de l’après-défaite. Premier conseil des ministres, caucus de tous les candidats, puis caucus des 30 députés élus.

Que retenir de ces discussions, sans révéler les secrets du huis clos ? D’abord, un grand désir de comprendre l’échec, ses raisons, le message des Québécois. Désir de faire le tri entre la perception et la réalité, le brouhaha médiatique et les tendances de fond.

Dans la prise de parole, généreuse, des ex-candidats, les témoignages du terrain abondent, les réactions des citoyens, leur évolution selon les événements de la campagne, les joies et les frustrations, les couacs et les incompréhensions. Et les questions. Plein de questions.

Des constats émergent:

D’abord, l’impérieuse nécessité de prendre le temps nécessaire pour bien tirer les leçons de la campagne de 2014.Tant sur le discours de fond que sur les problèmes tactiques et d’organisation.

Pauline: Au moins, les femmes étaient avec toi !

Chère Pauline,

Je t’ai écrit au lendemain de l’élection. En 36 heures, 90 000 Québécois sont venu lire l’hommage rendu, des centaines ont ajouté en commentaire leur émotion à la mienne, plusieurs avouant leur peine, leur choc, leurs larmes.

Qu’y a-t-il à ajouter ? Ceci: j’ai reçu hier soir une information que je veux partager avec toi, avec toutes les lectrices et tous les lecteurs de ce blogue.

On a beaucoup dit, depuis que tu diriges le Parti Québécois, que les femmes étaient plus dures avec toi que les hommes. Que ta présence, qui a pourtant permis aux femmes de briser le plafond de verre du pouvoir, ne t’avait pas mérité leur reconnaissance. Que ton combat pour les garderies à bas coût — qui ont permis à 70 000 femmes d’entrer sur le marché du travail — que ton combat pour les congés parentaux — qui ont permis à des dizaines de milliers de couples de choisir d’avoir un enfant de plus — que tout ça n’avait pas suscité pour toi un regard approbateur de la part des femmes québécoises.

Déchiffrer l’élection de 2014: L’éléphant dans la pièce

Quelles leçons tirer du coup de tonnerre électoral de lundi ?

Avant d’échafauder des hypothèses politiques, il faut regarder les chiffres.
Ils parlent très fort*.

Par rapport à 2012, on compte 130 000 électeurs de moins aux urnes. Les variations se sont donc faites pour l’essentiel à l’intérieur de l’électorat existant. Les voici:

Variation

-130 500

Parti

Vote Total

2014

4,232,000

2012

4,363,000

+ 400,000

PLQ

1,760,000

1,360,000

-325,000

PQ

1,075,000

1,400,000

-204,000

CAQ

976,000

1,180,000

+60,000

QS

323,000

263,000

-51,000

-10,500

ON

Autres

31,000

71,650

82,000

82,130

Plusieurs constats:

1. Il y a véritablement eu, au net, transfert de vote francophone du PQ vers le PLQ. (Mais très peu directement. Cela s’est fait par un jeu de vases communicants, via la CAQ et QS, que j’explique ici.)

Très chère Pauline

Très chère Pauline,

La politique est ingrate. Ça, tu le savais. Tu l’avais vécu. Plusieurs fois. Tu t’étais relevée. Plusieurs fois. Tu nous avais, tous, relevés. Et depuis 18 mois, c’est tout le Québec que tu as relevé, le sortant des marais de la collusion, de l’immobilisme, de la résignation. Tu n’en a pas été récompensée. Loin s’en faut. Mais nous savons tout ce que tu as réparé, tout ce que tu as fait, tout ce que tu as mis en branle.

Nous savons, et nous le dirons sans relâche, combien ta compétence et ton énergie ont été notre boussole pendant ces 18 mois. Combien ta bonne humeur, ton écoute et ton esprit de décision nous ont servi de modèle, pendant ces 18 mois — et à l’avenir pour notre vie entière.